‹ Les voyages de Saint Jérome, sa vie, ses œuvres, son influenceChapitre 6 sur 236 · PREMIER VOYAGE A ROME · texte numérisé non relu

PREMIER VOYAGE A ROME

Patrie de saint Jérôme. — Date de sa naissance. — Son nom., sa fannille.

« Dis, ô muse, ce inorlel qui, après la prise de Troie, « fut si longtemps errant, visita tant de cités et observa « les mœurs de tant de peuples*. » C'est ainsi qu'Homère, peut-être alangui par l'âge, oubliait ses inspiralions guerrières et les combats qu'il cbantait dans sa jeunesse, pour raconter aux Grecs suspendus à ses lèvres, les longues pérégrinations et les merveilleuses aventures du roi d'Ilbaque. A la place d'Ulysse, au lieu de ce personnage fabuleux que la colère des habitants de l'Olympe poursuit d'asile en asile, de rocher en rocher, nous avons pris saint Jérôme, curieux de suivre dans ses voyages ce pèlerin de l'Église latine, cet admirateur des anciens philosophes, entraîné comme eux vers des

' Odyssée, cliant I, v. 1, 2, 3.

régions lointaines par un amour non moins ardent de la sagesse.

Homère nous attache aux charmes de ses récits mensongers, il nous transporte dans des contrées inexplorées, chez des peuples fantastiques, il nous intéresse aux -courses imaginaires de son héros : saint Jérôme est l'écrivain de sa propre Odyssée, il dit ce qu'il a vu, ce qu'il a entendu, ce qu'il a observé.

Nous voudrions fixer son itinéraire à travers les différentes parties de l'empire romain qu'il a parcourues; surprendre dans ses écrits, saisir dans sa correspondance avec ses amis, son caractère, ses goûts, ses habitudes ; détacher, en passant, pour les metlre, comme dit Cicéron% dans leur vrai jour, les peintures que le grand docteur nous a laissées des mœurs de son temps, enfin étudier sa part d'action, définir son influence sur la société chrétienne au iv" siècle.

Chemin faisant, si nous sommes contraints d'avouer avec un poêle anglais que l'on est plus heureux dans la fiction que dans la réalité, nous nous souviendrons que l'histoire et la poésie sont sœurs. Sans cesser d'aimer Homère, nous aurons plaisir à entendre saint Jérôme nous faire part, comme Hérodote, de sa connaissance des hommes et des choses, et nous entretenir, à l'exemple du vieil historien, des pays qu'il a lui-même visités. Nous nous laisserons ainsi conduire par ce prêtre voya- ;geur, nous l'accompagnerons d'Occident en Orient, d'Orient en Occident, au temps où les barbares, semblables à une troupe de vautours affamés, s'acharnaient sur le cadavre de l'empire romain ; alors il s'éloignait de ces scènes de désolation, et s'en allait par le monde,

* Tabulas benè pictas coUocare in bono lumine. (Brutus, lxxv.)

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