‹ Les vrais principes du chant grégorienChapitre 59 sur 84 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

Des effets propres à chaque ton d'église.

i • Le compositeur d'un chant religieux doit avant tout adapter la mélodie à son sujet, de manière qu'elle lui soit inspirée par les paroles , et non pas vice-versâ (1). En effet, en cela consiste proprement Fart du compositeur. De ménfe qu'un peintre habile dispose les couleurs et les ombres de manière à représenter son sujet tel qu'il est ; ainsi le musicien doit méditer le texte des paroles sacrées, leur caractère quelquefois sévère et triste, d'autrefois joyeux et gai , toujours modeste et saint.

2. Il est donc indispensable que le compositeur entende le latin ^ la langue sacrée de l'Eglise , ou qu'il se fasse traduire les paroles suivant leur sens , et mot à mot.

3. Les moyens ultérieurs d'approprier la mélodie aux paroles, se trouvent particulière ment dans les tons d'alise qui tous ont un type d'expression admirable, lorsqu'on sait les employer avec discernement et opportunité.

4. Le premier Ton a généralement un caractère vif et enjoué ^ propre à éveiller les tièdes , à encourager les affligés et à chasser la mélancolie^

EXEMPLES

Joyeux.

Eu-ge serve bo - ne. Gœ-Ie-stis urbs Je-ru-sa*lem.

Majestueux.

Mon - tes Gel-boë.

Triste.

Mu - li - e-res se-dentes ad monumen - tum la-

homme» te pénétnieDt de la nature et du caractère des paroles, en les appropriant aux circonstances dans lesquelles ces compositions deraient être chantées. — Je me contenterai de dire ceci : que , de toutes cet précautions réunies, résultait dans le chant grégorien d*autrefois je ne sais quoi d^admirable et d*inimitable, une finesse d*ezpression ineffable , un pathétique touchant, une douceur raTÎisante, toujours fratchet toujours neute, toujours pure, toujours aimable ; tandis que les mélodies modernes sont lourdes, ibsignîflantes , discordantes, froides, fastidieuses {Baini mem. //, p. 81. nqq.),

(1) Le parole devono tomminiitrare Videa éetla muiieo. Don. prcst. tet. mus. I p. 131.

men - ta-ban - tur flen - tes Domi-num.

En chantant ces mélodies avec cette expression onctueuse qui leur convient, on sentira les effets prodigieux de gravité , de majesté et d'une douce mélancolie qui y transpirent. De pareils exemples se rencontrent surtout dans les antiennes.

S. Le deuxième Ton est de sa nature sombre , sérieux et grave.

EXEMPLE

Sa-na Domi-ne a-nimam me-am, qui-a pecca-vi ti-bi.

En intercalant ici des demi*tons chromatiques , comme on a souvent le tort de le faire, il n'y a plus cette gravité austère qui est propre au Ton. 6. Le troisième Ton a un caractère âpre , dédaigneux, impétueux.

EXEMPLE

Domi-ne mi rex, da mi-hi in di

SCO ca-put

Jo-an-nis Ba-pti-sUe.

7. Le quatrième Ton est ordinairement plein de douceur — blandus^ hypophrigiu8. — Quelquefois il est plaintif et larmoyant : d'autrefois encore, il participe à la véhémence du troisième', dont il est l'adjoint.

EXEMPLE

Doux.

Si - eut novellse

o-li - varrum.

PlaifUif.

Quid fa - ci-am, qui-a Domi-nus me - us aurfert à me

viUi-ca-tî-onem? fo - de-re non va-le-o men-di-ca-re ^

e - ru - besco.

Impétueux.

Da mi-^hi in di-sco caput Jo-annis Ba-ptisUe : et

contri-sta-tus est rex proptei* jusju-randum.

8. Lorsque le cinquième est employé comme de rigueur (1) , il est durethardi.il est propre à la mélodie de sujets grandioses^ d'idées triomphales^ etc.

EXEMPLE

Lo- que-bar de te-sti-mo - ni-is tu

is m con-

spectu re-gum, et non confuh-de - bar.

Un autre exemple d'un style élevé est Fantienne sacrum convwium, Regina coM , etc.

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