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INTRODUCTION (1)
i. La psalmodie gr^orîenne est l'art de chanter les psaumes de David et les cantiques tirés de Técriture-sainte , qui , introduits dans Féglise depuis les temps des Apôtres, furent plus tard disposés dans un ordre plus régulier par S. Grégoire I, dans son Antiphonaife , et dans la suite , ont servi , et servent encore à la célébration des offices divins dans TEglise catholique (2).
2. On ne peut indiquer avec certitude Fauteur de la mélodie ou des intonations des psaumes ou des cantiques. Daprès le père J.B. Martini (3) elles auraient été inventées par David, et seraient arrivées jusqu'à nous , sans avoir subi des changements notables. En effet , indépendamment des témoignages irrécusables de l'écriture-sainte , nous voyons dans l'historien Joseph (4) , que le roi David institua sept chœurs de chantres qui marchaient devant lui lors de la translation de l'arche à Jérusalem. Aussi S. Augustin nous apprend-il que David était fort instruit dans le chant , aimant la musique non pas pour en jouir dune manière sensuelle ; mais voulant par là servir le vrai Dieu d'Israël et représente^ en prophète — par lunion des sons et des voix , — Fadmirable unité de l'Eglise du nouveau testament (5).
3. Quoiqu'il en soit , le chant des psaumes faisait les délices du peuple de Dieu. C'étaient aussi ses hymnes de gloire ; ils retentissaient publiquement sur la montagne de Sion ; Jérusalem parée de ses habits de fête accourait tout entière pour les entendre. Plus tard, enfermés sous des arceaux de pierres dans des cloîtres sonores , ils consolèrent du
(1) UooTnge da père D. Pieiro Alfieri » ialilulé «o^îb, etc. noa» a été , particalièremeot ici, «Tan ^and >«eours.
(S) Alfieri êoggio p. 51.
(3) T. I. DÎMert. 111. Sullattoria del. mus.
(4) Lib. vif. Mtiq. Jud.
(5)5. Aoff. L. XVIf. de Cit. Dei. C. 14.
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sacrifice des plaisirs et des pompes du monde de $ainls hommes et de saintes femmes.
4. St. Clément d'Alexandrie nous apprend que la mélodie des psaumes chez les Hébreux était du mode dorien (1). De là on peut conclure qu'ils adoptèrent le genre diatonique , le mode dorien ayant un rapport intime avec notre premier mode ou ton du chant grégorien. D'ailleurs ce genre était le plus naturel , le plus facile, le plus digne de la majesté du culte , et le plus convenable pour le peuple qui répondait aux chanteurs accompagnés par des instruments. Ces instruments étaient montés d'un petit nombre de cordes ou composés de quelques tuyaux , de quelques flûtes simples (2).
5. Ce chant resta intact jusqu'à la destruction du temple et la captivité du peuple juif sous Nabuchodonosor. Pendant cette époque de servitude^ l'usage solennel des chants de David fut suspendu . sans être oublié (3). Cela résulte évidemment de plusieurs passages de 1 écriture , et notamment du livre de Néhémie (4). Car en parlant des Israélites qui la première année du r^ne de Cyrus retournèrent en Judée sous la conduite de Zorobabel , il compte cent-quarante-huit chantres , enfants d'Âsaph (5), et (y. 67.) deux-cent-quarante-cinq chantres, tant hommes que femmes , qui formaient leur suite. 11 parle ensuite de la grande solennité qui eut lieu la vingtième année d'Artaxerxès , pour la dédicace de la nouvelle cité et des murs de Jérusalem ^ solennité à propos de laquelle il énumère les Lévites , qui étaient les directeurs du chant (6). ce Or les chefs des Lévites étaient Hasébia , Sérébia et Josué fils de » Cedmihel et leurs frères qui devaient , chacun en leur rang , chanter » les louanges et relever la grandeur de Dieu . suivant l'ordre prescrit » par David. » Et ailleurs (y. 44.). ce Les chantres s'acquittèrent aussi » parfaitement de leur devoir , suivant en tout ce qui avait été prescrit » par David et Salomon son fils. Car (y. 45.) dès le commencement, au » temps de David et d'Asaph, il y a eu des chefs établis sur les chantres » qui louaient Dieu par de saints cantiques, et qui chantaient des » hymnes à sa gloire. »
(1) Suidas, écrivain grec sous Kenipire U'AIcxis Comménc prétind que la notation des Hébreux a été perdue •eut Temperear Arcadius.
(2) Conf. Gerb. de mut. tac. T. I. p. 9.
(3) P. Calmct, Comment, in Pt. 136. j^. 5.
(4) II. Esdr. G. Vil. 67.
(5) Ibid. jt. 44-45.
(6)11. Esdr. C.X11.;J. 24.
6. Parmi les cent cinquante psaumes ordinairement attribués au roi David ^ qui sans aucun doute en a composé une grande partie, on nomme psaumes graduekondes degrés, ou de la montée, le 119^ et les suivants jusqu'au 134^. Sans nous arrêter à d'autres opinions, nous dirons qu'il parait certain que ces cantiques , au nombre de iS, ont été composés en partie par les enfants de Goré , à l'occasion du retour de la captivité dq Babylone. Cette ville s'étendait dans une plaine au bord de l'Ëuphrate , et , pour retourner à Jérusalem , il fallait monter , surtout si l'on voulait aller au temple du Seigneur , bâti sur la colline de Sion. Les premiers versets d'un des cantiques des degrés confirment particulièrement cette opinion (1).
7. Dans les siècles postérieures , Judas Machabée célébra , comme Zorobabel l'avait fait avant lui , la consécration du nouvel autel qu'il avait élevé en l'honneur du vrai Dieu , après avoir purgé le temple des profanations du roi Antiochus (2). Par la suite les Hébreux continuèrent à fêter l'anniversaire de cette inauguration que le divin Rédempteur honora de sa présence la dernière année de sa vie (3). Cette solennité fat religieusement observée jusqu'à la dernière destruction du temple , comme Tatteste l'historien hébreux sus-mentionné (4).
C'est ainsi que le chant hébraïque des psaumes , conservé de génération en génération , put rester intact même au delà du premier siècle de l'Eglise.
8. Si les chants de David ont pu traverser tant d'années dans leur forme primitive , qui pourra douter que les Apôtres ne les aient employés? quelles autres mélodies les premiers chrétiens eussent-ils pu adopter , eux qui étaient en grande partie convertis du Judaïsme à la religion de Jésus-Christ? Ces cantiques qui ne résonnèrent qu'au fond des
(1) Comme une biche haletante ,
Tourne les yeux vers le torrent , Seigneur , mon Ame est dans Pattente , ,
Ecoutei son souffle mourant ; De votre présence altérée , De votre demeure sacrée ,
Quand louchera-t'elle le seuil?
O Dieu vivant , bonté puissante !
Sur votre face éblouissante
Reposerai-Je encor mon œil? {Dt!nnt-B»ron.).
(9)t.Machab.C. IV. 52-56.
(3)Joan. ex. 93-23.
(i) Jos. Jntiq. Jud, L. 12. C. 7.
catacombes , pendant les longues années des persécutions , ont dû être accueillis et entendus avec empressement sous le pontificat de S. Sil vèstre, au milieu des douceurs de la paix apportée par Gonstantin-le-Graad.
9. Ainsi , tout nous porte à croire que ces chants primitifs , maintenant en usage dans Téglise romaine , et adoptés par les saints Apôtres dans relise naissante , ne sont autre chose que le chant de la psalmodie tant célébré par les SS. Pères dès le berceau du christianisme (1),
10. Reste à savoir pourquoi ces cantiques et les mélodies des psaqmes sont appelées gr^oriennes ? En effet , saint Gr^oire n'inventa pas ces mélodies , mais il les disposa dans l'ordre qu'on trcmve maintenu dans les heures canoniques , de telle sorte que le ton ou le mode de chaque antienne correspondit à celui du psaume suivant. « Ordinem auteni » cantilenae diurnis seu nocturnis horis dicendœ beatus Gregorius » plenaria creditur ordinatione distribuisse (3). » Ensuite il voulut établir une distinction entre les grandes et petites solennités, les fêtes doubles, semi-doubles et simples ; les fêtes communes de Tannée et les jours fériés. Il adopta Tintonation solennelle pour le verset des psaumes après les introits , appliqua l'intonation fériale aux antiennes des heures canoniques, des dimanches pendant l'année, et des fêtes. Il choisit l'intonation solennelle pour les fêtes deNotre^eigneur et de la Ste. Vierge et fixa l'intonation des cantiques, c'est-à--dire du Magnificat et du Benedictus.
En distribuant de cette manière les intonations de la psalmodie , S. Grégoire leur a donné une forme régulière , tout en suivant l'observance des antiques institutions des saints Pères , qui ont établi trois genres de mélodies, celui des grandes solennités, celui des dimanches simples et autres fêtes de l'année , et celui des jours fériés. .
11. Quant aux formulés de mélodie des psaumes et des cantiques , elles ont toutes un fond commun avec celles du rituel romain , quoiqu'on trouve des variantes plus ou moins prononcées dans presque tous les Diocèses. Comme nous vivons dans un pays où l'on suit le rit romain , il va sans dire qu'il nous faut en exposer la psalmodie dans toute son intégrité. Néanmoins , nous reproduirons en même temps les variantes les plus généralement reçues tout en indiquant les aberrations vicieuses qui ont pu y amener.
(1) Conf. Tcrtiïl. 8«c. III. in Apolog. C. 39. — Origène T. il. App. p. 516 — S. Chrys. in Ps. 140. —S Jérôme in isaîam I. — Greg. Nai. Oral. 8. ~ S. Aug. in Pt. 66. — J. Bona Dit. Psalm. C. I. (2; Walafr. Slraho de re*. eccl. C. «5.