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298 LES VRAIS GRÉATËUBS DE l'oPERA.
Bail pour la construction de la salle de V Opéra.
(Voyez p. 108.)
Nous donnons ici la partie essentielle du texte du bail passé, à la date du 8 octobre 1670, pour la location du jeu de paume de la Bouteille, sur lequel Sourdéac et Champeron allaient faire construire la première salle de l'Opéra français. Ce document a été produit pour la première fois par M, de Boislisle (1), d'après une copie qui lui a été communiquée par M. Nuitter, archiviste actuel de TOpéra :
Par devant les notaires gardenottes du Roy au Chastelet de Paris soassignez^ fat présent Maxîmilien de Laffemas, escuyer, s' de Sérocourt, conseiller et maistre d'hostel ordinaire du Roy, demeurant à Paris, rue du Ghaulme, paroisse Saint-Jean en Grève, tant en son nom que comme se faisant et portant fort de Messieurs et Dames ses cohéritiers dans la succession du deffunt M'' Isaac de Laffemas, leur père, vivant conseiller du Roy en ses Conseils, doyen de Mess'^ les maistres des requestes ordinaires de l'hostel du Roy... lequel, es dits noms^ a reconnu et confessé avoir baillé et délaissé par ces présentes, à tiltre de loyer et prix d'argent, du premier jour du présent mois d'octobre jusques ei pour cinq ans prochains... à hault et puissant seigneur M'« Alexandre de Rieux, chevalier, seigneur marquis de Sourdéac et autres terres, et à Laurent de Bersacq de Fondant, escuyer, seigneur de Champeron, demeurant à Paris, sçavoir leait seigneur marquis jdc Sourdéac en son hostel. au faubourg Saint-Germain, rue Garancière, et ledit &^ de Champeron, rue des Fossez de Nesle, paroisse Saint-Sulpice, à ce présents et acceptans, prenans et retenans pour eux au dict tiltre^ durant le dict temps, c'est assavoir le jeu de
(1) Dans une brochare curieuse : les Débuts de l'Ope'ra français à Paris (Paris, 1875, iii-8 de 19 pp.).
paulme où est pour enseigne la Bouteille^ seize rne des Fossez de Nesle, ayant sortie par la rne de Seine, ledict jeu de panlme clos de murs, couvert de tuille, garni de ses auges, an pourtour de charpenterie, gallerie dans ledict jeu d'un costé couverte d'ais, les murs d'appuy de pierre de taille avec de petites colonnes de charpenterie qui portent le couvert de laditte gallerie, iceluy jeu de {)aulme pavé de pierres de Can; deux cours au costé du dict jeu et deux corps de logis ayant fasse sur la dicte rue, apliquez au rez de chaussée, à salles à cheminée, allée de passage et cuisine, escurie ou apentis, plusieurs «stages au nombre de trois, chambres à, cheminées et grenier au dessus^ monté dans œuvre, leurs aisances, appartenances et dépendances ; les dicts lieux ainsy qu'ils s'estendent, poursuivent et comportent, sans en rien excepter, retenir ni réserver, avec partie de la place du chantier du costé de la rue de Seyne, occupé par M<* Levasseur, maistre charon à Paris, à prendre quatre toises et un pied du devant du mur du dict jeu de paulme cy devant déclaré, jusques au dehors du mur que les dicts sieurs preneurs pourront faire faire, à leurs des-
f)ens, pour séparer le dict chantier d'avec. la dicte place; equel mur sera faict en Testendue du dict chantier et de pareille construction en espoisseur que ceux du dict jeu, jusques à la hauteur des autres murs du dict jeu, ainsy qu'ils sont à présent; au dessus du qael mur les dicts sieurs preneurs pourront faire faire telle eslévation que bon leur semMera, soit de maçonnerie que de charpenterie, pour porter la charpente et couverture du comble qu'ils désirent faire, le tout à leurs frais et despens ; et pourront aussy les dictz s» preneurs eslever telle quantité de travées du dict jeu de paulme que bon leur semblera pour leur commodfité, en faisant par eux servir les bois qui se trouveront bons et en en mettant de neufs au deffault, mesme en faisant par eux faire la couverture et fournissant le fer qu'il conviendra, et sans estre par le dict s^ bailleur, es dictz noms, tenu de faire mettre aucun bois en ce qui se trouveroit pourry ou rompu en l'endroit où ils feront les dictes eslévations, cour la construction d'un Théastre qu'ils entendent faire faire du costé du dict chantier, pour les représentations en musique nommées opéra, en conséquence de la permission et privilège qu'ils en ont obtenus par les lettres patentes de Sa Majesté, sous le nom du s^ Perrin, le vingt huit juin mil six cent soixante neuf; pour lesquelles représentations les dictz sieurs preneurs feront
faire à leurs despens, dans les dictz lieux, telles loges, amphithéastre et autres accommodements que bon leur semblera, en restablissant par eux les dégradations oui se trouveront faittes aux dictz murs, lorsqu'ils sortiront des dictz lieux... Ce présent bail faict moyennant deux mil quatre cent livres de loyer pour et par chacune des dictes cinq années... Pcyeronj; les dictz sieurs preneurs les deniers à quoy les dictz lieux baillez sont et pourront estre, durant le dict temps, taxées et cottizées pour les fortiffications de cette ditte ville et faulxbourgs de Paris, pauvres, boues, chandelles, lanternes, et autres charges de ville et police. Faict et passé à Paris, en la maison du dict sieur de Sérocourt sus déclarée, l'an mil six cens soixante dix, le huitiesme jour d'octobre, avant midy ; et ont signé la minute des présentes, demeurée vers Raveneau, qui a délivré ces présentes pour coppie collationnée sur la ditte minute, ce jour d'huy vingt cinq juin mil six cens quatre vingt sept, pour servir aux dictz s'^ de Champeron et de Sourdéac (i).
Ordonnance de police relative aux désordres survenm à V Opéra en 1671.
(Voyez p. 132.)
Voici rordonnance de police rendue^ à la date du 23 mai 167 i, au sujet des désordres qui ^'étaient
(1) M. de Boislisle accompagne ce texte de la note suiTante, dae à M. Charles Nnitter :
« A la même date da 8 octobre 1670, on trouve, parmi les minutes de M*' Bayeneaa, un désistement de bail de la part de Lavigne, marchand orfèvre, locataire da corps de logis et cour le long du mur du jeu de paume de la Bouteille, et la convention dont il est question dans le bail, par laquelle Levasseur, maître charron, délaisse quatre toises et un pied de place faisant partie de son chantier, rue de Seine. Ces agrandissements étaient nécessaires pour l'établissement de la salle et du théâtre. Le texte du bail fait bien comprendre les travaux qui ont dû être faits pour donner la profondeur et la hauteur convenables à la scène, que Ton décrit toujours comme la plus vaste et la mieux machinée qui existât alors. Les archives de l'Académie de musique ne poseèdent pas de document plus précis sur la première salle d'opéra. »
PPRRIN ET CÂMBBRT. 301
produits aux portes de < l'Académie royale des opéras : »
De par le Rot ET Monsieur le prévost de Paris
ou Monsieur le lieutenant criminel.
A tons cenx qui ces présentes lettres verront : Achilles du Harlay, conseiller du Roy en ses Conseils, son procurenr général au Parlement de Paris, garde de la ville, prévosté et vicomte de Paris, le siège vacant, salut. Sçavoir faisons qne, snr ce qui nous a esté remontré par le Procureur du Roy que. Sa Majesté ayant bien voulu honorer d'une protection toute singulière l'établissement en cette ville de son Académie royale des Opéra, Elle auroit estimé à propos d'en deffendre l'entrée à ceux de sa Maison qui sont admis' ordinairement dans les comédies sans payer aucuns droits, comme aussi à tous pages, lacquais et gens de livrées^ pour empescher les désordres et les querelles qui arrivent le plus souvent par le concours et la confusion de toutes sortes de personnes. Et bien que les officiers préposez à la police ayant employé leurs soins pour les exécutions des ordres de Saditë Majesté, néantmoms ils n'auroient pu empescher la violence de plusieurs lacquais attroupez au mois de mars dernier dans la rué des Fossez de Nesle, lesquels s'estant présentez à la porte de ladite Académie pour y entrer, et cette liberté leur ayant esté refusée suivant l'intention du Roy, ils auroient passé jusques à cet excès d'insolence que d'en vouloir briser les portes et forcer les gardes, aucuns desquels auroient esté grièvement blessez à coups de pierre et de basions, dont lesdits lacquais estoient armez; aucuns desquels auroient esté arrestez sur le champ et conduits prisonniers au Grand Ghastelet, auxquels Ton instruit le procès. Et d'autant qu'il importe pour la seureté publique qu'une semblable violence, et dont les sfltes sont d'une très-grande conséquence, soit réprimée par l'autorité de la justice, et ceux c[ui s'en trouveront auteurs ou complices punis selon la rigueur des ordonnances, requéroit ledit procureur du Roy luy estre pour ce pourveû. Nous, ouï le procureur du Roy, et faisant droit sur ces conclusions^
avons ordonné et ordonnons que les informations encommencées contre les accusez de ladite violence seront incessamment continuées, et leur procès à eux fait et parfait jusques ^ sentence définitive inclusivement. Et cependant avons fait inhibition et deffences à tous pages, lacquais, sens de livrées et tous autres, de quelque qualité ou condition qu'ils Jouissent estre, de se présenter aux portés de ladite Académie royale dos Opéra, pour y entrer sans payer, ny s'attrouper, et faire aucunes violences, pour raison de ce, à main armée, ou autrement excéder ny outrager les gardes préposez pour la seureté desdites Académies royales ; le tout à peine des gallères, ou autre, s'il y échet, contre les contrevenans et ceux qui seront pris en flagrant délit : enjoignant aux commissaires du Cnastelet de se transporter dans le quartier et es environs de ladite Académie royale, les jours de représentation, faire conduire es prisons du Grand Chastelet les auteurs et complices desdites violences, et pour cet effet se faire assister de tel nombre d'huissiers, sergens, archers et autres officiers de justice qu'ils aviseront, lesquels seront tenus de leur obeïr au premier commandement; comme aussi aux bourgeois ductit quartier et des environs de prester main forte ausdits commissaires, quand ils en seront requis, avec defFences à eux de donner retraite et recevoir en leurs maisons aucuns desdits délinquans, à peine de cent livres d'amende, et de répondre civilement des dommages et intérests. Et sera nostre présente ordonnance leuë, publiée et affichée à la porte de ladite Académie royale des Opéra, lieux et endroits accoutumés de cette ville et fauxiDourgs de Paris, et exécutée nonobstant oppositions ou appellations quelconques, et sans préjudice d'icelles. Ce fut fait et donné en la Chambre criminelle du Chastelet par messire Jacques Deffita, conseiller du Roy en ses Conseils d'Estat et privé et lieutenant criminel de la ville, prévosté et vicomte de Paris, le vingt-troisième jour de may mil six cens soixante-onze. Signé,
Deffita.
De Ryantz.
Le Cointre, greffier.
CoUatioDQé.