‹ Les Voyages de Samuel de Champlain au Canada, 1603-1618. --Chapitre 21 sur 54 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

Découverte de la côte des Almouchiquois et des 'particularités de ce voyage.

Le 18 du mois de juin 1605, le sieur de Mons partit de l'île Ste-Croix avec quelques gentilhommes, 20 matelots, un sauvage nommé Panounias et sa femme qu'il ne voulut laisser, pour nous guider au pays des Almouchiquois.

En rangeant la côte nous vîmes une île où il y

avait grande multitude de corneilles et nous l'avons nommée île aux Corneilles. De là nous fûmes à l'île des Monts-déserts.

Le 1er juillet nous fîmes quelques 25 lieues entre la pointe de Bedabedec jusqu'à la rivière Quinibequy, où à l'ouest est une île que nous avons nommée île de la Tortue.

Nous entrâmes dans la rivière et fîmes rencontre de deux canots qui étaient venus à la chasse aux oiseaux . Nous accostâmes ces sauvages et fîmes amitié avec eux et les autres sauvages de cette rivière. Allant plus avant nous vîmes leur capitaine nommé Manthoumermer, lequel vint à nous dans un canot. Approchant de notre barque, il fit une harangue, oii il faisait entendre qu'il était bien aise de nous voir et qu'il désirait notre alliance, et qu'il enverrait le lendemain à 2 autres capitaines qui étaient dans les terres, l'un appelé Marchim, et l'autre Sazinou, chef de la rivière Quinibequy. Le sieur leur fit donner des galettes et des pois, dont ils furent fort contents. Le lendemain ils nous guidèrent en descendant la rivière par un autre chemin que celui par où nous étions venus pour aller à un lac, et passant par des îles, ils laissèrent chacun une flèche proche d'un cap par où les sauvages passent et croient que s'ils ne le faisaient il leur arriverait malheur. Par delà ce cap nous passâmes un saut d'eau fort étroit. Les sauvages portèrent leurs canots par terre; après avoir franchi ce saut, nous vîmes de belles prairies et poursuivant notre route nous vînmes au lac où il y a quelques îles et deux rivières, celle de Quinibequy qui vient du nord nordest, et l'autre du nord-ouest par où devaient venir Marchim et Sazinou, mais ne les voyant pas venir nous vînmes mouiller l'ancre à l'embouchure de la rivière. L'île de la Tortue est devant l'entrée de la dite rivière. L'on va par cette rivière au travers des

terres jusqu'à Québec. La rivière Quinibequy est fort dangereuse pour les vaisseaux à demi-lieue au dedans à cause des nombreux rochers qui s'y trouvent.

Les peuples vivent comme ceux de notre habitation et nous dirent que les sauvages qui semaient le blé d'Inde étaient fort avant dans les terres.

Le 8 du mois nous partîmes de l'embouchure de cette rivière et nous fîmes 4 lieues en passant une baie d'oii l'on voit de grandes montagnes à l'ouest, où est la demeure d'un capitaine appelé Aneda qui se tient proche de la rivière Quinibequy. Je me persuadai par ce nom que c'était un de sa race qui avait trouvé l'herbe appelée aneda que Jacques Cartier a dit avoir grande puissance contre la maladie appelée scorbut . Les sauvages ne connaissent point cette herbe, bien que leur chef porte ce nom.

Le lendeniain nous fûmes mouiller l'ancre derrière un petit îlot proche de la grande terre, oii nous vîmes plus de 80 sauvages qui accouraient pour nous voir. Le sieur de Mons envoya 2 hommes avec notre sauvage Panounias pour les aller trouver et après avoir fait amitié avec eux ils nous baillèrent un de leurs gens et nous leur laissâmes un des nôtres.

Le sieur de Mons fut visiter une île qui contient de beaux raisins et la nommâmes île de Bacchus. Nous levâmes l'ancre et entrâmes dans une petite rivière et comme nous eûmes mouillé l'ancre il vint à nous quantité de sauvages. Leur capitaine nommé Honomechin arriva et s'en vint tournoyer autour de notre barque. On envoya quelques marchandises à terre pour traiter avec eux. Le sieur de Mons fit quelques présents au chef dont il fut très content.

Ces sauvages se rasent les cheveux de dessus le crâne et portent le reste très longs qu'ils tortillent par derrière avec des plumes qu'ils attachent sur

leur tête. Ils se peignent le visage de noir et de rouge. Ils cultivent la terre.

Le lendemain, le sieur de Mons fut à terre pour voir leur culture et moi avec lui.

Nous y vîmes du blé d'Inde, des citrouilles, du petun, des fèves. Les sauvages se tiennent en ce lieu et ont une grande cabane entourée de palissades. Ce lieu est fort plaisant. La rivière est abondante en poisson et à l'entrée il y a un îlet où l'on pourrait faire une bonne forteresse et y être en sûreté.

Le 12 de juillet nous partîmes de la rivière appelée Choiiacoet et allâmes à un cap que nous avons nommé Port aux îles. Mettant le cap au nord-est on entre dans un autre port où il y a plusieurs îles.

Le 15 du dit mois nous fîmes 12 lieues et le lendemain nous fûmes à un cap que nous nonctmâmes cap aux îles, près duquel il y avait un canot avec 5 ou six sauvages qui vinrent à nous lesquels étant près de notre barque s'en allèrent danser sur le rivage.

Le sieur de Mons m'envoya à terre pour les voir, et leur donner à chacun un couteau et un biscuit, ce qui les fit danser davantage. Ayant fait une demilieue nous aperçûmes plusieurs sauvages sur la pointe d'un rocher qui couraient le long de la côte, en dansant, vers leurs compagnons, por les avertir de notre venue. Nous ayant montré le quartier de leur demeure, ils firent signal de fumée pour nous montrer l'endroit de leur habitation.

Nous fûmes mouiller l'ancre proche d'un petit îlet, où l'on envoya notre canot pour porter quelques couteaux et galettes aux sauvages. Après un arrêt de 2 heures nous levâmes l'ancre. Poursuivant notre route nous fîmes 8 lieues et aperçûmes force sauvages qui accouraient pour nous voir. Le sieur de Mons envoya deux ou trois hommes vers eux. Nous

ne pûmes savoir le nom de leur chef ne parlant pas leur langue.

Le lendemain, 17 du dit mois, nous levâmes l'ancre et ne fîmes que 5 lieues et allâmes ancrer au pied d'un cap que nous nommâmes St-Louis et oii il vint 15 ou 16 canots de sauvages qui montrèrent grand signe de réjouissance.

Le sieur de Mons envoya 4 hommes à terre dans notre canot pour voir leur chef nommé Honabetha, lequel nous vint voir en notre bord, avec nombre de ses compagnons. L'on reçut le chef fort humainement et il s'en retourna.

Il y a dans cette baie (baie de Boston) une rivière fort spacieuse que nous avons nommée la rivière du Gas (du nom de monsieur de Mons, Pierre du Gas).

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