‹ Les Voyages de Samuel de Champlain au Canada, 1603-1618. --Chapitre 13 sur 54 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

Les cérémonies que font les sauvages avant que d'aller à la guerre — Des sauvages Almouchicois et de leur monstrueuse forme — Discours du sieur de Privert de St-Malo sur la découverte de la côte d'Arcadie; mines, et fertilité du pays.

Arrivant à Tadoussac, nous trouvâmes les sauvages que nous avions rencontrés à la rivière des Iroquois, qui avaient fait rencontre au premier lac de 3 canots iroquois, lesquels se battirent contre dix autres des Montagnais, et apportèrent les têtes des Iroquois à Tadousac, et il n'y eut qu'un Montagnais de blessé au bras, lequel songeant quelque chose il fallait que les dix autres le missent à exécution pour le rendre content, croyant aussi que sa plaie s'en porterait mieux. Si ce dit sauvage meurt, ses parents vengeront sa mort soit sur leur nation, ou sur d'autres, ou bien il faut que les capitaines fassent des présents aux parents du défunt, afin qu'ils soient contents, ou autrement, comme j'ai dit, ils useraient de vengeance, qui est une grande méchanceté entre eux.

Avant que les Montagnais partissent pour la guerre, ils s'assemblèrent avec leurs riches habits de fourrures, castors et autres peaux et cordons de dif-

férentes couleurs sur une place publique. Il y avait au devant d'eux un sagamo nommé Begourat, qui les menait à la guerre, ils étaient les uns derrière les autres, avec arcs, flèches, massues et rondelles de quoi ils se parent pour se battre; et allaient sautant les uns après les autres, en faisant plusieurs gestes de leur corps. Après ils commencèrent à danser puis firent leur tabagie. Après ces cérémonies ,les sauvages s'en allèrent à la guerre contre les Iroquois.

Le 16 d'août nous partîmes de Tadoussac, et le 18 nous arrivâmes à l'île Percée, où nous trouvâmes le sieur Privert de St-Malo, qui venait de la mine où il avait été avec beaucoup de peine, pour la crainte que les sauvages avaient de faire rencontre de leurs ennemis, qui sont les Armouchiquois, peuples fort dispos et déterminés, et qui sont aux meilleures terres de toute l'Arcadie, aussi les Souriquois les craignent fort. Mais avec l'assurance que le sieur Privert leur donna, il les mena jusqu'à la dite mine où les sauvages le guidèrent. Il dit qu'il y avait quantité de cuivre comme il nous en a montré. Trois lieues plus loin il y a une montagne qui est d'une peinture noire. Puis, à 6 lieues plus loin il y a une île où se trouve un métal qui est brun et en le coupant blanc, leur ayant montré de l'argent, ils dirent que c'était semblable et qu'ils le trouvent dans la terre, à un pied ou deux.

Ils disent aussi qu'il y a d'autres mines mais qu'ils n'osent y aller sans des Français pour faire la guerre à leurs ennemis, qui les tiennent en leur possession.

Tout ce pays est beau et plat, et il y a de toutes les sortes d'arbres que nous avons vus en allant au premier saut de la grande rivière de Canada, fort peu de sapins et de cyprès.

Voilà ce que j'ai appris du dit sieur Privert.

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