‹ Les Voyages de Samuel de Champlain au Canada, 1603-1618. --Chapitre 17 sur 54 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

Port-Royal — Vîle Haute — Du port aux Mines — Baie Française — Rivière St-Jean — Uîle Manthane — De la rivière des Et chemins — De l'île de Ste-Croix.

A quelques jours de là le sieur de Mons se délibéra d'aller découvrir les côtes de la baie Française : et pour cet effet partit du vaisseau le 16 de juin et passâmes par le détroit de l'île Longue. Continuant nous entrâmes dans un beau et grand port, qui pourrait contenir 2,000 vaiseaux en sûreté. L'entrée e?t large de 800 pas, puis on entre dedans un port qui a deux lieues de long et une de large, que j'ai nommé Port Royal, où descendent trois rivières.

dont une assez grande, ayant un quart de lieue de large à son entrée, où il y a une île, laquelle peut contenir une demi-lieue de circuit. Nous fûmes 14 ou 15 lieues où la mer monte, et ne va pas beaucoup plus avant dans les terres pour porter bateaux. Dans le port il y a une autre île, distante de la première de deux lieues.

Après avoir reconnu ce port, nous partîmes pour aller plus avant dans la baie Française, et voir si nous ne trouverions pas la mine de cuivre qui avait été découverte l'année précédente. Mettant le cap au nord-est nous traversâmes une partie de la baie et passâmes par une île (île Haute) qui en est à une lieue, laquelle contient autant de circuit, et haute de 40 à 45 toises, entourée de gros rochers, excepté en un endroit qui est en talus, au pied duquel il y a un étang d'eau salée qui vient par dessous une pointe de cailloux. Le dessus de l'île est plat, couvert d'arbres, avec une fort belle source d'eau. En ce lieu il y a une mine de cuivre. De là nous fûmes à un port qui est à une lieue et demie où nous jugeâmes qu'était la mine de cuivre découverte par le sieur Prevert. Pour entrer dans ce port il faut reconnaître une batture de sable qui est à l'entrée. En quelques endroits le fond est vaseux et sablonneux, et les vaisseaux y peuvent échouer. Nous mîmes pied à terre pour voir si nous découvririons la mine du sieur Prevert, mais nous ne reconnûmes nulle apparence de la description du port tel qu'il nous l'avait figuré.

Aussi n'y avait-il pas été, mais bien deux ou trois des siens, guidés par les sauvages. Toutefois, nous trouvâmes en ce port deux mines de cuivre non en nature, mais par apparence, selon le rapport du mineur qui les jugea très bonnes.

Le 20 de juin nous partîmes du port aux Mines pour chercher un lieu propre à faire une demeure

arrêtée afin de ne point perdre de temps.

Etant arrivés à une rivière grande et profonde, nous l'appelâmes rivière St-Jean, parceque nous y arrivâmes ce jour-là. Cette rivière est dangereuse si on ne reconnaît bien certaines pointes et rochers qui sont des deux côtés. Nous ne la reconnûmes pas plus avant ; toutefois, Ralleau, le secrétaire du sieur de Mons, y fut quelque temps après trouver un sauvage appelé Secondon, chef de la dite rivière, lequel nous rapporta qu'elle était belle, grande et spacieuse. Les habitants du pays vont par cette rivière jusqu'à Tadoussac qui est dans la grande rivière de Saint-Laurent.

De la rivière St-Jean, nous fûmes à quatre îles, en l'une desquelles nous mîmes pied à terre et y trouvâmes grande quantité d'oiseaux appelés Margos, dont nous prîmes force petits, qui sont bons comme pigeonneaux. Le sieur de Poitrincourt s'y pensa égarer. Mais enfin il revint à notre barque. Plus à l'ouest il y a d'autres îles dont une contenant six lieues, appelée Menane par les sauvages. Des îles aux Margos nous fûmes à une rivière qui s'appelle la rivière des Etchemins (rivière Ste-Croix) et passâmes par grande quantité d'îles. Faisant l'ouest nord-ouest nous entrâmes dans une rivière où nous trouvâmes deux îles dont l'une, au milieu, peut avoir 8 ou 900 pas de circuit, élevée de tous côtés de trois à quatre toises de rochers. Il y a un autre lieu à couvert pour mettre des vaisseaux de 80 à 100 tonneaux. C'est une fort bonne situation. Il y a des vaisseaux qui ne pourraient passer sur la rivière qu'à la merci du canon de celle-ci. C'est le lieu le meilleur pour la situation et la communication avec les sauvages de ces côtes et du dedans des terres, lesquels avec le temps on pourrait amener à la foi chrétienne. Ce lieu est nommé par le sieur de Mons l'île Ste-Croix. Passant, on voit une grande baie en

laquelle il y a deux îles; l'une haute et l'autre plate, et 3 rivières dont une grande qui va vers l'occident, c'est celle des Etchemins. Allant dedans environ 2 lieues, il y a un saut, où les sauvages portent leurs canots par terre environ 500 pas, puis rentrent dans la rivière, d'où en traversant un peu de terre on va dans la rivière St-Jean.

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