I.F. SECRET DE L IEE
fois on baie, y mouillerait-il? c'était la seconde. .Ne se contenterait-il pas seulement, après avoir observé le littoral, de reprendre le large sans débarquer son équipage ? on le saurait avant une licuro. Les colons n'avaient donc qu'à attendre.
Cyrus Smith n’avait pas vu sans une profonde anxiété le bâtiment suspect arborer le pavillon noir. N’était-cc pas une menace directe contre l’oeuvre que ses compagnons et lui avaient menée à bien jusqu’alors ? Les pirates, — on ne pouvait douter que les matelots de ee brick ne fussent tels, — avaient-ils donc déjà fréquenté cette île, puisque, en y atterrissant, ils avaient hissé leurs couleur*? Y avaient-ils antérieurement opéré quelque descente, ce qui aurait expliqué certaines particularités restées inexplicables jusqu'alors ? Existait-il dans ses portions non encore explorées quelque complice prêt à entrer en communication avec eux ?
A toutes ces questions qu’il se posait silencieusement, Cyrus Smith ne savait que répondre ; mais il sentait que la situation de la colonie ne pouvait être que très-gravement compromise par l'arrivée de ce brick.
Toutefois, se$ ronipagnons et lui étaient décidés à résister jusqu'à la dernière extrémité. Ces pirates étaient-ils nombreux et mieux armés que les colons? voilà ce qu’il eût été bien important de savoir! Mais le moyen d'arriver jusqu'à eux !
La nuit était faite. La lune nouvelle, emportée dans l'irradiation solaire, avait disparu. Une profonde obscurité enveloppait l’ile et la mer. Les nuages, lourds, entassés à l'horizon, ne laissaient fdlrer aucune lueur. Le vent était tombé complètement avec le crépuscule. Pas une feuille ne remuait aux arbres, pus une lame ne murmurait sur la grève. Du navire on ne voyait rien, tous ses feux étant condamnés, et, s'il était encore en vue de l’Uc, on ne pouvait même pas savoir quelle place il occupait.
« Eh ! qui sait? dit alors Pencrotf. Peut-être ce damné bâtiment aura-t-il fait route pendant la nuit, et ne le retrouverons-nous plus au point du jour? »
Connue une réponse faite à l’observation du marin, une vive lueur fusa au large, et un coup de canon retentit.
Le navire était toujours là, et il y avait des pièces d’artillerie à bord.
Six secondes s’étaient écoulées entre la lumière et le coup.
Donc, le brick était environ à un mille un quart de la côte.
Et, en même temps, on entendit un bruit de chaînes qui couraient en grinçant i. Iravers les écubiers.
Le navire venait de mouiller en vue de Granile-house 1