‹ Les vrais principes du chant grégorienChapitre 29 sur 84 · VIII I · texte numérisé non relu

VIII I

Diapason.

Fin. Dom.

Fin. Dom.

2. Si Ton applique ces règles aux mélodies du chant , ou s apercevra que , par leur secours on saura ordinairement fixer le ton ; mais que pourtant elles sont loin de suffire à tous les cas. Aussi les anciens maîtres qui font autorité dans la matière du chant grégorien , ont-ils eu soin de nous avertir que ceux qui se contentent de vouloir déterminer les tons d'église , seulement par les moyens précités , ne méritent d'être

appelés ni musiciens ni chantres « sed coeci erratores , quàm eantores i> potius dici possunt (Marchetti , Glaréan et les auteurs passim).

L'insuffisance de ces moyens devient palpable , lorsqu'on considère :

i .^ Qu'il n'est pas rigoureusement vrai de dire que les tons d'église ont une finale sûre et invariable , à part même la transposition , dont nous parlerons en détail. Sachons donc , qu'un ton quelconque peut avoir sa finale sur un degré quelconque de son échelle , pourvu toutefois qu'il ait sa constitution fondamentale de quarte et quinte qui lui sont propres. Ajoutons

2.0 Qu'assez souvent, on cherche en vain une note dominante, vu qu'il y en a quelquefois plusieurs qui dominent également.

3.** II. arrive aussi qu'une mélodie n'est pas assez développée pour qu'on puisse en déterminer le ton. d'après les règles sus-mentionnées.

3. Donc, iL faut quelque chose de plus précis pour le discernement des tons. Il faut , en un mot savoir les fixer à priori. C'est ce que l'on fût en s'initiant profondément à la formation de chaque ton , par les différentes espèces de quartes et quintes , qui entrent dans leur composition.

4. Que l'on se rappelle ici ce que nous avons insisté à établir au

n.* 4, § II,Chap. II, touchant la place , cpi'occupe le semi-ton dans les

quartes et quintes des échelles tonales ; et une grande lumière se répandra

sur cette question vitale des tons du chant grégorien . En effet , lorsqu'on

remarque que cette place du semi-ton est diverse dans chaque mode, et

que de là résultent les diverses espèces de quartes et quintes, combinaison

intrinsèque des tons, on conçoit que c'est là la vraie méthode pour les

reconnaître distinctement et d'une manière sure. Du reste , en se servant

de ce moyen tout simple et facile, la transposition n'a plus aucune de ses

difficultés , parce qu'alors il devient fort indifférent où l'on trouve les

espèces de quartes et quintes , pourvu qu'on les trouve , et qu'elles

puissent nous guider avec certitude , dans la détermination des tons

auxquels elles appartiennent.

Mais passons aux exemples pour confirmer et éclaircir ce que nous venons d'avancer.

Antienne II, des laudes de la, fête du S. Ange-Gardien.

Lau - de- mus Do - minum , quem lau-dant An - ge-li ;

quem Cheru-bim et Se - raphim Sa - nctus, sa-nctus,

sa - nctuB pro - ela-mant.

Qf • En analysant ce morceau d'après les régies de discernement par la finale et la dominante , on ne saurait déterminer avec certitude le Um auquel il appartient. En effet , la note finale la n'est , comme telle , d'aucun des huit tons , si ce a'est du premier transposé : or , il n'y a pas id ombre de transposition^ tu qu'alors il faudrait y avoir la dominante mi; donc, impossibilité de fixer le ton par la finale. Quant à la dominante elle ne peut pas non plus nous guider ici. Car elle n'y partit pas assez distinctement ^ ut dL la dominant tour-à»tour. Ensuite , ni supposant que la soit la dominante , il restera encore à décider à quel ton cette note appartient en ce lieu , la étant dominante du premier^ quatrième et sixième tons. Cependant , cette mélodie est du premier ton non transposé , malgré la finale irr^lière. Pourquoi? à cause de la quinte de première espèce, ré — la. Or cette quinte, étant uniquement propre au premier et au deuxième ton , on ne peut pas douter qu'elle ne soit ici du premier , parce qu'il y manque la quarte inférieure propre au deuxième ton.

6. Après les remarques qui précèdent , il existe encore souvent des cas douteux dans les mélodies qui ou bien ont trop peu d'étendue , cm doivent être reléguées parmi les tons mixtes , eommixtes ou irréguliers. Dans ces cas on se les expliquera infailliblement , lorsque aux r^es exposées jusqu'ici , on ajoutera encore les réflexions suivantes :

I. Les tons authentiques ordinairement déclinent d'une maofièrs insensible vers leurs finales , tandis que les plagaux s'y précipitent , pour ainsi dire.

U. Si l'on a eu la quinte au-dessus de la finale quelquefois bien prononcée , il faut ranger le ton parmi les authentiques.

m. Si après tout cela on ne peut pas encore fixer le ton , la présomption est alors en faveur du ton authentique.

Remarquons enfin que les tons d'église sont ordinairement marqués dans les livres de chant ^ mais sachons aussi qu'il en est peu qui soient même médiocrement corrrects , sous ce rapport.

Transposition des tons.

i. La transposition des tons est corrélative avec celle des clefs (4). Elle consiste à transporter le chant d'une échelle dans une autre, proportion gardée des tons et semi-tons dont elle est composée diatoniquement.

2. 11 y a une double cause de transposition. Premièrement on trouve des mélodies qui étant placées dans Féchelle qui leur est propre , sont ou trop basses pour les voix aiguës \ ou trop élevées pour les voix graves. C'est alors, au moyen de la transposition, qu'on fait disparaître cet inconvénient.

Mais outre cela il est une cause intrinsèque de transposition qui naît du genre diatonique même du plain-chant. Je m'explique. Il arrive quelquefois qu'on doit chanter tel ton ou semi-ton là ou il n'existe pas dans l'échelle diatonique. Dans ce cas la transposition est d'une nécessité absolue. Faisons l'application de ce principe dans un

, . EXEMPLE

Graduel des vigiles de la fête de S. André.

Ni - mis ho-no-ra

ti sunt a-mi

nimis

confor-ta - -

tus est .

prin-

ci-pa ^- tus e-o

rum.

(1)Ch«|i. ISJII, n.-4.

it

Ce chant qui est du deuxième ton ne peut être écrit dans son échelle ordinaire lorla , parce que , pour éviter la mauvaise relation du triton , il est nécessaire de bémoh'ser le si sur la voyelle i dans tui. Or^ en bémolisant cet intervalle dans Téchelle ordinaire du deuxième ton , il faudrait baisser le mi d'un demi-ton , par conséquent mi b ; mais mi ^ est un non-sens dans Téchelle diatonique du deuxième ton et dans celles de tous les autres tons ; donc , il faut transposer l'échelle à la quinte , afin que mi étant devenu si , il puisse être affecté d'un bémol accidentel , admis par exception dans les échelles du genre diatonique.

La même nécessité se fait sentir pour le mot Dm9 ; mais ici, à cause d'un ton (entier). Effectivement , en conservant l'échelle propre au deuxième ton , il ne peut y avoir le ton (entier) sur la première syllabe De ; car , sans la transposition on aura ui-si (demi-ton) , tandis qu'en transposant l'on trouve sol-fa , le ton (entier).

Et voilà comment s'explique à présent la f.nQU irrégulière que l'on rencontre parfois dans les mélodies du chant grégorien (1).

Remarque I. Tous les tons , le septième et le huitième exceptés peuvent être dans le cas d'une transposition forcée. Nous en exceptons le septième et le huitième , parceque la quinte sol-ré n'a ni le demi-ton inférieur ni le demi-ton supérieur , à cause desquels cette transposition peut devenir nécessaire dans les autres tons.

IL Dans le système de ceux qui admettaient plus de huit tons , les transpositions étaient naturellement beaucoup plus rares. Ainsi, l'exemple précédent du deuxième ton transposé était leur dixième ton , ayant la quinte la-mi , la quarte inférieure miAa , et l'octave semblable à celle du troisième ton, excepté que l'une est une fois plus élevée que l'autre.

3. Les observations que nous avons encore à présenter sur la transposition des tons , — dont les limites sont élevées ou baissées à cause des voix — (2) se réduisent à celles-ci :

1 J^ Tous les tons peuvent être transposés à la quarte supérieure , en bémolisant le sî; car dans ce cas on obtient la même disposition des tons et semi-tons qui entrent dans leurs échelles diatoniques.

(1) On peut coDtulter un tulre eiemple de trtn»poûtioQ néceMtire dans It messe des morts, à savoir le f radael Mequiem, Cette mélodie doit être transposée à cause du ft \} accidentel sur eu, (3) Voir ci-desius n.« 3.

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