‹ Les vrais mystères de ParisChapitre 1 sur 21 · I. —Le départ · texte numérisé non relu

I. —Le départ

Sir Lambton, possesseur de richesses considérables hraoraUement acqaises, 8*embarqua avec Seryigny. Pendant la traversée qui fat on ne peut plus henreuse, il ne cessait de parler de sa nièce, qu'il n'avait vue que dans son enfance. Les lettres qu'il avait reçues de cette Jeune fille avaient captivé tonte» ses affections; il brûlait d'impatience de la revoir, sans cesse il relismt ^ correspondance avec une nouvelle satisfaction, et il la faisait lire à Servigny qui la trouvait charmante. La naïveté du style, la pureté des

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sentiments qui y étaient exprimés, tout était empreint de ce cachet qui révèle les âmes d'élite. Enfin après soixante-seize jours d'une navigation qu'aucun accident n'était venu Interrompre, ils débarquèrent heureusement au Havre.

Sir Lambton, qui avait des affaires importantes à régler en ce port et ensuite dans celui de Marseille, chargea Servigny de se rendre à Paris pour préparer tout ce qui était nécessaire à son installation. H lui laissa carte blanche pour Tachât d'un hôtel dans un quartier élégant et tranquille, ainsi que d'une jolie maison de campagne dans les environs. Il devait, en arrivant à Paris, trouver prêt tout ce dont il avait besoin, ei s'et rapportait entièrement au fidèle, à rinteiligent Servigny, qu'il regardait, avec raison, comme son meilleur ami.

Après avoir reçu les ordres et les diverses commissions de sir Lambton, et muni de lettres de crédit sur les premiers banquiers de la capitale pour des sommes considérables, le départ de Servigny fut fixé au lendemain ; toutefois, avant de se rendre à Paris, il demanda à son protecteur la permission d'aller voir une vieille tante qui habitait Mantes; c'était la seule parente qui lui restât.

— « Faites comme vous voudrez, lui dit sir Lambton, pourvu que d'ici deux mois je trouve tout disposé pour me recevoir, je suis content. »

Les choses ainsi arrêtées, Servigny se dirigea sur le village de Saint-Marsault pour aller se jeter aux pieds du bon curé qui l'avait si généreusement sauvé, ainsi que nous TaVons vu au commencement de cette histoire. Là, il apprit que ce digne ecclésiastique était depuis quelques temps à Paris, vicaire d'une des pa-

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roisses de la capitale. Il alla rendre Tisite aa micresseor de rhomme de Dieu et sans loi rien confier des faits qae nous connaissons il le chargea de dire quelques messes et de distribuer d'abondantes aumônes aux pauvres du village; il était heureux de pouvoir faire on peu de bien là où il avait été si malheureux, puis il se remit en route pour Paris*

Arrivé à Sens et logé à Thôtel de TEcu, il acheta un excellent cabriolet et un très-iieau cheval que Ton vendait par autorité de justice; il profita avec empressement de cette occasion, sachant qu'il aurait trèsprochainement besoin de Fun et de l'autre pour faire ses courses à Paris et dans les environs.

Rendu à Mantes, il descendit à Thôtel du Cheval blanc, et de suite il s'informa de sa tante. Il apprit qu'elle était morte depuis quelques mois seulement, après avoir fait un testament en faveur d*un parent éloigné. Servigny ne voulut rien changer aux demiè^ res volontés de sa bonne tante; il quitta Mantes le lendemain, à la pointe du jour, pour revenir à Paris; il lui tardait de voir son sauveur, l'ancien curé de Saint-Marsault. Le temps était pluvieux, mais vers midi il fut assez beau, en sorte qu'il fit cette route assez agréablement, après avoir dîné à Poissy. En passant à Saint>Germain, il crut devoir s'arrêter quelques Instants chez un notaire, afin de prendre des renseignements sur les propriétés à vendre dans les environs. On lui en indiqua plusieurs, mais, informations prises, elles ne pouvaient convenir; alors il se dirigea sur Nanterre, et il était presque nuit lorsqu'il arriva; mais de là à Paris, la route n'est pas longue, et il crut pouvoir prendre son temps. 11 fit donc rafraîchir son cheval chez Gillet, et après avoir donné quelques sous

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^ cet aveugle, qui vient joaer un air de flûte aux voyageurs, et qui, dit-on, a gagné à ce métier de bons biens au soleil, il sauta dans son cabriolet, se propo« sant de monter au pas la côte qui se trouve en sortant du pays; lorsque tout à coup il s'aperçoit que le ciel se couvre et que les éclairs sillonnent la nue à de longs intervalles. Il continue son chemin, espérant que cet orage se dissipera; mais au même instant le tonnerre gronde avec furie, les éclairs se croisent et forment mille gerbes dans Tair, les détonations que répètent et multiplient les échos de la vallée deviennent effrayantes; malgré cela, Servigny continue intrépidement sa route : il était même arrivé à mi chemin de NanterreàNeuilly, lorsqu'un éclair suivi d'un coup de tonnerre épouvantable, fait cabrer et ruer le cheval; il s'abat, .comme frappé de la foudre, il se relève, mais épouvanté par la terreur qu'il vient d'éprouver; il recule et se précipite avec le cabriolet dans une cuvette assez profonde qui borde la route, et d'où il ne peut sortir!...

Les brancards étaient cassés, le cheval sons le cabriolet, et Servigny, enseveli sous la capote brisée etapla* tie, faisait de vains efforts pour soiiir de cette position! . La lecture du premier chapitre de ce volume a appris à nos lecteurs ce qui, à partir de ce moment, est arrivé à notre héros.

— Voilà, dit Servigny lorsqu'il eût achevé le rédt que l'on vient de lire, tous les événements de ma vie que Je n'avais pu encore vous faire connaître; je n'ai passé sous silence qu'une seule circonstance dont je vous parlerai lorsque vous m'aurez dit ce que je dois faire; quant à la malheureuse femme dont je viens de vous raconter l'histoire, je m'acquitterai de la i

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qa*dle a l^en voala me conGer, et, poor cela, )e n*attendrai pas que le hasard m*en fooroisse Foccasioii. J'écrirai à Genève, aOn de savoir où est mainteMiit le jeune Fortuné, et sitôt que Je connaîtrai le lieii de sa résidence. Je loi porterai les paroles dernjères de son infortunée mère et le bonclede cheveux qu'elle m'a remise pour lui.

— C'est bien, mon fils, c'est bien, répondit l'abbé ReuEet, Je n'en attendais pas moins de vous; vous devez, en effet, vous acquitter de la mission qui vous a été confiée par cette malheureuse femme; en accomlotissant le dernier vœu d'une pécheresse qui s'est repenti, à ses derniers moments, d'une mère qui regrettait de ne s'être pas acquitté de ses devoirs, vous vous rendrez agréable à Dieu, car le bien que l'on foitsans espoir de récompense, il le voit, et il s'en rappellera au Jour du jugement, lorsque nos fautes et nos bonnes actions seront pesées dans une balance.

Servigny, après avoir de nouveau donné à l'abbé Reuiet l'assurance qu'il s'acquitterait de la mission qui lui avait été confiée par Jazeua, lui demanda ce qu'il devait faire, relativement à ce qui lui était arrivé è Taubeiîge isolée du Bienvenu.

— Je voudrais, dit-il, faire connaître à l'autorité ce qui se passe dans cette infâme maison et quels sont les gens qui la tiennent; mais le puis-je sans me comprometu*e? L'un des hommes que J'ai vus, et qui serait infailliblement arrêté par suite de sa dénonciation, était en même temps que moi au bagne de Toulon et il ne manquerait pas de me dénoncer;et vous devinez quelles seraient les conséquences de cette reconnaissance?

— Vous ne pouvez cependant, mon ami, laisser subsister ce repaire d'assassins; ce n'est pas sans des-

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sein que la Providence, qui Toas y a conduite, a permis qae vous puissiez vous en échapper: il faut absolument que l'autorité en soit avertie et de suite, car diaque jour de retard, coûte peat-étre la vie à un infortuné voyageur. Mais, cependant, il faut éviter que vous puissiez devenir la victime de la bonne action que vous allez faire*

— Quels moyens employer pour qu'il en soit ainsi? Je serais nécessairement mis en présence de tous les individus qui fréquentent Tauberge du Bienvenu; eh bien! n'est-il pas possible que parmi eux, il s'en trouve quelques-uns qui aient été mes compagnons pendant mon séjour au bagne de Toulon, et que mes traits soient restés gravés dans leur mémoire.

— Il me semble, dit l'abbé Reuzet après avoir réfléchi quelques instants, qu'une dénonciation anonyme, bien détaillée, adresséeà lapréfectuie de police, remplirait suffisamment notre but, car elle amènerait nécessairement une visite dans cette auberge, dans laquelle il est impossible que l'on ne trouve pas quelque chose qui puisse fixer les doutes de la justice. Mme non, nous ne pouvons même pas employer ce moyen; votre cabriolet et votre cheval, qui sont restés à l'auberge du Bienvenu, pourraient servir à vous faire reconnaître, s'ils tombaient entre les mains de la police.

•— Oh ! je ne crains pas cela, le cabriolet n^est pas de fabrique française et le cheval a été acheté avec plusieurs autres; ces objets ne peuvent donc mettre sur mes traces; aussi, vais-je de suite suivre votre conseil et adresser à l'autorité une dénonciation, dans laquelle je donnerai des détails si précis, qu'il faudra bien que l'on y ajoute foi.

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— Il font maiiitenailt, ajoata Serîlgny, que tous me serviez de guide dans tone circonstance gra^e et dont dépend le bonhenr de ma vie; voîci ce dont il 8*agit«

Servigny alors, raconta à l'abbé Reuzet tout ce qui venait de se passer entre loi et sir Lambton et l^offre qoe celui-ci venait de lui faire, de la main de sa nièce.

— Et sans doute, dit te bon prêtre , vous aimei cette Jeune fille?

— Oh I oui, répondit Servignf , Je Taime; et cet amour, daigneî en être convaincu, ne ressemble pas à la passion qu'avait su m'inspfrer cette cantatrice du théâtre de Marseille dont Je vous ai parlé, passion dont les suites ont été si fatales. J'ai voué à mademoiselle de Beaumont, une affection aussi pure qu'elle est désintéressée, je sens qu'il me sera facile de la rendre heureuse si elle devient mon épouse; mais cependant, si vous me dites que je ne dois pas associer ma vie à la vie si pure de cette charmante enfant. Je serai assez fort pour renoncer à l'avenir heureux qui m'est offert et que J'ai mérité. Je ne crains pas de vous dire ce!a, mon digne ami, car vous connaissez toute ma vie, vous savez tout ce qu'il m'a fallu d'efforts pour conquérir la position que Je possède aujourd'hui.

— Ecoutez, mon ami, dit l'abbé Reuzet, vous êtes bien déterminé, n'est-ce pas, à ne point vous arrêter dans la route que vous avez choisie ? Vous vouiez, quoi qu'il puisse arriver, conserver l'estime de l'homme généreux qui veut vous confier le soin d'assurer le bonheur de sa nièce ?

Servigny fit un signe affîrmatif, et l'abbé continua en ces termes :

— Eh bien! mon ami, il faut lui faire connatue tous

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les événements de votre vie, que vous Ini avez cachés jusqu'à ce jour; si après que vous lui aurez lût cette confidence, il ne renonce (las à ses desseins, et il n'esl pas impossible qu*il en soit ainsi; car, si le châtiment que les hommes vous ont infligé était sévère, la faute que vous avez commise n'est en réalité qu'une étourderie de jeunesse; vous pourrez alors accepter sans crainte la main de la femme que vous aimez, après, toutefois, que vous lui aurez fait la même confidence que vous aurez faite à son oncle.

— A elle! mon ami, il faudra que je lui dise que j'ai traîné et porté l'ignoble livrée du bagne?

— Il le faudra! Grojez-moi, si vous devez devenir l'époux de cette jeune fille, ne laissez pas à un hasard, qui probablement ne se présentera pas, mais qui cependant est possible, le soin de lui apprendre un fait qui lui paraîtra beaucoup moins énorme, si c'est par vous qu'elle l'apprend.

— * Oh! jamais, jamais je nepourrais me résoudre à donner à Laure le droit de me mépriser; j'aime mieux fuir sans rien dire, lui laisi^er ignorer, ainsi qu'à sir Lambton, ce que je serai devenu.

—Vous ne devez pas vous conduire ainû, et vous ne le ferez pas; car vous vous rappelez que sir Lambton vous est attaché et que votre fuite, en l'affligeant, pourrait lui permettre de croire que vous êtes on ingrat,

Servigny concevait bien que dans la position singulière où il se trouvait placé, il n'avait d'autre parti à prendre que celui qui lui était indiqué par l'abbé Reuzet; il ne pouvait cependant se résoudre à l'adop* ter; il voulait bien, ainsi qne nous l'avons déjà dit, re« noncer à Laure, fuir loia d'elle, s'il le fallait il voulait

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bien instruire sir Lambton, non pas seulement parce que quelque chose lui disait qu'il trouverait en lui un Juve indulgoit, maïs encore, parce que l^bonneur lui faisait Un devoir de cette nécessité; mais c'était tout ce qu'il se sentait capable de faire, à moins d'efforts surhumains. Il le dit à l'abbé Reuzet.

— Eh bien! lut dit le prêtre, ces efforts surhumains, il faut les faire, et croyez-moi, vous en serez récompensé; on gagne toujours quelque chose à faire son devoir. Que pourriez- vous dire à votre femme, si le hasard venant à loi apprendre ce que vous lui auriez caché, elle vous reprochait de l'avoir trompée? Auriezvous le droit de vous plaindre si, s'autorisant de votre exemple, elle vous trompait à son tour? Dites*mol, votre bonheur ne serait-il pas beaucoup plus grand si, après avoir écouté la confidence que vous allez lui fake, Laure vous tendaitla main et vous disait qw malgré vos malheurs, elle consent à devenir votre épouse?

— Oh! certes, car ce serait ià une véritable preuve d'amour et de dévouement, que je saurais reconnaître en la rendant aussi heureuse qu'il est possible de l'être ici-bas; mais cela ne peut aiTiver; celte pure jeune fille né consentira jamais à unir sa destinée à celle u'un forçat évadé.

— Les femmes sont capables, lorsqu'elles aiment, de tous les dévouements. Ne désespérez donc pas de votre desduée; Dieu, qui jusqu'à ce jour vous a si manifestement protégé, ne vous abandonnera pas tant que vous marcherez dans ses voies. Fais ce que tu dois, avienne que pow^a; vous devez, mon ami, puisque vous voulez faire oublier la faute que vous avez commise, avoir sans cesse cette maxime présente à la mémoire.

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— Je ferai ce que vons me dites de faire, dit Servigny après quelques instants de réflexion^

— rétais sûr, s'écria le bon abbé Reuzet, que vous possédiez tontes les vertus d'un galant homme, mais puisque maintenant vous êtes bien décidé, je veux vous rendre moins rude que vous ne la supposez, la tâciie qui vous est imposée; il est de ces aveux, je le sais, qui sont pénibles à faire, et ceux que vous devez à sir Lambton sont de cette nature; je crois que Tindulgence de cet excellent homme, vous les rendra aussi faciles que possible; je ne veux pas cependant que vous soyez le témoin de Tétonnement que nécessairement il manifestera lorsqu'il apprendra ce que, jusqu'à ce jour, il a ignoré. Voici donc quelle sera votre conduite : demain matin sir Lambton, qui me parait passablement impatient, ne manquera pas de vous demander une réponse, vous lui répondrez que l'offre qu'il a faite comble tous vos vœux, mais que vous ne pouvez l'accepter avant qu'il ne m'ait vu et vous le prierez de venir de suite chez moi; si, comme je le présume, ce que je lui apprendrai ne le fait pas changer de résolution, je lui demanderai la permission de voir mademoiselle de Beaumont, qui, j'en suis convaincu, vous conservera son estime, si après m'avoir entendu, elle vous enlève son amour. Croyez-vous mon ami que nous puissions mieux faire? et veuilles me charger du soin d'être votre interprète.

Servigny prit la main de l'abbé Reuzet et la serra avec force entre les siennes.

-^ Vous êtes un digne serviteur de Dieu, lui ûkAU j'appronve d'avance ce que vous ferez, et si je dois renoncer à l'amitié de sir Lambton et à l'amour de Laure c'est près de vous, mon digne ami, que je viendrai

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chercher des consolations que vous ne me refuserez pas.

La conversation entre Tabbé Reuzet et Servigny se serait sans doute prolongée beaucoup plus longtemps, si le vieux Silvain, après avoir discrètement frappé à la porte du salon, n'était pas entré aûn de prévenir ^ son maître que M. le vicomte de Lussan désirait lui parler.

— Je suis forcé, dit l'abbé, de vous congédier pour recevoir ce gentilhomme, au revoir, mon cher Servigny, ayez bon espoir, je vous le répète. Dieu n'aban* donne pas ceux qui marchent dans ses voles.

— Que sa volonté soit faite, répondit Servigny, acceptez ceci pour vos pauvres, ajouta-t-il en glissant un billet de banque dans la main de Tabbé Reuzet, je regrette beaucoup de ne pouvoir faire plus en ce moment, mais renvoi que je viens de faire au procureur du roi d'Aîx, pour indemniser le Juif Josué de Targent qu'involontairement je lui ai fait perdre, m'a tout à fait mis à sec, une autre fois je serai plus généreux.

-— Merci, mon ami, merci pour moi, à qui vous procurez le plaisir de faire un peu de bien, et merci pour mes pauvres, dont les prières vous porteront bonheur.

— A propos, j'ai remis à votre bon Silvain une légère marque de ma reconnaissance qu'il n'a voulu accepter qu'à la condition que vous lui permettriez de la conserver.

L'abbé Reuzet donna un petit soupiet sur la joue du ' vieux domestique qui attendait près de la poi te du salon l'ordre de faire entrer le vicomte de Lussan.

— Vous le voyez, mon ami, lui dit-il, un bienfait n'est jamais perdu, puisque vous recevez aujourd'hui

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]a récompense des soins que vous avez donnés il y a déjà longtemps, à un pauvre blessé, gardez cet argent et faites-en bon usage... Faites entrer niaintenanl M. le vicomte de Lussan.

Silvain s'empressa d'obéir.

— Veuillez prendre un siège. M. le comte, dit Tabbé Reuzet, qui voulut absolument conduire Servigny jusqu'à la porte de son modeste logement, je suis à vous à rinstant même.

— Ne vous gênez pas, M. Tabbé répondit le vicomte, ne vous gênez pas, rien ne me presse.

— Que diable peut venir faire ici, se dit-il, lorsqu'il fut seul dans le salon, cet homme que j'ai vu causer ce matin avec le digne intendant de mon noble ami, le marquis de Fourrières.

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