CHAPITRE VIII
et envoyé exprès à Rome par Augustin. A cette nouvelle, celui-ci s'empressa d'écrire à saint Jérôme* pour démentir ces bruilset lui exprimer combien il serait désolé, si jamais il était cause du plus léger différend entre eux. Notre Dalmate reçut cette lettre, et se montra satisfait des excuses ; cependant sa réponse n'est pas sans laisser deviner dans la forme même un peu d'amertume à cause de ces attaques inattendues^ Astérius, qui partait pour l'Afrique, fut chargé de porter cette lettre à saint Augustin. Le message et le messager demeurèrent, à ce qu'il paraît, longtemps en route; dans l'intervalle, Jérôme écrivit à l'évêque d'Hippone et lui recommanda le moine Prœsidius, qui devait passer quelques mois dans la ville épiscopale d'Augustin. De son côté, celui-ci adressait à saint Jérôme deux lettres, dont la première est perdue :1a seconde fut confiée à un certain Cyprien qui n'arriva que plus tard à Bethléem. Notre saint répondit à la première lettre; il le fit avec une certaine aigreur, reprochant à Augustin de le prendre ainsi à partie, non simpUci animo, et il ajoute : ' « Si vous critiquez de la sorte cha- « cune de mes paroles, s'il faut vous rendre compte de « chacun de mes écrits, si vous me forcez à corriger mes « livres et à chanter la palinodie; enfin, si c'est à vous <( que je dois de voir clair, mon amitié s'en offense et notre « familiarité se refroidit. » Toutefois, ce mécontentement n'empêche pas Jérôme de trouver encore des paroles affectueuses pour Augustin, et il semble rejeter la faute de toutes ces petites difficultés sur l'infidélité des messagers. A la fin de l'année suivante, 404, Augustin vit enfin arriver Astérius, qui lui remit la lettre du solitaire de
* Ep. LXVIII, ad Hieron., id.,p. 607.
« Ep. LXIX, ad August., id., p. G08.
» Ep. LXXl, ad August., id., p. 611.
Bethléem et une copie de VApologie contre Riifin. L'évêque d'Hippone sentit que Jérôme était blessé. Il s'empressa de lui écrire, et pour le calmer, il eut recours aux expressions les plus soumises, aux compliments les plus tlalteurs, aux protestations les plus tendres : il exprime à propos de VApologie la profonde douleur qu'il éprouve en voyant deux amis si fidèles, si dévoués, violemment séparés ' ; puis, avec celte effusion de cœur que personne n'eut davantage, il s'écrie =^ : « Malheur à moi, de « ne pouvoir vous trouver ensemble quelque part ! Emu, « affligé, inquiet comme je le suis, je me jetterais à vos « pieds ; je pleurerais de toutes mes forces; je vous sup- « plierais de toute mon affection. «
Pendant que cette lettre était en chemin pour Bethléem, Cyprien remettait à Jérôme la seconde lettre dont nous avons parlé, et que saint Augustin avait écrite depuis qnelque temps déjà ; l'évêque d'Hippone y reprochait à notre saint sa traduction de la Bible sur l'hébreu, parce que cette version, différente de l'italique, occasionnait par suite des troubles dans le peuple. L'impétueux Dalmate répondit aussitôt à celte accusation et à toutes celles qu'Augustin avait portées contre lui dans ses lettres précédentes; avec la mordante ironie qui distingue toujours sa polémique, il raille l'opinion de son adversaire sur le mensonge de saint Paul, il tourne en ridicule l'ignorance de ce peuple qui troublait l'Eglise parce que, dans une version de la sainte Ecriture, il lisait le mot lierre à la place de citrouille^. Soit humilité, soit lassitude, il revient au contraste de son âge et de son modeste sacerdoce avec la jeunesse et la dignité d'Augustin, et il termine en di-
* ViLLEMAiN, Tableau de l'éloquence chrét., saint Jérôme.
» Ep. LXXll, ad Ilieron., id., p. C15.
» Ep. LXXIV, ad August., id., p. 617, 628.