‹ Les voyages de Samuel de Champlain au Canada de 1603 à 1618 [microforme]Chapitre 50 sur 54 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Arrivée à la Rochelle, association rompue entre Le

sieur de Mons et ses associés, les sieurs Colier et le Gendre, de Rouen. Envie des Français touchant les nouvelles découvertes de la Nouvelle-France.

Etant arrivés à la Rochelle je fus trouver le sieur de Mons à Pont en Saintonge, pour lui donner avis de tout ce qui s' était passé au voyage, et de la promesse que les sauvages Ocha et Algoumequins m'avaient faite, pourvu qu'on les assistât en leurs guerres, comme je leur avais promis. Le sieur de Mons ayant tout entendu, se délibéra d’aller en Cour pour mettre ordre à cette affaire. Je pris le devant pour y aller aussi; mais en chemin je fus arrêté par un malheureux cheval qui tomba sur moi. Cette chute me retarda beaucoup ; mais aussitôt que je fus en bonne disposition, je me mis en chemin — aller trouver le sieur de Mons à Fontainebleau, equel étant retourné à Paris parla à ses associés, qui ne voulurent plus continuer en l' association pour n’avoir point de commission qui — empscher un chacun d' aller en nos nouvelles découvertes négocier avec les habitants du pays. Ce que voyant le sieur de Mons, il convint avec eux de ce qui restait en l'habitation de Québec, moyennant une somme de deniers qu’il leur donna pour la part qu’ils avaient; et envoya quelques hommes pour conserver la dite habitation sur l'espérance d’obtenir une commission de Sa Majesté. Mais comme il était en cette poursuite, pere affaires de conséquences lui survinrent, qui la lui firent quitter, et me laissa

la ch d'en rechercher les moyens; et ainsi que j'étais 1 mettre ordre, les vaisseaux arrivèrent de

a Nouvelle-France, et par même moyen des de notre habitation, de ceux que j'avais envoyés dans les terres avec les sauvages, qui m a po t de bonnes nouvelles, disant que plus de deux cents sauvages étaient venus, pu me trouver au grand saut St-Louis, où je leur avais donné rendez-vous, en intention de les assister en ce qu'ils m' avaient supplié ; mais voyant que je n avais pas tenu ma — cela les fâcha fort; toutefois nos gens firent quelques excuses qu ils prirent pour argent comptant, les assurant pour l’année suivante et qu ils ne manquassent pe de venir ; ce qu' ils promirent de leur part. Mais plusieurs autres qui avaient quitté Tadoussac vinrent au dit saut avec quantité de petites barques, pour voir s'ils y pourraient faire affaires avec ces peuples qu'ils assuraient de ma mort, quoi que pussent dire nos — qui affirmaient le contraire. Voilà comme “envie se glisse dans les mauvais naturels contre les choses vertueuses ; et ne leur faudrait que des gens ui se basardassent en mille dan pour découvrir es peuples et terres, afin qu ils en eussent la dépouille et les autres la peine. II n’est pas raisonnable Le pris la brebis, les autres aient la toison. S’ils voulaient participer en nos découvertes, employer de leurs moyens, et hasarder leurs rsonnes, ils montreraient avoir de l’honneur et de la gloire ; mais an contraire ils montrent qu’ils sont ussés d’une pure malice de vouloir également jouir du fruit de nos labeurs. Ce sujet me fera encore dire quelque chose pour montrer comme plusieurs tâchent de détourner de louables desseins, comme ceux de St-Malo et d’autres, qui disent que la jouissance de ces découvertes leur appartient,

nm —

çois Ier, en l’année 1534 et 1535, gré aujourd’hui Nouvelle-France. Si donc acques Cartier a découvert quelque chose aux

dépens de Sa Majesté, tous ses + + peuvent y avoir autant de droit que

Espagnols ou autres étrangers es — — et richesses pour

y est parlé que de la rivière du Saguenay, des Trois-Rivières et Ste- Croix, où il hiverna en un fort proche de notre habitation; car il ne l’eût omis non plus que ce qu’il a

i tout le haut du

voulu hasarder ni laisser ses barques pour s’y aven-

turer ; de sorte que cela est toujours demeuré inutile, sinon depuis quatre ans 3 notre habitation de Québec, où après l' avoir fait édifier, je me mis au hasard de passer le dit saut ur assister les sauvages en leurs guerres, y envoyer hommes pour connaître les peuples, leur façon de vivre et ce que sont leurs terres. Nous y étant si bien employés, n'est-il pas raison que nous jouis- . sions du fruit de nos labeurs, Sa Majesté n’ayant donné aucun moyen pour assister les entrepreneurs de ses desseins jusqu à présent? J'espère que Dieu lui fera la grâce un jour de faire tant pour le service de Dieu, de sa grandetr et le bien de ses sujets, que d' amener plusieurs pauvres peuples à la connaissance de notre foi, pour jouir un jour du Royaume Céleste.

de VOYAGE du sieur de CHAMPLAIN

Capitaine ordinaire pour le roi en la marine, et Lieutenant de Monseigneur le Prince de Condé en la Nouvelle-France, fait en l'an 1613

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