‹ Les vrais mystères de ParisChapitre 20 sur 21 · V. — Drame · texte numérisé non relu

V. — Drame

Nous avons laissé la dame an voile vert et sa compagne retirées chacune dans son appartement, pour chercher dans un sommeil réparateur le repos du corps, l'oubli des peines de la journée et rillusion sur celles qui souvent l'attendent le lendemain!... Quelques heures se sont écoulées; pénétrons dans cet intérieur et voyons ce qui s'y passe.

La vieille est ensevelie dans le plus profond sommeil; Sîlvia, l'oreille attentive, vient à pas de loup et pieds nus s'en assurer. Quelle est donc la cause d'une telle sollicitude? est-ce l'intérêt que lui inspire la dame qui l'a recueillie avec tant de confiance et t^nt de bonté? craint-elle qu'une indisposition subite, un affreux caU'* chefflar,on quelque autre cause, ne vienne interrompre son repos? Non, ce ne sont pas ces nobles sentiments qui la tiennent éveillée, Silviaenest incapable. Ce qui la lient éveillée, c'est la pensée du crime, c'est la soif de l'or, c'est celle du sang!!! Elle a juré la mort de sa

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bienfaitrice, elle vient s'assurer si te moment de frapper est arrivé!.*.

La chambre où repose la vieille n'est éclairée que par la faible lumière d'une veilleuse; Silvia approche, elle plonge un indicible regard sur la victime :

— Elle dort, dit-elle; elle dort, mais c'est pour ne plus se réveiller I

Puis revenant précipitamment dans la pièce voisin^ ^te ouvre la caisse, il ea sort deux hommes. Salvador et de Lussan!...

Enfermés depuis plus de six heures dans cette espèce de cercueil, ils en sortent brisés et presque asphyxiés; mais grâce à un verre d'eau-de-vie que leur administre Silvia, ils ne tardent pas à se remettre et à retrouver l'énergie farouche et sanguinaire qu'exige l'accomplissement de leurs desseins.

Prêts à frapper, ils n'attendent que le signal de leur complice. Celle-ci retourne aupr^ de la vieille, qui dort toujours du plus profond sommeil...

Silvia appelle et guide du geste les deux assas* sins!...

Rapides comme la pensée, ils se précipitent sur la malheureuse vieille, et l'étranglent sans qu'elle puisse pousser un gémissement ! ! !

-> C'est faiil dit de Lussan.

— Oui, répond Salvador! cette marraine (1) là ne viendra pas me tenir sur les fonts baptismaux (2).

Sur la demande de Salvador, Silvia apporta une In-

(!) Témoin.

(9) Déposer contre moi.

niière; il voulait s^assurer si la vieille était bien morte; il rapproche de sa figure :

— Dieu de Dieul s'écrie- t-il, c'est la mère Sans- Refus!

— Ma mère! dit Silvia : quoi! j'ai fait assassiner ma mère!...

— Comment? c'est la Sans-Refus, dit à son tour de Lussan : voilà une aventure diabolique I...

Salvador et de Lussan s'entre-regardaient sans mot dire, l'œil fixe, et comme atterrés par cette découverte!

— Ah bah! dit Silvia, à qui un si grand crime n'avait pas arraché une larme; c'est un fait accompli, il faut en subir les conséquences. Après tout, c'est une manière d'hériter tout comme une autre; un peu plus tôt, un peu plus tard, la succession ne pouvait manquer de nous venir.

— C'est vrai, dit Salvador, Silvia a raison.

Et ces trois monstres se serrèrent alors la main en signe d'acquiescement et de félicitation.

— Ne perdons pas un temps précieux, dit de Lussan; procédons à la recherche de la cachette indiquée par mon cher confesseur.

En un instant ils eurent découvert la cachette que l'abbé Royer avait si indiscrètement indiquée, et s'emparèrent de tout ce qu'elle contenait!...

Trois heures du matin sonnaient comme finissait celte sanglante expédition; mais pour sortir de là sans bruit, il fallait user d'adresse.

A cinq heures et un quart, le père Fleuras, en homme vigilant, arriva dans la cour pour commencer son service quotidien. Fidèle à seis vieilles habitudes et gai comme un pinson, il sifilottait l'air de la Carmagnole

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et do Ça tf*a, comme aux beUes Journées de 93« Lorsque le jour fat venu tout à fait, Silvia rappela par le petit gaicbet, et le pria d^ailer de suite lui aciieter un peu de fleurs d'oranger pour sa maltresse qui, disait-elle, était incommodée.

— A quoi q'c'est bon, vot'fleur d*orange? répondit* il : fourrait ben mieux lui faire prendre une bonne goutte de Paul-Niqnet (1) ou de 107 ans!

— Non, non, citoyen Fleuras, c'est de la leur d*ôranger qu'il lui faut. Allez ?iie; tenec, ? oici de l'argent, ¥ous garderez de quoi boire un verre de vin blanc pour votre peine.

— Vous êtes ben bonne, mamzelle; mais je ne puis laisser la maison seule en ce moment : on ne sait ce qui peut arriver, l'ennemi est quéq'fois plus près qu'on ne pense. J'reste donc à mon poste, à moins que mame Fleurais ne vienne me relever; mais il n'est pas encore six heures, et ce n'est guère qu'à neuf qu'elle se lève et descend dans la cour, quand elle sera arrivée |e serai tout à vot' service.

—Ce vieil imbécile est capable de nous faire prendre comme dans une souricière, dit Lussan.

— Si vous le faisiez entrer, dit tout bas Salvador à Silvia, nous aurions bientôt la clé des cbamps«

— Excellente idée, dit Silvia.

Elle revient au guichet, appelle père Flenrus et loi dit que sa maîtresse désire lui parler et le prie de vouloir bien entrer un instant chez elle.

— Ahl pour ça, dit le rébarbatif portier, je suis t'a vos ordres.

(1) Eau-de-?ie commune provenant du trois-six ou esprit* de-vin. '

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Pois comme SUvia avait tontes les clés, elle lui ouvrit la porte, les deux brigands lestèrent cachés derrière. Quand le père Fleurus fut entré dans la première l^ce, Silvia lui dit qu'elle avait besoin d*un chaudron qui se trouvait sur un rayon irès-élevé dans la cuisine, et le pria de vouloir bien le lui donner. Notre cuirassier sans défiance, entre dans la cuisine, monte sur une chaise; mais au même moment la porte est refermée sur lui à double tour, les trois complices disparaissent avec la rapidité de rédair!...

Le brave citoyen tout ébahi, était loin de supposer le véritable motif de son emprisonnement; il ne s'en affectait même pas le moins du monde, car il supposait que c'était une mauvaise plaisanterie que lui faisait Silvia pour se venger du refus qu'il lui avait fait un instant auparavant. Il en riait donc d'assez bon cœur; mais quand il vit que cela se prolongeait par trop longtemps, il appela :

— Aimée, Aimée, ouvrez-moi donc! J'vous promets qu'une aut' fois j'serai pu5 gfen/i. Voyons, ouvrez-moi vite, car marne Fleurus me grondera si ma cour n'est pas t'en état de propriété quand elle va descendre! Aimée, Aimée! Tiens, pas de réponse!... Attends, attends va, petite farceuse, tu me payeras ça, je vas l'avoir bientôt fait d'ouvert la cage!

En effet, moitié riant, moitié grommelant, en moins de cinq minutes il eut dévissé la serrure; mais une fois sorti, il eut beau chercher il ne vit personne.

-^ Diable, diable, dit*il, en v'ià une sévère de farce quoiqu'ça siguerii/ie?

Il cherche de nouveau, il appelle : personne ne répond. Alors, voyant que la chambre de la vieille est ouverte, il entre : quel spectacle! Tout j est dans le

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plus grand désordre, le lit est au milieu de Tapparte* ment et ne renferme plus qu*un cadavre!!!

— Savoyard de sort, dit-il : en v'ià zune de cata-^ trofe (1); qu'est-ce que va dire marne Fleuras? Mon Dieu, mon Dieu! tout est perdu, le diable est dans la maison!

Ce disant, il revient dons la première pièce, jette les yeux sur la caisse ouverte, point de piano. Seulement il y voit deux places ariistement disposées et rembourrées, et les empreintes récentes dont elles conservent les traces en indiquent Tusage* Plus de doute, les assassins ont été introduits dans celte caisse par Aimée et elle a disparu avec eux!

— Au voieur! à Passassin! crie le malheureux portier : A moi, au secours!. é.

La police ^e livra à de longues et minutieuses recherches, mais vaines précautions, Theure fatale n'avait pas encore sonné pour ces trois scélérats!

Le jour qui suivit celui où Tassassinat de la malheureuse Sans-Refus fut consommé, Salvador s^éveilla avec le soleil, et arracha de Lussan et Vernier les bas bleus au sommeil. (Ce dernier avait passé la nuit dans lé logement de la rue de POuest.) Silvia dormait encore paisiblement. Salvador mena ses deux complices dans la pièce voisine de la chambre à coucher.

— Nous n'avons pas de temps à perdre, leur dit-il; la police va mettre tous ses agents en campagne, ei comme malheureusement la figure de Silvia est plus

(1) Il veut^dire catastrophe.

DE PAniS. ih9

^ae remarqtiabfe,il est probable que noas serons découverts si nous restons ici : il nous faut donc quitter ce logement.

— Quittons-le donc et mettons-nous en route, répondit le vicomte de Lussan, nous avons de Tor, des papiers en règle...

— Nous ne pouvons en ce moment penser à nous mettre en route. Je pense que nous devons laisser s^écouler un peu de temps et nous confiner dans quelque obscure retraite.

— Nous ferons, cher marquis, tout ce que vous jugerez convenable; vous êtes aujourd'hui -la sagesse et la prudence elles-mêmes.

— Je suis bien aise que vous me rendiez cette justice; car vous ne songerez pas alors à blâmer la cruelle nécessité qui nm» force à abandonner notre amie.

— Gomment abandonner la marquise, celle à qui nous devons le succès qui vient de couronner notre dernière entreprise ? Ahl marquis!...

— Songez, vicomte, que la malheureuse Silvia est, à rheure qu'il est, si laide, si reconnaiséab!e surtout, que le premier individu peut fort bien dire en la voyant passer : Voilà la femme qui a introduit les assassins chez la vieille de la rue Thérèse.

— G*est vrai, s*écria Vernier les bas bleus, je me range à Ta vis de Rupin.

— Laissons alors a la marquise, ajouta de Lussan, le quart de ce que nous possédons.

— A quoi bon, reprit Salvador, le sort de la malheureuse est filé : elle sera prise avant qu'il ne se soit écoulé trois jours, ajouta-t-il d'une voix piteuse; est-il donc nécessaire qu'une partie de ce que nous avons

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eu tant de peine h gagner tombe entre les makis de la justice?

Au fait, reprit Vernier les bas bleus, je n'en vois pas la nécessité.

Le résultat de la conversation qui précède n>st pas difficile à deviner. Les trois bandits partirent, emportant Tor, les bijoux et les billets de banque volés à la mère Sans-ReHis; ce ne fut que, pressés par les io* stances du vicomte de Lussan, qu'ils se déterminèrent à laisser sur la commode deux billets de banque de mille francs*

— C'est autant de perdu, avait dit Salvador en se déterminant à obéir à son complice : elle sera arrêtée lorsqu'elle voudra les changer.

Nous n'essayerons pas de peindre la rage qui s'empara de Silvia, lorsqu'elle eut acquis la certitude qu'elle avait été abandonnée par son amant

—Je devais m'y attendre, s'écria- t-elle en proie à la plus sombre fureur. Je devais m'y attendre, il ne m'admait que parce que j'étais beîle; mais je me vengerai.

Le hasard, ou plutôt !a Providence qui voulait que les crimes des scélérats dont elle devrait se venger fussent punis, se chargea de la servir.

Plusieurs jours s'étaient passés depuis la disparition de Lussan, de Salvador et de Vernier les bas bleus, et Silvia désespérait de parvenir à les découvrir, lojsqu'un soir elle vit ce dernier qui se dirigeait vers les cabriolets qui stationnent sur la place des Victoires; il marchait en chancelant, son teint était allumé, en un mot, il était ivre.

— Aux Batignolles, rue des Dames, n* 13, dit*il an cocher dont il avait choisi le véhicule.

— Enfin! se dit Silvia qui avait entendu ces mois,

je le tiens, f en suis sûre; mais ponr qne ma vengeance soit complète, ils faut quUts saclient que c'est h moi qu'ils devront leur perte.

' Silvia, réfléchissant aux moyens qu'elle devait em« ployer pour arriver au but de ses désirs, allait gagner la retraite qu'elle avait choi^e après avoir abandonné le logement de la rue de TOuest, lorsqulelle se trouva en face d'un homme qu'elle connaissait depuis longtemps.

C'était IVonquetti, dit le duc de Modène.

Gomme elle avait suivi avec assiduité le compte rendu par les journaux des débats qui avaient amené la condamnation de son amant et de ses complices, elle savait le rôle qu'y avait joué cet homme qui, pour récompense des révélations qu'il avait faites avait obtenu la remise du restant de sa peine, et était entré au ser« vice de la police à laquelle ii savait se rendre très-utile.

Elle l'aborda résolument.

— Vous êtes Ronquetti, le due de Modène? lui dit-elle.

— Pour vous servir si j'en suis capable, belle dame. Silvia était assez élégamment costumée : un voile

épais couvrait son visage, et l'élégance de sa taille justifiait de reste le compliment que venait de lui adresser son ancien amant.

^ Vous êtes mouchard? ajouta-t-elle.

Ronquetti voulut se fâcher.

— Ne vous mettez pas en colère, lui dit Silvia; nous n'avons pas de temps à perdre en paroles inutiles : bornez- vous à répondre à ma question. Vous êtes mouchard?

— Je suis mouchard, vous l'avez dit.

— Vous ne me reconnaissez pas?

Silvia entraîna Ronquetti so^s un réverbère et leva son voile.

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Ronquetti recula épouvanté.

— Je n'ai pas cet honneur, répondit-il.

— Je suis Silvia la cantatrice, ou plutôt la marquise de Roselly.

— Ah bah! en ce cas, ma chère amie, Je vous arrête^ au nom de la loi; vous avez à régler on petit compte avec M. le procureur du roi.

— Je sais cela.

— Vous êtes, à ce qu'il parait, lasse de vivre. Aa fait, je comprends cela, votre visage. ..

— Brisons, je vous prie. Je puis vous donner Salvador, de Lussan et Vernier les bas bleus.

— Oh! faites cela, ma chère Stivia* et je vous promets que vous n'aurez pas sujet de vous plaindre de moi.

— Je le ferai, mais h une condition.

— Quelle qu'elle soit, elle vous sera accordée si toutefois elle est possible.

— Je veux être présente à l'arrestation de ces trois hommes,

— N'est-ce que cela? Accordé, accordé, je vous le garantis.

Le lendemain, de grand malin, une nombreuse escouade d'agents de police envahissait une petite maison isolée de la rue des Dames, aux Batignolles, et pénétrait dans un appartement où elle trouvait les trois bandits que jusqu'alors elle avait vainement cherchés.

Salvador, de Lussan et Vernier se conformant à la détermination qu'ils avaient prise de ne pas se laisser arrêter vivants,^ firent une vigoureuse résistance; ils tuèrent deux des agents chargés d'opérer leur arrestation; la police, elle aussi, a ses champs de bataille, mais il fallut enfin qu'ils cédassent au nombre. Sal-

vador, blessé au bras, de Lussan, qui avait reçu une balle dans la jambe, Vernier horriblement malirailé, ne pouvaient plus faire de résistance, on se jeta sur eux, ils furent garrottés et tout fut dit.

Lorsqu'ils se trouvèrent dans Timpossibilité de nuire, Silvia, qui jusqu'à ce moment, s'était tenue à Técart, s'approcha d'eux.

— C'est à moi que vous devez votre arrestation, ditelle; je suis bien vengée, n'est-il pas vrai?

— Furie, s'écria Salvador, débarrasse-moi de ton odieuse présence.

-<- Ne vous mettez pas en colère, cher marquis, dit de Lussan, nous n'avons que ce que nous méritons, il faut le reconnaître; nous np devions pas abandonner notre amie.

— Elle montera à la butte (1) avec nous, notre amie, dit Vernier les bas bleus, ça sera drôle.

— J'échapperai à l'échafaud, dit Silvia à Salvador, adieu, M. le marquis de Fourrières.

Elle porta à ses lèvres un petit flacon qui contenait de Tacidë prussique, et tomba sur le carreau comme frappée de la foudre.

— Elle est allée retenir nos places là-haut, dil Vernier les bas bleus, bon voyage.

Salvador voulut s'emparer du flacon dont Silvia venait de se servir, mais il en fut empêché par les agents de police.

Les trois complices furent de suite conduits à la Conciergerie, et des ordres furent donnés pour qu'ils fussent gardés à vue; le nouveau procès qu'il fallut leur faire ne fut pas long; on n'avait en quelque sorte qu'à

(1) L'échafaud.

15/i LES VRAIS MYSTÈRES

constater leur identité, et d^ailleiirs, ils ne songèrent pas à nier le nouveau crime dont ils s*étaient rendus coupables depuis leur évasion.

Enfin, le soleil qui devait éclairer le jour oiï ils allaient recevoir la Juste récompense due à leurs crimes se ieva.

De Lussan, dès le matin, s'était fait couper les che* veux aussi courts que possible; il avait arraché luimême le collet de sa cfaemise, enfin, sa toilette était faite.

— Vous le voyez, maître, dit-il au bourreau lorsque ce fonctionnaire s'approcha de lui; je suis prêt pour la cérémonie, vous n'aurez donc pas besoin de poser votre main sur moi.

Après avoir achevé sa toilette, de Lussan, excellent catholique, comme on sait, se confessa et communia avec une dignité et un recueillement très-remarquables; après avoir rempli tous ses devoirs, il fut gai et plaisant comme toujours; il envisageait la mort sans effroi.

Salvador qui, d'abord, avait voultt faire le frondeur, qui avait repoussé les consolations de la religion, ne put résister aux exhortations du vénérable aumônier des prisons et à l'exemple de son complice, qui par* vint à le décider à finir en chrétien, ce qu'il fît en effet.

Ce scélérat se confessa axrec une abondance et une sincérité de cœur que l'on dut croire véritables; il fit même l'aveu d'un crime dont les hommes ne lui avaient pas demandé compte, il confessa l'assassinat commis sur la personne du malheureux serviteur de la maison de Pourrièrcs, d'Ambrolse, qui, ainsi qu'on se le rap* pelle, trouva une mort cruelle dans les ravins qui bordent le parc du vieux château, et après avoir reçu

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rabsolotion, il reprit sa gaieté naturelle, et, de ce moment à quatre heures, il causa airec le bon prêtre et son complice, avec une lucidité et une aisance véritablement remarquables.

Le repentir manifesté par ces deux hommes, qui moururent avecjun courage calme et sans forfanterie, fut-il sincère on ne fut-il qu*une dernière comédie jouée par eux pour se divertir aux dépens de ceux qui regrettaient de voir se terminer sur Téchafaud une carrière qui aurait pu être brillante s'ils avaient bien employé les nombreuses facultés donti's étaientdoués? c'est un secret entre Dieu et eux.

A Dieu seul le privilège de lire dans les cœurs.

(Spilogue.

Et maintenant, le lecteur Ta sans doute vouloir que nous lui apprenions ce que devinrent, après les évé« nemenls que nous venons de rapporter, ceux des personnages de cette histoire, dont nous n'avons pas parlé dans les derniers chapitres qu'il vient de lire. Nous allons donc, avant de prendre congé de lui, satisfaire un désir que nous aurions été bien fôché de ne point entendre manifester.

A quelques portées de fusil de Senlis, bien loin de la grande route, au milieu d'une belle prairie, semée de bouquets d'arbres, il existe un joli petit village, nommé Saint-Léonard; à quelques pas de ce village est un noble et vieux château que ses nouveaux propriétaires viennent de faire réparer, et dans lequel ils

ont réuoi toat ce qui peut contribuer à faire chérir h vie des cliaurps : des livres, des tableaux, de la musique. Non loin du château, à rentrée du village de Saint-Léonard, est une jolie maison l>ourgeoise, dont la façade est ornée de quelques pieds de vigne vierge. Le château est habité par sir Lambton, Laurc et son mari, la maison sert de retraite à Edmond de Bourgerel à sa femme, et à Lucie. La bonne madame de SaintPreuil est morte entre les bras de ses enfants, heureuse de laisser sa chère nièce uiiie à un homme estimable.

Laure ne pouvait se résoudre à vivre loin de son amie, qui, ainsi qu'on Ta vu, ne s'était réfugiée chez Eugénie, que parce qu'elle avait deviné que sir Lambton ne voudrait pas qu'elle s'aperçût que sa fortune n'était plus ce qu'elle avait été, a voulu que son oncle vendît la propriété de Guermanles, et qu'il vînt se fixera Saint-Léonard, et comme ses désirs n'ont jamais cessé d'être des ordres, sir Lambton et Servigny se sont empressés de lui obéir.

La plus étroite amitié unit Servigny et Edmond de Bourgerel, doués tous deux du plus noble caractère; Edmond, est de plus, un infatigrble joueur de billard, ce qui plaît fort à sir Lambton, qui achève tranquillement sa vie, entouré d'êtres vertueux, et de trois beaux et joyeux enfants, qui bientôt ne lui laisseront pas le temps de regretter la vieille Angleterre.

Deux de ces enfants appartiennent à Laure et à Servigny, le troisième est celui d'Edmond et d'Eugénie. |1 y a lout lieu de croire qu'ils ne feront pas mentir le vieux proverbe : tel père tel fils, ils paraissent doués des plus aimables qualités du^cœur et de Tesprit, qualités qui, grâce à l'excellente éducation qu'ils reçoi-.

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