‹ Les vrais mystères de Paris (volume 2)Chapitre 7 sur 7 · KP1L0GUE · texte numérisé non relu

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qu'elle élait très-vertueuse ; elle habite actuellement une petite ville dont tous les habitants vanlent la dignité de ses manières et la pureté de mœurs.

Nous venons de nommer Félicité Beauperthuis ; celle pauvre fille , plus malheureuse que coupable, est morte dernièrement à l'hôpital de la Charité. Son corps fut, suivant l'usage, porté à la salle de dissection : on nous a dit que lorsque le drap qui la couvrait fut levé, un ancien chirurgien-major de régiment, nommé depuis peu de temps chef de l'un des services de l'hôpilal de la Charité , se trouva presque mal et qu'il sortit de la salle en se cachant le visage entre ses mains, ce qui fit beaucoup rire messieurs les étudiants qui se trouvaient là.

Ces messieurs , à ce qu'il paraît , retrouvent très-souvent sur les tables de marbre de l'amphithéâtre les malheureux objets de leurs passagères amours.

Coralie, la danseuse, malgré le vol commis à son préjudice par de Lussan et ses complices, est toujours la plus délicieuse créature qui se puisse imaginer ; elle ruine ses adorateurs, c'est vrai, mais elle ne les trompe pas ; elle ne promet à personne un amour qu'elle est incapable de

donner : c elle vend des sourires, des œillades cl de doux propos , » et c'est peut-être parce qu'elle offre de rendre l'argent à ceux qui ne trouveraient pas la marchandise de bonne qualité, qu'elle ne manque jamais d'acheteurs; elle dit à qui veut l'entendre qu'elle quittera le théâtre lorsqu'elle possédera cinquante mille livres de rente, et que, si elle n'épouse pas un diplomate, elle se fera dévote et gardienne si vigilanie des bonnes mœurs , qu'elle chassera de chez elle celles de ses servantes qui ne sauront pas résister aux doux propos des Lovelaces de l'antichambre.

Un affreux singe lient dans le cœur de Maxime la place occupée jadis par l'infortunée Miss; les lions de la loge infernale commencent à trouver les goûis de celte jeune fille un peu trop excentriques, mais Maxime ne s'inquiète pas plus de leurs discours qu'un poisson d'une pomme ; Maxime est si jolie, et il y a toujours à Paris un si grand nombre de riches étrangers !

Le père de Maxime est toujours frolteur ; il boit souvent la goutte avec le fils de la fameuse baronne que nous avons rencontrée à Baden- Baden.

Cette dernière , qu'un procureur du roi mal

appris vient de faire condamner à quelques années de prison , n'en sortira que pour faire de nouvelles dupes; elle dit souvent à ceux qui lui rendent visite, qu'elle aura encore un riche appartement, des domestiques vêtus de splendides livrées, de beaux chevaux et de magnifiques équipages: nous croyons que la baronne s'abuse étrangement, et que ses beaux jours se sont enfuis pour ne plus revenir : la mère des niais n'est pas morte, vous l'avez dit , madame, et vous ne vous trompez pas ; mais i! faut laisser à ses nouveaux enfants le temps de devenir grands avant de pouvoir les tromper, et, grâce à Dieu, vous êtes maintenant beaucoup trop vieille pour attendre.

Le poète chevelu n'est plus maintenant un poëie incompris ; il vient de publier le poëme épique qu'il avait l'intention de dédier au grandduc de Bade : ce poëme, convenablement chauffé par la grande et la petite presse, a obtenu un succès pyramidal ; aussi son auteur a été décoré par tous les souverains de l'Europe et des autres parties du monde ; les libraires l'attendent à sa porte pour lui demander la faveur d'éditer un des ouvrages encore ensevelis dans les limbes de son cerveau : il sera de l'Académie avant Bé-

ranger, qui ne sera rien, pas même académicien. Le noble duc el le comte étranger dont il raconta les infortunes conjugales à Roman pendant le court séjour que ce dernier fil à Baden- Baden , sont aujourd'hui ce qu'ils étaient jadis, ce qu'ils seront toujours, maris et contents; mais qu'importe, comme Ta fort bien dit le bon La Fontaine, qu'il faut toujours citer lorsqu'il s'agit des maris malheureux :

Quand on le sait , c'est peu de chose ; Quand on l'ignore, ce n'est rien.

Le comte de *** exerce toujours l'honorable métier que vous savez , il sert sous les ordres du noble personnage grâce auquel Edmond de Bourgerel expia par plusieurs mois de captivité le crime énorme d'avoir écrit un mauvais drame: si vous passez près de lui , cher lecteur (nous avons tracé de cet homme un portrait si ressem blant qu'il vous sera facile de le reconnaître), si, disons-nous, vous passez près de lui, rappelezvous celte chanson de Béranger :

Parlons bas, Ici près j'ai vu Judas.

Passe-Parlout et son camarade (il ne faut oublier personne) sont toujours de fines et adroites

mouches, ils iront loin.., s'ils ne sont pas pendus.

Mme Delaunay est à la tête d'un de ces établissements qui n'ont pas de nom dans te langage des honnêtes gens.

c Le docteur Delamarre vend aux femmes trompées des conseils qui le conduiront lot ou tard devant la cour d'assises. & Cette prédiction de la danseuse Coralie s'est réalisée : l'infortuné docteur vient d'être condamné à plusieurs années de prison par la cour d'assises de la Seine. L'époux de la jeune Agnès, dont nos lecteurs se rappellent sans doute l'histoire, le père nominal de ses enfants, lui envoie des secours.

Le général de la milice citoyenne, qui faisait de si beaux présents à la danseuse Coralie, forcé de quitter Paris pour se soustraire aux poursuites de ses nombreux créanciers, se réfugia sur les terres de l'Eglise : le nom qu'il porte , célèbre en Italie, lui a valu un accueil favorable, il est maintenant un des meilleurs officiers de l'armée papale : nos lecteurs savent sans doute que les soldats de notre très-saint père ne montent plus la garde avec un parapluie.

Pulchra Laverna ?

Da miki fallcre , dajustum sanclumque videri, Noctem peccatis et fraudihus objiceve uubem. viDocy. — t. xii. Il

ïo4 EPILOGUE.

Nos lecteurs savent déjà que le digne ecclésiastique, qui ne récitait jamais d'autre prière que celle-ci , est actuellement évêque ; mais ce qu'ils ne savent pas, ce que nous sommes heureux de pouvoir leur apprendre, c'est que ce saint personnage est un des plus fougueux champions dc.l'uUrainonianisme, et qu'il tonne souvent en chaire contre la corruption et l'esprit, irréligieux du siècle; on dit que ses sermons et ses mandements ressemblent aux homélies de l'archevêque de Grenade, mais ce sont des méchants qui se permettent de semblables discours, et, pour notre part, nous ne voulons pas les croire.

Les méchants disent encore bien d'autres choses; ainsi, par exemple, ils assurent que si les deux honorables qui assistaient au banquet donné chez Lemardelay par Alexis de Fourrières s'occupaient un peu plus de leurs propres affaires et négligeaient tout à fait celles du paysT leurs créanciers seraient contents, et que le pays ne s'en trouverait pas plus mal. Faut-il les croire? Nous n'en savons vraiment rien.

La graine de niais de l'Anglais et du marchand de bonnets de colon ne trouve plus d'acheteurs : les annonces mirobolantes et les prospectus mi-

rifiques du gérant de commandite ne trompent plus personne.

M. Roulin est devenu un honnête négociant ; des choses aussi extraordinaires que celle-là arrivent quelquefois.

Le Père des Lézards, l'infortuné Rigohert, trompé par la plupart des nombreux sauriens qu'il avait réchauffés dans son sein, a été obligé de fermer sa boutique : que vont devenir les malheureux reptiles qui trouvaient chez lui les moyens de changer de peau à si peu de frais?

N'oublions pas un avoué qui fit condamner une de ses anciennes maîtresses, coupable seulement de s'être rappelé les leçons qu'il lui avait données jadis, et un avocat qui apprit à un jeune voleur que la loge n'abrite pas toujours des gens irréprochables : le premier est chevalier de la Légion d'honneur, directeur du bureau de charité de son arrondissement, il est éligible, il a des chances pour arriver à la chambre élective ; le second, grâce à une faconde inépuisable, est devenu l'un des aigles du barreau moderne ; il sera riche un jour et épousera une héritière.

Et le comte palatin du saint-empire romain, et son inséparable ami? Le premier a quitté Paris pour éviter d'être mené où l'on vient d'envoyer

le second, c'est-à-dire dans une des villes maritimes du midi de la France ; on dit même que des rels sont tendus à toutes les entrées de notre bonne ville pour le prendre comme dans un traquenard, s'il tentait d'y revenir.

Les biens de la maison de Pourrières, auxquels Salvador a fait une brèche considérable , ont été remis au fils du malheureux Alexis, mais il est probable que cet infortuné jeune homme n'en jouira pas longtemps ; les malheurs et les privations de toute espèce qui ont assailli ses jeunes années ont ruiné sa santé ; il ne s'abuse pas sur son sort, il a fait déjà son testament, dans lequel la femme Moulin ( qui a réparé , autant du moins qu'elle Ta pu, le mal qu'elle lui avait fait), les deux filles de M. de Riberpré, Malaga et Brigantine, et les membres de la famille Louiset, n'ont pas été oubliés.

Fortuné a joint à son testament un codicille qui commence ainsi :

c Une femme estimable a porté pendant quelque temps le nom honorable qui bientôt va s'éteindre avec moi : n'ayant pas d'héritiers du sang, et pouvant, sans faire de tort à personne, sans blesser aucuns droits acquis , dispenser,

comme je l'entends, là fortune qui m'est échue en partage, j'institue pour ma légataire unique, universelle, à la charge par elle d'acquitter les legs particuliers énoncés en mon testament , la dame Lucie, née de Casleval, veuve en premières noces de M. le général comte de Neuville, etc., etc.

t En réparant, autant que je puis le faire, une injustice du sort envers une femme aussi estimable que l'est la veuve du général comte de Neuville , je crois faire une action agréable à la fois et aux hommes et à Dieu, i

Et maintenant, cher lecteur, que nous sommes arrivés au bout d'une assez longue carrière, nous vous rappellerons ce que nous vous avons dit au commencement de cet ouvrage , que , lorsque nous nous sommes déterminé à l'écrire, nous voulions prouver ceci :

« Que les fautes les plus légères ont presque toujours des suites déplorables ; qu'il n'y a point de crime, quelque bien combiné qu'il soit, quelque épais que soient les voiles dont il s'enveloppe, qui échappe à la punition qui lui est due, que souvent les crimes sont punis l'un par l'autre; qre les conséquences de toules les liaisons qui

ne sont pas fondées sur la vertu sont toujours déplorables ; qu'il n'est pas de chutes dont on ne puisse se relever lorsque Ton a du courage... » Si, par l'accueil qu'il fera à notre ouvrage, le lecteur nous prouve que, par le récit des aventures de Félicité Beauperthuis, d'Elisabeth Neveux, de Salvador, de Roman, de Silvia et de Servigny, nous avons atteint le but que nous nous étions proposé , nous nous tiendrons satisfait, car nous aurons alors la conviction d'avoir écrit un livre utile. Quoi qu'il en soit, comme la tâche que nous nous étions imposée était peutêtre au-dessus de nos forces , nous terminons par la formule qui clôt toutes les comédies de l'immortel Calderon :

Excusez les fautes de l'auteur.

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