‹ Les Voyages de Samuel de Champlain au Canada, 1603-1618. --Chapitre 50 sur 54 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

Ce qui m'a occasionné de rechercher un règlement. Commission obtenue. .Opposition à rencontre. Enfin la publication par tous les ports de France.

Le désir que j'ai toujours eu de faire nouvelles découvertes en la Nouvelle-France, au bien, utilité et gloire du nom Français, afin d'amener ces pauvres peuples à la connaissance de Dieu, m'a fait chercher de plus en plus la facilité de cette entreprise, qui ne peut être que par le moyen d'un bon règlement ; d'autant que chacun voulant cueillir les fruits de mon labeur, sans contribuer aux frais et grandes dépenses qu'il faut faire pour l'entretien des habitations nécessaires pour amener ces desseins à une bonne fin, ruine ce commerce par l'avidité de gagner qui est si grande, qu'elle fait partir les marchands avant la saison, et se précipiter non seulement dans les glaces, en espérance d'arriver des premiers en ce pays, mais aussi dans leur propre ruine ; car traitant avec les sauvages à la dérobée, et donnant à l'envie l'un de l'autre de la marchandise plus qu'il n'est requis, et pensant ainsi tromper leurs compagnons, se trompent le plus souvent eux-mêmes.

C'est pourquoi étant de retour en France le 10 septembre 1611, j'en parlai à Monsieur de Mons qui trouva bon ce que je lui en dis ; mais les affaires ne lui permettant d'en faire la poursuite en Cour, il m'en laissa toute la charge.

Dès lors j'en dressai des mémoires que je montrai à Monsieur le président Jeannin, lequel loua mon dessein, et m'encouragea à la poursuite de celui-ci.

Et m' assurant que ceux qui aiment à pêcher en eau trouble trouveraient ce règlement fâcheux, et rechercheraient les moyens de l'empêcher, il me sembla à propos de me jeter entre les bras de quelque grand, dont l'autorité pourrait servir leur envie.

Or, connaissant Monseigneur le comte de Soissons (Charles de Bourbon) prince pieux et affectionné en toutes saintes entreprises ; par l'entremise du sieur de Beaulieu, conseiller et aumônier ordinaire du Roi, je m'adressai à lui, et lui montrai l'importance de l'aô'aire, les moyens de la régler, le mal que le désordre avait apporté, et la ruine totale dont elle était menacée, au grand déshonneur du nom Français, si Dieu ne suscitait quelqu'un qui la voulût relever, et qui donnât espérance de faire un jour réussir ce que l'on peut espérer d'elle. Etant instruit de toutes les particularités de la chose, et qu'il eût vu la carte du pays que j'avais faite, il me promit, sous le bon plaisir du Roi, d'en prendre la protection.

Aussitôt après je présentai à Sa Majesté et à nos Seigneurs de son Conseil une requête avec des articles tendant à ce qu'il apportât un règlement en cette affaire, sans lequel, ainsi que j'ai dit, elle serait perdue ; et pour ce. Sa Majesté en donna la direction et gouvernement à Monseigneur le comte

de Soissons, le 8 octobre 1612, lequel dès lors m'honora de sa lieutenance.

Or, comme je me préparais à faire publier la commission du Roi par tous les ports et havres de France, la maladie de Monseigneur le comte arriva, et sa mort (1er novembre 1612) qui recula un peu cette affaire, mais Sa Majesté aussitôt en remit la direction à Monseigneur le prince (Henri de Bourbon, 2e du nom, auquel l'auteur dédie ce 4e voyage) qui m'honora aussi de sa lieutenance, le 22 novembre 1612, ce qui me permit de poursuivre la publication de la dite commission, qui ne fut sitôt faite, que quelques brouillons, qui n'avaient aucun intérêt en l'affaire, l'importunèrent de la faire cesser, lui faisant entendre le prétendu intérêt de tous les marchands de France, qui n'avaient aucun sujet de se plaindre, attendu qu'un chacun était reçu en l'association, et par ainsi aucun ne pouvait justement s'offenser, c'est pourquoi leur malice étant reconnue ils furent re jetés.

Pendant ces altercations, il me fut impossible de rien faire pour l'habitation de Québec, dans laquelle je désirais mettre des ouvriers pour la réparer et augmenter d'autant que le temps de partir nous pressait fort. Ainsi il fallut se contenter pour cette année d'y aller sans autre association, avec les passeports de Monseigneur le prince, qui furent donnés pour 4 vaisseaux, lesquels étaient prêts pour faire le voyage, savoir : 3 de Rouen et 1 de la Rochelle, à condition que chacun fournirait quatre hommes pour m' assister tant en mes découvertes qu'à la guerre, à cause que je voulais tenir la promesse que j'avais faite aux sauvages Ochateguins en l'année 1611 de les assister en leurs guerres au premier voyage.

Et ainsi que je me préparais pour partir, je

fus averti que la Cour du Parlement de Rouen n'avait voulu permettre la publication de la commission du Roi, à cause que Sa Majesté se réservait et à son Conseil, la seule connaissance des différends qui pourraient survenir en cette affaire ; et que aussi les marchands de St-Malo s'y opposèrent; ce qui me contraria fort et me fit faire 3 voyages à Rouen, avec instructions de Sa Majesté, en faveur desquelles la Cour se déporta de ses empêchements, et débouta les opposants de leurs prétentions ; et fut la commission publiée par tous les ports de Normandie.

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