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LES VOYAGES DU MAHOLIS DE NOI.MEL

sul de Chipres Santoniny envers moy et le Consul françoiSj et qu'il pourroit estre puny en sa bourse par la restitution des cinq cent piastres, etinterests. et en son corps de telle manniere qui seroit jugée la plus convenable par la privation de sa charge, exil, ou autrement.

Il a esté un des principaux sujets de mon occupation pendant mon séjour en Chipres, ou jaj' trouvé qu'en conséquence d'une de mes lettres l'on avoit commancé l'establissement de l'exemption du droit d'ancorage qui estoit de cent soixante piastres par vaisseau, suffisant pour y estre soummis qu'il eut pris de l'eau, ou quelqu'autre chose de peu de conséquence. 11 est vrai que cette somme se distribuant à plusieurs le Mussalim qui en retiroit trente cinq escus pour sa part n'a pas voulu y acquiescer et qu'on a esté contraint d'en passer par là à l'esgard de hiy seullenient, mais j'espère obtenir un commandement qui le mettra à la raison.

C'a esté au passage de Massamam Pacha de l'isle. et pendant sa résidence à Famagouste que l'on a obtenu son boujourdy contre Fancorage, et aussy pour le payement des mil escus deùs par les janissaires à la nation, mais il n'a pas esté possible de parvenir à l'exécution de ce dernier chef, qu'il a fallu remettre au chiaoux que l'on fera venir de la Porte.

C'est tout ce qui s'est pu faire pour l'avantage du trafTic de cette isle dont j'ay demandé un estât des deptes qui monte à plus de dix huit mil escus, mais il n'y a pas eu moyen de l'avoir tel que je le soûaittois accompagné de touttes ses circonstances par la dessignation des causes des créances, du temps de leurestablissement, de la qualité des interests, de la quantité qui en a esté payée, du temps des payemens, et des noms des créanciers soit d'eux mesme, soit par substitution à la place de ceux qui l'estoient. Il est vray que l'on m'a promis de me l'envoyer à Constantinople. J'en ay déjà un de Seyde auquel il manque encorre quelques particularités qui seront restablies. Celuy d'.VIep est entre mes mains, mais j'en attens un plus en destail, et je crois lorsqu'il viendra que les debtes seront acquittées. J'en prendray aussy un à Smirne, et quant à la despense faitte ou qui se fera encore à mon sujet, ou des capitulations, je vous en rendray, Monsieur, un compte très exact, que je suis obligé de différer à Smirne ou à Constantinople tant à cause de ce qui reste de mon voyage que pour n'avoir pas encorre les mémoires des frais de mon second passage en Chippres, que l'on m'a différé de jour jusques à mon départ pour me demander ensuitte du temps de l'escrire, c'est à dire de prendre ses mesures pour l'ajuster à son avantage. Celuy d'.Vlep dont je vous ay parlé ne m'a esté livré que sur le point de mon embarquement, et quoy que j'eusse

donné une ordonnance pure et simple pour son rcmbdursement, qui est de cinq mil piastres, l'ayant depuis mieux examiné par la discussion de certains articles fort injustes, j'ay décerné une autre ordonnance par laquelle sans avoir égard à la première j'ai commis trois marchands pour l'examen des comptes, ordonnant le payement de ce qui sera par eux réglé. Ceux des csclielles qui ont ces maniemens ne peuvent estre desabusés de la liberté qu'ils se donnent de s'avantager dont ils ti'ouvent toujours le nioven. en couchant certaine depenceen gros, et augmentant celle en destail d'une manniere visible. On le prattique à l'esgard de l'interest public; les marchands entre eux un usent de mesme, et ceux d'.Mep se sont ac(|uis la plus hautte réputation, en sorte que pour bien expliquer l'exhorbitance d'un compte on dit que c'est un compte alepin.

Il y a encorre une injustice bien blasmable, c'est le peu de liaison (ju'il y a entre les eschelles, n'y en ayant aucunne qui n'exagerre sa misère au delà de la vérité, et ipii ne voulut rejetter sur l'autre les taxes qu'il paroist raisonnable de lui faire suporter. Ainsy il faut se résoudre presque entièrement à ne rien croire de tout ce que l'on avance sur de pareils sujets.

Enfin l'acquittement des deptes produira un grand soulagement au commerce, c'est ce qui doit faire entrer dans les moyens les plus prompts pour y parvenir par les taxes sur les bastimens ou de telle autre sorte que ce soit. L'eschelle d'.Vlep comme j'ay desjà dit sera bientost purgée, celle de Seyde n'est pas non plus fort esloignée de se nettoyer, estant débitrice aux Pères de Terre Sainte d'une partie de sept mil piastres sans interest. Il n'y a que Chipres qui demeurant en arrière, il y faudra pourveoir par auctorité. Pour Smirne elle n'est pas je crois fort endebtée, quant au Caire, je n'y ay point passé, mais j'en recevray des mémoires auxquels je remedieray en ce (|ui despendra de moy, et j'ay des veiies qui me semblent devoir estre fort efficaces au restablissement de son négoce. Ce qui est de fascheux c'est le subterfuge des bastimens à evitter les eschelles plus endebtées, et à se libérer par toulte sorte de ruse quand ils y entrent des taxes auxquelles ils doivent estre soumniis. Le bien gênerai, quoy qu'ils en doivent proffitter dans la suitte. ne leur estant de rien en comparaison d'un petit avantage présent. C'est par cette raison qu'il viendra des voisles à la rade de Lernica qui n'hésiteront pas maintenant d'y moiiiller, et d'y demeurer selon le temps, à cause de l'exemption d'ancorage, mais qui ne prendront rien à terre, si ce n'est par adresse, et en secret, affin de ne rien payer du cotlimo. L'on pourra trouver le remède à cet inconvénient et je le crois fort nécessaire.

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Si une fois l'on parvient à cette libération, il sera alors de nécessité de lier la main aux emprunts de la manniere la plus prudei;te qu'il se pourra, et l'on fera connoistre nux negotians qu'ils sont plus en estât de proftîter que par le passé, nonobstant leurs regrets de ne voir plus apporter à Seyde et à Alep par an, les deux millions de piastres et davantage. Ils nomment ce temps le siècle d'or du commerce, pai ce qu'en qualité de commissionnaires ils tiroient de grands proffits, et ils voudroient qu'il n'y eut point de mûriers en France, affin qu'on continuas! de recourir aux soyes du Levant, ce qui fait qu'ils maudissent la prudence qui dans le royaume a introduit un si grand plan de ces arbres.

Si je tasche, Monsieur, de m'instruire de touttes ces particularités, proftittant de tout ce que je vois, ou que j'entens, et de ce qui s'est présenté generallement dans le cours de mon voyage, ne laissant rien eschaper des moindres choses qui m'en font conclurre de plus grandes, c'est dans la pure veûe de travailler plus efficacement au bien du commerce et à la connoissance de l'intérieur d'un aussy considérable empire que celuy du Grand Seigneur.

Jay veu estant en Chipres le nommé Cigalle habile homme qui a estudié à Rome, qui est fort instruit des Conciles, et de Testât de la primitive église, qui parle passablement italien, et bon latin, mais (jui n'en f>i pas plus alîectioné à l'église romaine. Javois eu commerce avec luy ])ar lettres et comme il sceut mon retour à Lernica. il m'y escrivit. Je luy fis responci'. et il est venu ensuitte me visitter in jjoutificalibm. s'estant fait depuis peu archevesque du royaume par un barrai de la Porte obtenu par son frère médecin du Visir. et c'est en vertu d'un acte si peu canonique qu'il a dépossédé l'ancien metropolitte qui n'y a consenty que par force.

11 colorre néanmoins le mieux qu'il peut sa conduitte dont il n'y a qu'un seul exemple dans le pais, encorre pretend-ou qu'il a este suivy de punition divinne, et sur l'insinuation que je luy faisois de la simonie et de la violence moyens cirdinaires pour entrer dans les dignités de l'Eglise Grecque, il se declarast fort ennemj- de ces voyes illicites, quoyipi'il les aye prattiquée assez hautement; il estoit couvert d'un manteau dont le haut estoit partagé en bandes de satin bleu, rouge, et d'une autre couleur, le reste estant plein en noir, son baston qu'il tenoit à la main, qui est plus haut que luy, estoit orné de nacres de perles et surmonté d'un globe en argent représentant le monde, sur lequel se voyoit sa croix; il m'expliqua la concession de ces ornemens, et aussy de ne despendre d'aucun supérieur ecclésiastique par la faveur ou reconnoissance de l'Empereur Zenon, à cause que le

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metropolilte (le C.liipres luy avoit fait présent (le l"oritrinal d'un des evangelisles; ne jugeant pas à propos d'entrer en discussion de ces immunités, la conversation tomba sur le ministre Claude, contre lequel il a procuré une des premières attestations, touchant l'Eucharistie: qu'il a encore confirmé par une profession de foy donnée à Constantinople, et il me certilia tellement la vérité de ces deux actes, qu'il me tesmoigna de plus une grande disposition d'escrire sur cette raattierre, tant pour 1^ transubstantiation que pour rejeif'r les calomnies dont il prétend que ce ministre a voulu noircir l'Iiglise Orientalle.

Je luy touché fjuelques circonstances des extravagances des Grecs exercées dans llierusalem, et qu'ils oommettoient dans tous les autres endroits contre l'église romaine, et sur ce sujet je prendray. Monsieur, la liberté de vous dire qu'estant dans cette sainte ville, j'ay esté obligé, non seuUement de rendre compte à Sa Majesté, et à vous, de ce que j'y avois veu. mais sur les instances des Pères, j'ay cru que je potivois cncorre donner la mesme information par mes lettres au Pape, à l'Empereur, à la lieyne de l'Espagne, et à la Congrégation de propagande. .J'avois escrit un apostile pour vous en insérer l'avis dans une de mes despesches de llierusalem, mais il fut oublié, ce i[ui fait (jue je vous en informe maintenant, et je [irendray la liberté à la première commodité de vous envoyer les coppies de touttes ces lettres.

Je vous asseureray encorre. qu'un ne scauroit assés concevoir la malice des Grecs, puisque entre autres, ils m'ont refusé en plusieurs de leurs abbayes a la campagne la liberté de dire la messe dans leur église pendant qu'en France on les reçoit dans les nostres a célébrer sur le m'aistre hostel, et qu'il en [)rennent occasion par l'aspect de leurs cérémonies de tirer de grandes aumosnes dont ils viennent nous insulter. J'ay trouvé à Patmos dans la grotte de Si Jean l'ancien evesque de Samos, lequel par sa douceur apparente, et aussy parce qu'il ne fit pas de difficulté qu'on celebrast la messe latine dans la grotte dont:il est deposiltaire. me sembla merilter que je luy donnasse un passeport pour la chrestienté. J'ay eu avis (juil s'en servoit assez utillement à Home et le reste de l'Italie et qu'il se disposoit d'en proffitter, en France, pendant qu'il est débitteur à un mar- <;hand françois résidant à .Vcre de plus de mil piastres qu'il areceuen avance du bled qu'il lui devoit fournir, et qu'apparemment il ne luy fournit jamais. Ce prélat meritteroit qu'on l'arrestat avec ce qu il pourroit avoir recueilli affin de satisfaire ce malheureux qui s'est soumis à sa mauvaise foy. Les pcifidies et la rage des Grecs ne se

peuvent expliquer, et persuadent aisément qu'il ne se faut point fier a eux en aucunne façon, et d'autant moins qu'ils ont estudié à Rome, puisque ce sont les plus dangereux, s'estudians a employer tout leur scavoir à combattre sans aucunnes mesurres, les droits les mieux establis de l'Église Romaine; c'est asseurement la conduitte que tiendra le nommé Cigala archevesque de Chipres dont j'aj' l'honneur de vous parler: c'est aussy ce qui doit convaincre tout le monde que le Turc a trouvé le secret de dominner les Grecs, et qu'il n'y a que le baston et l'esclavage qui les puisse mettre à la raison.

Je suis party de Chipres le dix-neuf octobre, et après avoir fait canal dont la peine n'a consisté que dans la longueur d'un trajet de six ou sept jours, je me suis trouvé entre Rhodes et Scarpanto, et de la j'ay passé avec quelque péril du costé de Stampalia. mais ne pouvant gagner celte isle, l'on trouva moyen avec le vent contraire qui n'estoit pas trop fort de mouiller le vingt-neuf au soir à Imborio seul port de lisle de Santorin : j'y mis pied à terre, et après les remarques d'un pais si extraordinaire par la singularité de son terroir, de la situation de ses villages et chasteaux. et des etl'ects de ses embrasemens naturels, et tremblemens de terre, je fis mettre à la voisle autant satisfait de la bonne réception de l'evesque latin et des jésuites qui y tiennent une mission, que je fus mal édisflé de l'évesque grec, qui s'estant rapporté à moy d'un difl'érend se mocquat de ma condemnation. Le quatre novembre jour de mon départ de Santorin l'on trouva moyen d'arriver sur le soir à Milo, j'y débarquay le lendemain, j'y fus receu au bruit des boettes, l'estendart du Crucifix desployé, j'y terminay plusieurs procès, et entre autres l'un à l'avantage d'un abbé grec contre un françois, et l'évesque lattin retourné de Sifanto me vint recevoir à la porte de son esglise en mitre. J'assistay à sa messe pontificalle sur un prie-Dieu couvert d'un dais, et aux prières solemnelles qui si firent pour la prospérité du Roy contre ses ennemis.

L'on fit voisle le onzième, et il fallut différer l'espérance d'arriver en 24 beurres au port d'Athènes, iusques au quatorze.

Je couchayle mesme jour sur le bord de la marinne du port Lion, autrefois Pirée, et le quinsiesmesur les neuf heures du mattin, l'.Aga ou gouverneur du Chasteau d'Athènes estant venu me trouver sous ma tente m'accompagna à la ville, après m'avoir faitsaliier d'une descharge de la compagnie qu'il commandoit; elle commenceoit la marche avec les officiers turcs, et je la continuois environné de mes estafiers, et autres livrées à la grecque, estant suivy des consuls françois et anglois, et de cinquante cavalliers. Mes trompettes mesloient leurs fanfares au son lugubre de celle du pais, ce qui dura une heure et

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deniy par un chemin de pleine, et un bois d'oliviers, estant que la bannière francoise tant que la rouge estoient déployées. Je rencontray auprès du temple de Thésée les principaux des Athéniens ecclésiastiques et séculiers, en habits de cérémonie, qui nie rendirent leurs devoirs qui furent suivis de la descharge du canon du Chasteau, et ce fust à son bruit, et au milieu d'un grand concours de peuple qu"aj'ant passé sous les beaux restes du pallais de Pericles. et auprès de la chapelle, ou tombeau de Socratte, j'arrivay au pallais qui m'avoit esté préparé ou je ne puis rien manger d'un disné à la lurijuc qui m'altendoit. Il me fut aussy impossible de boire du vin du pais, tellement aromatique, et si meslé de poids, et de l'odeur du laudanum, qu'il suffit d'en demeurer à l'odorat sans en incommoder le goust. Il y a un mois que je suis dans ce pais dont la mémoire de son antiquité est si recommandahie, et dont Testât présent si ensevely qu'il soit dans les rùinnes. et l'ignorance, ne laisse pas encore de meritler une forte admiration, et un examen qui laisse de grandes conjectures du passé par la considération des monumens qui sont encorre sur pied.

Il y en a beaucoup de relations, mais je puis, Monsieur, vous asseurer que personne n'a eu autant de moyen que j'en ay rencontré de bien examiner touttes ces richesses de l'art, et l'on peut dire de celles qui se voyent dans le Chasteau autour du temple de Minerve qu'elles surmontent ce qu'il y a de plus beau dans les reliefs et les statues de Rome: j'entray la première fois en pompe et au bruit du canon dans le trésor où sont renfermées ces merveilles et j'y suis retourné incognito quatre ou cinq fois pour mieux admirer et connoistre les beaux desseins que mon peintre a très bien tiré qui montent à plus de deux cent figures hors le naturel et sur le naturel, en grand et moindre relief, il y en a d'entières et de mutillées, ce sont des hommes, des femmes, et des centaures, des combats et des victoires de ceux-cy, des trionfes, des sacrifices, et s'il m'estoit possible d'exprimer maintenant la riche confusion qu'un si bel ordre, et une disposition si vivante, et une expression de tant de passions différentes ont laissé dans mon esprit. je l'entreprendois avec plaisir; mais ayant besoin d'ymeditter de nouveau, vous me permettrés, Monsieur, d'en remettre l'entreprise à un autre temps.

J'y joindrai les représentations dessignées qui suppléeront à la foiblesse de ma connoissance, et à l'oubly presque inévitable dans une si abondante variété, quoyque sur unmesme sujet.

Et je me persuade qu'elles seront d'autant mieux recèdes qu'outre leur justesse elles sont encorre recommandatiles par leur rareté qui les rend uniques. Personne à ce que l'on m'a asseuré n'a eu la

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liberté de prendre ces desseins; les sieurs de Monceaux et Laisné se retirèrent sans entrer dans le Chasteau, et ceux qui en ont eu l'entrée n'ont pas mesme eu le loisir de bien considérer les miracles qui s'y voyent. Tout ce que Ton peut dire de plus eslevé de ces originaux, c'est qu'ils merilteroientd'estre placés dans les cabines ougalleries de Sa Majesté, ou ils jouiroient de la protection que ce Grand Monarque donne aux arts, et aux sciences qui les ont produits, ils y seroient mis à l'abry de l'injurre du temps, et des affronts qui leur sont faits par les Turcs, qui pour evitter une idolâtrie imaginairrecroyent faire un œuvre merittoire, en leur arrachant le nés, ou quelqu'autre partie.

L'on a encorre pris fort exactement les desseins, et perspectives de la ville de différends endroits et de touttes les antiquités qui y sont renfermées ou qui se trouvent dans son voisinage, et j'espere avoir l'honneur de vous en dresser un compte très exact ainsy que du gouvernement du pais, tant politique que civil. Et du voyage que j'ai fait dans l'AUique. la Beoce, les l'oyaumes de l'Eleusine, des Plattéens. des Doriens de la Phocée. dans les villes de Livadia et de Thebes. sur le bord du goHe de Lepantes. et dans l'isle de Negrepontou j'ay admiré avec un plaisir singulier la chose du monde la plus singulierre, puisqu'elle est unique; c'est le flus et resflus de l'Eurippe à qui ce nom commun ne convient pas absolument puisqu'il se fait sans augmentation d'eau. Son courrant si violent qu'il fait moudre les mesmes trois moulins, soit en allant d'un costé, soit en revenant de l'autre, le peu d'esteodûe de son cours qui n'excédera pas deux cent pas. son repos d'une demy heurre et plus avant qu'il change de marche . la force de sa course qui ne se détourne pas par les vents les plus forts, son règlement à ne changer que quatre fois en vingt-quatre beurres et à durer cinq beurres et plus chasque fois, suivant que je l'ay observé, quoyque des gens du pai's l'accusent de changer trois et (juatre fois en une heurre, l'estroit de son passage vis à vis de l'endroit de l'isle qui approchant le plus de la terre ferme rend la mer capable d'un pont de cinq arches de pierres et d'un autre de buis qui n'a qu'une arcade, la jonction de ces deux ponts par un escueil ou est une petite forteresse, l'ouverture ou levée qui se fait en deux de ce pont de bois pour le passage des galleres, en déchargeant leur leste, touttes ces particularités, au moins les principalles, au lieu de demander la perte de la vie d'un homme fautte de les comprendre, demandent bien plustost ce me semble plusieurs vies en une seulle personne pour les admirer plus longtemps.

Le voyage qui m'a donné occasion de les considérer a duré quinze

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jours à la fin desquels Je suis rentré dans Athènes; j'ay continué de m'y informer des l)osoins qui' peut avoir le conimerco de mon autorité, pour obtenir un commandement, allin qu'à Fatras on ne prenne que trois pour cent des fromages dont il se fait grand desbit au lieu de vingt, et alïin que la Doiianne des autres denrées dans laquelle on excède encorre soit réduitte. J'ay pris des mémoires de Tenlevement depuis peu dune tartanne par les Tripolins du port de Napoly et sous les forteresses du Grand Seigneur et de l'injustice contre [le] Capitaine Porry pris à terre par les mesmes Tripolins dans la Morée, et réduit à se racheter, et aussy son vaisseau quoyque sous le canon des Turcs moyenant quatre mil cinq cent piastres, et pour un coup de canon il luv a fallu payer encorre cinq cent escus. Je ne manqueray pas de faire valloir mes plaintes de ces injustes brigandages, aussy bien que du Serdar de la Mer Blanche qui a tellement forcé un capitaine marchand allant à Smirne à luy donner le présent qu'il pretendoit, qu'il a fait rompre sa caisse pour en tirer 60 escus, se payant du surplus en marchandise jusques à la concurrence de HO piastres. Je n'oubliray pas non plus Babassan, qui a aussy contraint le patron d'une tartanne au débourcement d'une pareille somme, et tant icy, dont je fais estât de partir dans deux jours, qu'à Smirne et partout ailleurs je continuraj' de m'acquitter de mon devoir avec la dernière exactitude pour mieux nicritter vostre protection, et vous prouver plus invinciblement la passion respectueuse avec laquelle je suis. Monsieur, vostre très humble, très obéissant et très obligé serviteur.

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