CHAPITRE IX
Retour des découvertes de la côte des Almouchiquois.
Ayant demeuré plus de 5 semaines et nos vivres étant bien petits, le sieur de Mons se délibéra de s'en retourner à l'île Ste- Croix, afin de trouver un lieu plus propre pour notre habitation.
Le 25 de juillet nous partîmes, et au sortir nous courûmes risque de nous perdre sur la barre qui est à l'entrée, par la faute de nos pilotes appelés Cramolet et Champdoré, maîtres de la barque, qui
avaient mal balisé l'entrée du chenal du côté du sud par où nous devions passer. Ayant évité ce péril, nous mîmes le cap au nord, six lieues jusqu'au cap blanc et de là jusqu'au cap des îles; puis mîmes le cap à l'est-nord-est jusqu'à Chouacoet, où nous vîmes le capitaine sauvage Marchim que nous avions espéré voir au lac de Quinibequy, lequel avait la réputation d'être l'un des vaillants hommes de son pays. Il avait la façon belle et tous ses gestes paraissaient graves, quelque sauvage qu'il fût.
Le sieur de Mons lui fit présent de plusieurs choses, dont il fut très satisfait, et en récompense donna un jeune garçon Etchemin qu'il avait pris en guerre, que nous emmenâmes avec nous, et partîmes de ce lieu en bons amis et arrivâmes à Quinibequy le 29 du mois, où nous pensions trouver un sauvage appelé Safinou que nous attendîmes quelque temps, pensant de retirer de lui un jeune homme et une jeune fille Etchemin qu'il tenait prisonniers. En l'attendant il vint à nous un capitaine appelé Anaffou pour nous voir, et fîmes alliance avec lui. Il nous dit qu'il y avait un vaisseau à dix lieues du port, qui faisait la pêche et que ceux qui étaient dedans avaient tué 5 sauvages et selon la façon dont il nous dépeignait les gens du vaisseau, nous les jugeâmes être Anglais. Voyant que le dit Safinou ne venait point, nous partîmes et le lendemain, 1er août, nous passâmes la nuit au cap Corneille.
Le 2, nous vînmes à l'entrée de la rivière Ste- Croix du côté de l'ouest. Ayant mouillé l'ancre, le sieur de Mons s'embarqua dans un canot à 6 lieues de l'habitation de Ste- Croix, où le lendemain nous arrivâmes avec notre barque. Nous y trouvâmes le sieur des Antons, de St-Malo, qui était venu en l'un des vaisseaux du sieur de Mons, pour apporter des vivres pour ceux qui devaient hiverner en ce pays.