‹ Les Voyages de Samuel de Champlain au Canada, 1603-1618. --Chapitre 7 sur 54 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

De la pointe Ste-Croix, de la rivière de Batiscan ; des rivières, rochers, îles, terres, arbres, fruits, vignes et beaux pays qui sont depuis Québec jusqu'à 3 Rivières.

Le lundi 23 du dit mois, nous partîmes de Québec. Le pays est de plus en plus beau, ce sont toutes terres basses, avec fort peu de rochers.

La côte du Nord est remplie de rochers et bancs de sable; il faut prendre le côté du Sud, comme d'une

demi-lieue de terre. Il y a quelques petites rivières qui ne sont point navigables, si ce n'est pour les canots des sauvages, auxquelles il y a quantité de sauts. Nous vînmes mouiller l'ancre jusqu'à Ste- Croix. Le pays est beau et uni, et les terres meilleures que j'eusse vues, avec quantité de bois, mais fort peu de sapins et cyprès. Il s'y trouve en quantité des vignes, poires, noisettes, cerises, groseilles rouges et vertes, et de certaines petites racines de la grosseur d'une petite noix ressemblant au goût comme truffes, qui sont très bonnes rôties et bouillies. Toute cette terre est noire sans aucuns rochers, sinon qu'il y a quantité d'ardoise; elle est fort tendre, et si elle était bien cultivée, elle serait de bon rapport.

Du côté du Nord, il y a un rivière qui s'appelle Batiscan, qui va fort avant en terre, par où les Algoumequins viennent ; et une autre du même côté, à trois lieues de Ste-Croix sur le chemin de Québec, qui est celle où fut Jacques- Cartier au commencement de la découverte qu'il en fit. La dite rivière est plaisante, et va assez avant dans les terres. Tout ce côté du Nord est fort uni et agréable.

Le 24 du dit mois, nous partîmes de Ste-Croix, où nous retardâmes une marée et demie, pour le lendemain pouvoir passer de jour, à cause de la grande quantité de rochers qui sont au travers de la dite rivière. A demi-flot on peut passer librement avec sonde à la main. La mer y croît près de trois brasses et demie.

Plus nous allions en avant, et plus le pays est beau.

Nous fûmes mouiller l'ancre à quelques cinq lieues et demie à la bande du Nord. Le mercredi suivant nous partîmes de ce dit lieu, qui est pays plus plat que celui de devant, plein de grande quantité d'arbres, comme à Ste-Croix. Nous passâmes près

d'une petite île, qui était remplie de vignes, et vînmes mouiller à la bande du Sud, près d'un petit coteau; mais, étant dessus, ce sont terres unies. Il y a une autre petite île, à 3 lieues de Ste-Croix, proche de la terre du Sud.

Nous partîmes le jeudi suivant et pas^mes près d'une petite île, qui est proche de la bande du Nord, où je fus à quelques six petites rivières, dont il y en a deux qui peuvent porter bateau assez avant, et une autre (rivière Ste-Anne) qui a environ 300 pas de large; à son entrée il y a quelques îles; elle va fort avant dans les terres, et est plus creuse que toutes les autres.

Passant plus outre, nous rencontrâmes une île qui s'appelle Saint-Eloi et une autre petite île, laquelle est tout proche de la terre du Nord. Toute cette côte du Nord est assez bonne; l'on y peut aller librement, néanmoins la sonde à la main, pour éviter certaines pointes. Toute cette côte que nous rangeâmes est sable mouvant; mais, entrant quelque peu dans les bois, la terre est bonne.

Le vendredi suivant, nous partîmes de cette île, côtoyant toujours la bande du Nord tout proche terre, qui est basse et pleine de tous bons arbres, et en quantité, jusque aux Trois-Rivières, où il commence d'y avoir température de temps quelque peu dissemblable à celui de Ste-Croix, d'autant que les arbres y sont plus avancés qu'en aucun lieu que j'eusse encore vu. Des Trois-Rivières jusque à Ste- Croix, il y a quinze lieues. En cette rivière (St- Maurice) il y a 6 îles; 3 petites et les autres de 500 à 600 pas de long, fort plaisantes, et fertiles. Il y en a une au milieu de la rivière, elle est élevée du côté du Sud et va quelque peu en baissant du côté du Nord. Une habitation en ce lieu, serait un bien pour la liberté de quelques nations, qui n'osent venir par

là à cause des Iroquois qui tiennent toute la rivière de Canada bordée; mais étant habitée, on pourrait rendre les Iroquois et autres sauvages amis, ou, à tout le moins, sous la faveur de la dite habitation, les dits sauvages viendraient librement sans crainte et danger, d'autant que le dit lieu des Trois-Rivières est un passage.

Nous entrâmes environ une lieue dans la dite rivière, avec un esquif, nous fûmes pour voir plus avant; mais nous ne fûmes pas plus d'une lieue que nous rencontrâmes un saut d'eau fort étroit, comme de douze pas, et nous ne pûmes passer plus outre.

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