ROTES
NOTE ï, PAGE 118.
Quelque sombres que soient les conlcurs dont celui qui voudra peindre la physionomie des lieux dans lesquels on peut trouver des échantillons de la population excentrique de la capitale, charge sa palette; quelque vigoureux que soient les contours tracés par lui ; quelle que soit , du reste, la puissance de son imagination, ses tableaux, s'ils ne sont copiés sur la nature, seront toujours au-dessous de la réalité : c'est qu'il existe en elïet de ces choses, de ces hommes, qu'il faut avoir vus pour en concevoir l'existence.
Les établissements que nous venons de citer existent réellement; mais nous n'engageons pas nos lecteurs à les visiter, car c'est , suivant nous, un bien triste spectacle que celui de l'humanité, lorsqu'elle a perdu la dernière trace de sa céleste origine, et c'est à peu près le seul qu'ils pourraient rencontrer dans tous ces lieux et dans beaucoup d'autres dont l'cnumcra-
lion seule remplirait un volume. Cependant, comme maintenant on est généralement avide tic tout connaître, nous allons essayer d'en dire quelques mots.
Le Grand-Saint-Michel , surnommé le grand bal Chicard , rue de Bièvre, près la place Maubert, esl le plus considérable de tous les établissements qui, semblables à ces plaies purulentes qui déshonorent le visage des débauchés et des ivrognes, étalent effrontément leur enseigne dans les rues de notre cité. Des chiffonniers, des marchands de chansons, des joueurs d'orgues et des marchands d'allumettes, des voleurs et de hideuses prostituées toujours prêles à se livrer à ces misérables pour quelques verres d'eau-de-vie ou un mauvais repas, voilà quelles sont les gens que l'on rencontre habituellement au Grand-Saint-Miebel. Mais si une belle journée a invité les bons habitants de Paris à prendre le plaisir de la promenade, levez les yeux vers celle espècede soupente qui domine la salle principale de l'établissement dont nous parlons, et examinez un peu les individus qui s'y trouvent.' — Mais ils sont convenablement costumés : ce sont sans doute des gens comme il faut, qui sont venus là pour étudier les excentricités des mœurs populacièrcs. — Examinez de nouveau, et si vos yeux ne vous suffisent pas, joignez-y vos oreilles, et tâchez de saisir au passage, au milieu du brouhaha qui règne ici, quelques bribes delà conversation de ces gens si bien vêtus. — Mais, en effet , la toilette de ces hommes et celle de ces femmes, quoique riche, est d'assez mauvais goût. Ils boivent de l'eau-de-vie à pleins verres, et des refrains de chansons obscènes s'échappent de leur bouche. Quelles sont donc ces gens? Eh! bon Dieu! rien autre chose que des voleurs et des prostituées; plus heureux ou plus adroits que ceux qu'ils dominent, qui viennentétalcr là leurs richesses, afin d'exciter la jalousie de leurs camarades, stimuler ceux d'entre eux qui restent dans l'inaction, et respirer dans une atmosphère qu'ils aiment, en attendant qu'un revers de fortune les force à servir de spectacle à leur tour.
L'eau-de vie ne se vend au Grand-Saint-Michel que quatre-