PARIS
▼ent, deviendront avec Fâge des vertus solides...
Le bon abbé Reuzet visite souvent la petite colonie, qui vit heureuse à Saint-Léonard, W amène quelquefois avec lui un jeune avocat de ses parents, qui a déjà conquis une certaine réputation; ce jeune homme D*a pu voir, sans Paimer, la douce Lucie, et nous croyons bien que cette femme ne le voit pas sans éprouver un certain plaisir. Si jamais il devient l'époux de Lucie, noos*sommes certain qu'il lui fera oublier toutes les peines qu'elle a supportées.
La mère de Beppo, après la;; mort de son fils, est retournée en Provence, elle a emmenée Georgette avec elle; celte bonne femme a revu avec plaisir ses compatriotes, le ciel bleu de la belle Provence, et le» grèves sablonn(?uses de la Méditerranée; nous croyons cependant qu'elle ne vivra pas longtemps; mais les soins affectueux de Georgette qui est devenue une très-honnête ûllc, et qui épousera probablement un pécheur qui ne lui demandera pas un compte trop sévère de son passé, adouciront ses derniers instants.
Paolo est encore au service du général comte de Morengy, qui s'est fixé en Savoie, dans une jolie villa, près de la vallée de Chamouny; le général comte de Morengy, n'a fait que passer sous les yeux de nos lecteurs, nous leur dirons peut-être plus tard les raisons qui déterminèrent ce brave militaire à quitter sa patrie, que cependant il aimait autant que nous aimons notre dernière maîtresse.
Matliéo terminera ses jours à l'abbaye de la Meilleraye, frère Eugène (c'est !e nom de religion du docteur Mathéo), est de tous les trappistes celui qui s'est imposé les pénitences les plus rudes. Dieu, nous aimons à le croire, daignera laisser tomber un regard
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de commisération sar ce pauYre pécheur, qui trouvera dans un monde meilleur» le repos qu'il n*a pu rencontrer ici-bas.
Les individus que nous avons souvent rencontrés chez la mère Sans-Refus, Charles la belle Cravate» grand Louis, Cornet tape dur, Robert, Cadet-Vincent, Mimi, Lenain, Dejean la main d*or, petit Crépine, Biscuit, Lasaline, et les autres, ont reçu la punition due à leurs crimes, les uns sont dans les maisons centrales, les autres sont an bagne où ils termineront probablement leur existence. Le grand Louis et Charles la belle Cravate, on le sait déjà, sont du nombre de ces derniers, ces deux misérables ont été condamnés aux travaux forcés à perpétuité.
Cadet filoux, Coco-Lardouche et Cadet l'Artésien, ces trois vénérables représentantsde Panciennepé^e^ sont morts en regrettant les us et coutumes du temps passé, c'est dire qu'ils sont morts en état d'impénitence finale. Messlre Satan a dû, lorsqu'ils sont arrivés dans sont ténébreux séjour, leur faire une bien magnifique réception.
Fanfan la Grenouille, de voleur devenu agent de police, n'a pas su faire un bon usage des dix mille francs que la mère Sans-Refus lui donna, afin qu'il favorisât son évasion. Après avoir dépensé cette somme en folles orgies, Fanfan la Grenouille se u*ou va un beau matin sans ressources sur le pavé du roi. Force lui fut alors de reprendre son ancien métier; mais comme il avait pendant une longue oisiveté, à peu près perdu la plupart de ses facultés, il se laissa prendre la main dans le sac, et il alla rejoindre en prison tous ceux qu'il y avait fait entrer, triste retour des choses d'ici-bas!
Vernier les bas bleus, pris ainsi qu'on l'a vu avec
Salvador et de Lussan, les a accompagné sur Téchafaiid. Ge misérable n*a pas saivi l'exemple de ses complices, il est mort ainsi qu'il avait vécu.
De Préval prit un peu tard la résolution de vivre désormais en honnête homme; il rassembla tous ses capitaux, qu'il convertit en inscription de rentes sur FËtat, et il se trouva à la tête d'un revenu d'environ cinq mille francs, c'était plus qu'il n'en fallait pour mener bonne et joyeuse vie dans une petite ville de province, et telle était, en effet, l'intention de Préval; mais le diable qui ne veut pas que ses féaux fassent souche d'honnêtes gens, lui réservait un tour de sa façon : de Préval rentrant chez lui à une heure avancée de la nuit, la veille du jour qui devait éclairer son départ de Paris, se trouva par hasard devant un malheureux auquel il avait gagné, à l'écarté, une somme très-considérable; cet individu avait achelé quelques heures auparavant une paire de pistolets, avec lesquels il voulait se faire sauter la cervelle, ils étaient tout chargés, et il se rendait aux Champs-Elysées, afin de se tuer à son aise, lorsqu'il rencontra de Préval; la vue de celui qu'il accusait, non sans raison, de sa ruine, alluma dans son sein une furieuse colère, et comme, lorsque l'on est bien déterminé à se tuer, on ne craint guère les suites d'une action' désespérée, il déchargea l'un de ses deux pistolets dans la poitrine dn pauvre de Préval,
— Tu ne voleras plus personne, dit-il lorsque le malheureux grec tomba à ses pieds.
À la naissance du jour, deux cadavres furent relevés, l'un rue Monsigny, derrière la salle Ventadour, l'autre aux Champs-Elysées.
— « Nous vousi'aconterons notj'e histoire une autre.
fois,» dirent en même temps Mina et la Lorette, avant de quitter le marquis de Fourrières et ses deux amis. Ces mots, qui terminent le premier chapitre de notre second volume, promettaient à nos lecteurs les histoires de deux jolies femmes. Ces histoires, nous ne les avons pas données, par la raison toute simple qu^aprèsen avoir pris connaissance, nous avons trouvé qu'elles ressemblaient tant à celle de Félicité Beauperlhuis, qu*elles auraient fait double emploi avec elle; jeunes filles sages et naïves que la séduction lance sur un chemin qui n'est pas celui de la vertu, voilà le fond; la forme seule diffère. Cependant, comme peutêtre quelques-uns de nos lecteurs désirent savoir quel est actuellement le sort de Mina et de la Lorette (nous avons tracé de ces deux femmes un portrait qui, nous le croyons, justifie leur curiosité), nous les instruirons en peu de mots.
Mina est toujours belle; un prince valaque est amoureux d'elle, et comme la courtisane, en ce moment follement éprise d'un mauvais sujet qui la bat et qui la quittera lorsqu'il l'aura ruinée, ne veut pas prêter l'oreille aux tendres discours du noble Slave, il est présumable que, plus tard, elle sera princesse; quant à la lorette, elle vient de se retirer du monde; elle a épousé un riche négociant de province, auquel elle a fait croire qu'elle était très-vertueuse; elle habite actuellement une petite ville dont tous les habitants vantent la dignité de ses manières et la pureté de ses mœurs.
Nous venons de nommer FéUcité Beaupertbuls ; cette pauvre fille, plus malheureuse que coupable, est morte dernièrement à l'hôpital de la Charité. Son corps fut, suivant l'usage, porté à la salle de dissec-
tion; on nous a dit que lorsque le drap qui la couvrait fui leTé, un ancien chirurgien -major de régiment, nommé depuis peu de temps chef de Tun des services de l'hôpital de la Charité, se trouva presque mal et qu'il sortit de la salle en se cachant le visage entre ses mains, ce qui fiu beaucoup rire messieurs les étudiants qui se trouvaient là.
Ces messieurs, à ce qu'il paraît, retrouvant trèssouvent sur les tables de marble de Tamphiihéâtre, les malheureux objets de leurs passagères amours. '
Coralie, la danseuse, malgré le vol commis à son préjudice par de Lussan et ses complices, est toujours la plus délicieuse créature qui se puisse imaginer; elle ruine ses adorateurs, c'est vrai, mais elle ne les trompe pas; elle ne promet à personne un amour qu'elle est incapable de donner : « elle vend des sourires, des œillades et de doux propos, » et c'est peut-être parce qu'elle offre de rendre l'argent à ceux qui ne trouveraient par la marchandise de bonne qualité, qu'elle ne manque jamais d'acheteurs; elle dit, à qui veut l'entendre, qu^elle quittera le théâtre lorsqu'elle possédera cinquante mille livres de rente, et que, si elle n'épouse pas un diplomate, elle se fera dévote et gardienne si vigilante des bonnes mœurs, qu'elle chassera de chez elle celles de ses servantes qui ne sauront pas résister aux doux propos des lovelaces de l'antichambre.
Un affreux singe tient dans le cœur de Mfaxime la place occupée jadis par l'infortunée Miss; les lions de la loge infernale commencent à trouver les goûts de cette jeune fille un peu trop excentriques, mais Maxime ne s'inquiète pas plus de leurs discours, qu'un poisson d'une pomme; Maxime est si jolie, et il y a toujours à Paris un si grand nombre de fiches étrangers.
Le père de Maxime est toujours froltenr; il boit souvent la goutte avec le fils de la fameuse baronne que nous avons rencontrée à Baden-Baden.
Cette dernière, qn*un procureur du roi malappris vient de faire condamner à quelques années de prison, n'en sortira que pour faire *de nouvelles dnpes; elle dit souvent à ceux qui lui rendent visite, qu*elle aura encore un riche appartement, des domestiques vêtus de splendides livrées, de beaux chevaux, et de magnifiques équipages; nous croyons que la baronne s'abuse étrangement, et que ses beaux Jours se soDt enfuis pour ne plus revenir; la mère des niais n*est pas morte, vous Tavez dit, madame, et vous ne vous trompez pas; mais il faut laisser à ses nouveaux enfants le temps de devenir grands avant de pouvoir lesirom*' p'er, et grâce à Dieu vous êtes maintenant beaucoup trop vieille pour attendre.
Le poète chevelu n'est plus maintenant un poète incompris; il vient de publier le poëme épique qaMl avait rintention de dédier au grand-duc de Bade; ce poëme, convenablement chauffé par la grande et la petite presse, a obtenu un succès pyramidal; aussi son auteur a été décoré par tous les souverains de PËurope et des autres parties du monde; les libraires Taitendent à sa porte pour lui demander la faveur d'éditer un des ouvrages encore ensevelis dans les limbes de son cerveau; il sera de l'Académie avant Béranger, qui ne sera rien, pas même académicien.
Le noble duc et le comte étranger dont il raconta les'infortunes conjugales à Roman pendant le court séjour que ce dernier fit à Baden-Baden, sont aujonrd'hui ce qu'ils étaient jadis, ce qu'ils seront toujours, maris et contentsj mais qu'importe, comme l'a fort
bien dit le bon Lafontaine, qu'il faut toujours citer lorsqu'il s'agit des maris malheureux :
Ouand ODie sait, c^esi peu de chose, Quand on Pignore, ce n^est rien.
Le comte de*** exerce toujours l'honorable métier que vous savez, il sert sous les ordres du noble personnage grâce auquel Edmond de Bourgerel expia par plusieurs mois de captivité le crime énorme d'avoir écrit un mauvais drame; si vous passez près de lui, cher lecteur (nous avons tracé de cet homme un por* trait si ressemblant qu'il vous sera facile de le reconnaître), si, disons-nous, vous passez près de lui, rap* pelez-vous cette chanson de Béranger :
Parlons bas, Ici près j*ai vu judas.
Passe-Partout et son camarade (il ne faut oublier personne) sont toujours de fines et adroites mouches, ils iront loin... s'ils ne sont pas pendus.
Madame Delaunay est à la tête d'un de ces établissements qui n'ont point de nom dans le langage des honnêtes gens.
« Le docteur Delamarre vend aux femmes trompées des conseils qui le conduiront tôt au tard devant la cour d'assises. A Cette prédiction de la danseuse Goralie s'est, réalisée l'infortuné docteur Tient d'être condamné à plusieurs années de prison par la cour d'assises de la Seine. L'époux de la jeune Agnès, dont nos lecteurs se rappellent sans doute l'histoire, le père nominal de ses enfants, lui envoie des secours.
Le général de la milice citoyenne, qui faisait de si beaux présents à la danseuse Goralie, forcé de quitter
Paris pour se soustraire aux poursuites de ses nombreux créanciers, se réfugia sur les terres de TEgilse; le nom qu'il porte, célèbre en Italie, lui a valu un accueil favorable, il est maintenant un des meilleurs officiers de l'armée papale; nos lecteurs savent sans doute que les soldats de notre très-saint-père, ne montent plus la garde avec un parapluie.
Pulchra Lavema Da mihifallere, dajustem sanctum qve videri Noctem peccatis et fraudibus ohjicere nuhem.
Nos lecteurs savent déjà que le digne ecclésiastique, qui ne récitait jamais d'autre prière que celie-ci, est actuellement évéque, mais ce qu'ils ne savent pas, ce que nous sommes heureux de pouvoir leur apprendre, c'est que ce saint personnage est un des plus fougueux champions deTultramontanisme, et qu'il tonne souvent en chaire contre la corruption et l'esprit irréligieux du siècle; on dît que ses sermons et ses mandements ressemblent aux homélies de l'archevêque de Grenade, mais, ce sont des méchants qui se permettent de semblables discours, et, pour notre part, nous ne voulons pas les croire.
Les méchants disent encore bien d'autres choses; ainsi, par exempte, ils assurent que si les deux honorables qui assistaient au banquet donné chez Lemardelay par Alexis de Fourrières s'occupaient un peu plus de leurs propres affaires et négligeaient tout à fait celles du pays, leurs créanciers seraient contents et que le pays ne s'en trouverait pas plus mal, faut-il les croire? Nous n'en savons vraiment rien.
La graine de niais de l'Anglais et du marchand de bonnets de coton ne trouve plus d'acheteurs, les
annonces mirobolantes et les prospectus mirifiqaes du gérant de commandité ne trompent plus personne.
M. Roulin est devenu un honnête négociant; des choses aussi extraordinaires que celle-là arrivent quelquefois.
Le père des Lézards, l'infortuné Rigobert, trompé par la plupart des nombreux vauriens qu'il avait réchauffés dans son sein, a été obligé de fermer sa boutique; que vont devenir les malheureux reptiles qui trouvaient chez lui les moyens de changer de peau à si peu de frais?
N'oublions pas un avoué qui fit condamner une de ses anciennes maîtresses, coupable seulement de s'être rappelée les leçons qu'il lui avait données jadis, et un avocat qui apprit à un jeune voleur que la toge n*abrite pas toujours des gens irréprochables, le premier est chevalier de la Légion d'honneur, directeur du bureau de charité de son arrondissement, il est éligible, il a des chances pour arriver à la chambre élective; le second, grâce à une faconde inépuisable, est devenu l'un des aigles du barreau moderne; il sera riche un jour el épousera une héritière.
Et le comte palatin du saint-empire romain, et son inséparable ami? le premier a quille Paris pour éviter d'êire mené où l'on vient d'envoyer le second, c'està-dire dans une des villes maritimes du midi de la France; on dit même que des rets sont tendus à toutes les entrées de notre bonne ville pour le prendre comme dans un tiaquenard, s'il tentait d'y revenir.
Les biens de la maison de Fourrières, auxquels Salvador a fait une brèche considérable, ont été remis aujils du malheureux Alexis, mais il est probable que
cet infortuné Jeune homme n'en jouira pas longtemps; les malheurs et les privations de toute espèce qui ont assailli ses jeunes années ont ruiné sa santé; il ne s'abuse pas sur son sort, il a déjà fait son testament, dans lequel la femme Moulin (qui a réparé, autant da moins qu'elle Ta pu, le mal qu'elle lui avait fait; les deux filles de M. de Riberpré, Malaga et Brigantine et les membres de la famille Louiset n'ont pas été oubliés.
Fortuné a jointàson testament un codicille qui commence ainsi :
« Une femme estimable a porté pendant quelque temps le nom honorable qui bientôt va s'éteindre avec moi, n'ayant pas d'héritiers du sang, et pouvant, sans faire de tort à personne, sans blesser aucuns droits acquis, disposer comme je l'entends de la fortune qui m'est échue en partage, j'institue pour ma légataire unique, universelle, à la charge par elle d'acquitter les legs particuliers énoncés en mon testament : la dame Lucie, née de Casteval, veuve en premières noces de M. le général comte de Neuville, etc., etc.
» En réparant autant que je puis le faire une injustice du sort envers une femme aussi estimable que l'est la veuve du général comte de Neuville, je crois faire une action agréable à la fois et aux hommes et à Dieu. •
Et maintenant, cher lecteur, que nous sommes arrivé au bout d'une assez longue carrière, nous vous rappellerons ce que nous vous avons dit au deuxième volume de cet ouvrage que, lorsque nous nous sommes déterminé à l'écrire, nous voulions prouver ceci : « Que les fautes les plus légères ont presque toujours des suites déplorables, qu'il n'y a point de crime, quelque bien combiné qu'il soit, quelque épais que
soient les voiles dont il s^enveloppe» qai échappe à la punition qui lai est due, que souvent les crimes sont punis Tun par Tautre, que les conséquences de toutes les liaisons qui ne sont pas fondées sur la ?erlu, sont toujours déplorables, qu'il n'est pas de chutes dont on ne puisse se relever, lorsque Ton a du courage...» Si par Taccueil qu'il fera à notre ouvrage le lecteur nous prouve que, par le récit des aventures de Félicité Beauperthuis, d'Elisabeth Neveux, de Salvador et Roman, de Silvia et de Servigny, nous avons atteint le but que nous nous étions proposé, nous nous tiendrons satisfait, car nous aurons a'ors la conviction d'avoir écrit un livre utile. Quoi qu'il en soit, comme la tâche que nous nous étions imposée était peut-être au-dessus de nos forces, nous terminons par la formule qui clôt toutes les comédies de l'immortel Ga!deron.
Excusez les fautes de Tauteur.