‹ Les vrais créateurs de l'opéra français, Perrin et CambertChapitre 16 sur 19 · LE FLORENTIN · texte numérisé non relu

LE FLORENTIN

satire de La Fontaine^

(Voy. p 222.)

Cette satire, qui fut inspirée à La Fontaine par la mauvaise foi de LuUy, fit grand bruit en son temps. C'était à l'époque où Quinault était tombé en disgrâce auprès de Louis XIV, qui ne voulait plus que Lully lui fit faire les poèmes de ses opéras. Celui-ci, ne sachant à qui s'adresser, s'en va trouver La Fontaine, le prie, le supplie de le tirer d'embarras, cherche, comme le dit plaisamment le Boidiomme^ à Venquinauder. Bref, La Fontaine cède, se met à l'ceuvre sans se clouter du souci qui doit en résulter pour lui, et écrit le poème d'une Daphné destinée à Lully et à l'Opéra. Mais Lully, on le sait, était difficile à satisfaire; il exige des changements, des retouches, des remaniements, auxquels le poète se prête d'abord de bonne grâce ; mais la chose ne va pas davantage au gré du musicien, si bien qu'au bout de quatre mois de travail, La Fontaine lassé, impatienté, finit par renoncer à tout. A ce moment, Lully s'en riait; Quinault était rentré en grâce, s'était remis à travailler pour lui, et le madré Florentin n'avait plus besoin de personne.

Telles sont les causes qui provoquèrent la colère de La Fontaine, et qui l'amenèrent à écrire sa fameuse satire. Quelque fût le froissement de son amour-propre, on peut croire, étant donnée l'habituelle aménité de son caractère, qu'il ne l'eût pas

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PERRIN ET GAMBERT. 305

Celai-ci me dit : Veux-ta faire.

Presto, presto, qaelqne opéra.

Mais bon? ta muse répondra

Da snccès par-devant notaire.

Voici comment il nous faudra

Partager, le gain de l'affaire.

Nous en ferons deux lots, l'argent et les chansons :

L'argent pour moi, pour toi les sons.

Tu t'entendras chanter, je prendrai les testons ;

Volontiers je paie en gambades :

J'ai huit ou dix trivelinades Que je sais sur mon doigt ; cela joint à l'honneur De travailler pour moi, te voilà grand seigneur. Peut-être n'est-ce pas tout à fait sa harangue ;

Mais, s'il n'eut ces mots sur la langue.

Il les eut dans le cœur. Il me persuada;

A tort, à droit me demanda Du doux, du tendre, et semblables sornettes.

Petits mots, jargons d'amourettes Confits au miel; bref il m'enquinattda.

Je n'épargnai ni soins, ni peines Pour venir à son but et pour le contenter :

Mes amis dévoient m'assister; J'eusse, en cas de besoin, disposé de leurs veines. Des amis! disoit le glouton, Ena-t-on?

€e& gens te tromperont, ôteront tout le bon.

Mettront du mauvais en la place.

Tel est l'esprit du Florentin :

Soupçonneux, tremblant, incertain.

Jamais assez sûr de son gain.

Quoi que Ton dise ou que l'on fasse.

Je lui rendis en vain sa parole cent fois ;

Le b avait juré de m amuser six mois.

Il s'est trompé de deux; mes amis, de leur grâce. Me les ont épargnés, l'envoyant où je croi

Qu'il va bien sans eux et sans moi.

Voilà rhistoire en gros : le détail a des suites

Qui valent bien d'être déduites;

Mais j'en aurois pour tout un an ; Et je ressemblerois à Thomme de Florence, Homme long à conter, s'il en est un en France.

Chacun vondroit r^a'il fût dans le sein d'Abraham.

Son architecte et son libraire,

£t son voisin et son compère^ £t son beau-père, Sa femme et ses enfans. et tout le genre humain,

Petits et grands, dans leurs prières.

Disent le soir et le matin :

Seigneur, par vos bontés pour nos si singulières.

Délivrez-nous du Florentin.

Requête adressée au roi par Jean Laurent de

Beauregard.

(Voy. p. 286)

C'est M, de Boislisle, qui, dans son intéressant opuscule: les débuts de VOpéra français d Paris, a donné le texte du placet adressé au roi par le lof^eur de Perrin, lequel était mort chez lui en lui devant une somme considérable^ laissant seulement entre ses mains quatre livrets d'opéras. Je reproduis ce document, ainsi que les quelques lignes que lui consacre M. de Boislisle et les notes dont il Ta accompagné :

Cet homme alla sans doute offrir à Lully les i productions admirables » de son pensionnaire; mais Quinault occupait déjà la place avec Cadmus, Alceste et Thésée ^ que suivirent de près Atys, Isis, Proserpine et Persée, En déses-

Soir de cause, le créancier s'adressa^ au roi, et c'est son ernier placet qui nous fait connaître quelques particularités vraiment intéressantes sur Perrin et son Opéra. J'en vais donner le contexte, non d'après l'original, mais d'après Fanalyse officielle que le secrétaire d'Ëtat de service {)résenta au roi en avril 1681, et qui porte à la marge a réponse négative N (1). J'y joins quelques notés que

(i) Cette copie se trouve dans le « Rôle des placets » de 1680-1682 , coaserrë aax Archives des Affaires étrangères, sons la cote Franôe 215

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m'a bien voulu fournir notre confrère Charles Nuitter : < Le nommé Jean Laurent de Beauregard remontre que, depuis 1662 jusqu'en 1676 (1), le feu s' Perrin a demeuré et vécu chez luy, avec un mulet (2), lequel s' Perrin s'estant appliqué à la composition des paroles de musique pour l'établissement des opératz, il en fit faire plusieurs répétitions es années 1667 et 1668, avec tant ae succès^ que le Hoy, sur le récit qui luy en fut faict par des personnes des plus considérables de sa cour, qui les avoient veus dans le palais du s^ duc de Nevers, luy accorda le privilège de la représentation, par lettres patentes données à Sain^6ermain en Laye, le 8« (3) jour de iuin 1669. La première s'en fit par l'opéra de Pomone, le 4» mars 1671 (4), qui réussit sy advantageusement que les profficts eussent esté capables d'acquitter dans trois mois toutes les dettes dudit s' Perrin, sy son emprisonnement et la révocation que fit Sa Majesté de son privilège, pour l'accorder audit (o) Baptiste LuUy^ ne luy eust faict cesser les moyens. Cette disgrâce a tourne à grande perte au suppliant, qui est un des créanciers dudit Perrin, pour l'avoir logé, nourry et entretenu avec un valet, six années ou environ (6), et logé tous les

~ Tons les londis, à la sortie da conseil^ le secrétaire d'État de service recevait les placets des solliciteurs sar une table de l'antichambre da -roi. Un commis en faisait les extraits, qae le secrétaire d'État présentait an roi et sar lesquels celai-ci marqaait le renvoi à tel oa tel ministre, poar faire nn rapport an prochain conseil. Le commis informait le pétitionnaire de ce renvoi, afin qu'il pût agir en conséquence, et généralement la réponse ministérielle, d'après la décision inscrite en marge du rôle, revenait dans la huitaine. U existe aux Archives nationales quelques fragments de ces rôles de placets du xvii^ siècle ; mais la série conservée aux Affaires étrangères est beaucoup plus considérable.

(1) Il faudrait : 1675.

(2) Évidemment il faut lire « valet » , comme plus bas.

(3) Lisez: 28.

(4) Nous avons vu qu'aucun document contemporain ne donne la date précise et absolue de la représentation de Pomone, et que les chroniqueurs la fixent généralement au 18 ou au 19 mars. Faut-il avoir confiance dans le renseignement ici consigné, et croire que Pomone fut jouée réellement pour la première fois le A mars 1671 % Peut-être, à l'aide de ce nouveau point de départ, parviendra-t-on à établir l'exacte vérité* — A. P.

(5) Sic. Probablement il avait été déjà question de LuUy dans le texte original et intégral.

(6) Ceci suppose, ce qui est fort probable d'ailleurs, que Perrin avait payé sa première dépense sur les bénéfices de Pomone.

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