‹ Les vrais richesChapitre 10 sur 51 · LA RUE LEPIC · texte numérisé non relu

LA RUE LEPIC

mêler du foie de juif blasphémateur, du sang de singe et du fiel de truie ayant dévoré ses neuf marcassins.

Mais, en réalité, elle faisait simplement mijoter un de ces haricots de mouton comme on n'en savoure que chez les por-

et l'éclairage mesquin de l'escalier remplirent l'abbé de satisfaction. A la bonne heure, c'était sans doute à un pauvre poète qu'il apportait de l'argent. Au cinquième étage 1 Bravo I Et le vicaire, qui n'avait d'autres documents sur la vie in-

On rend l'argent

time des gens de lettres que de vagues souvenirs classiques, se représentait déjà la mansarde de Malfilâtre, où il allait sans doute surprendre Louis Dublé couché, faute de feu, sur quelque grabat, le papier et le crayon en main, avec des cheveux en désordre, la chemise débraillée et des yeux d'épileptique, signes manifestes et traditionnels de l'inspiration :

car, sur ce point, le naïf abbé s'en rapportait à quelques portraits gravés du xviii^ siècle, aperçus par lui au passage dans les vitrines du quai Malaquais.

Qui sait même si, là-haut, sur le palier, il ne flairerait pas tout à coup une odeur d'acide carbonique et n'aurait pas à enfoncer la porte d'un coup d'épaule et à sauver du désespoir et de l'asphyxie un nouvel Escousse ?

Excité par ces lugubres imaginations, le bonhomme, au mépris de son asthme, monta vivement l'escalier. Mais le « cintième », indiqué par la sorcière à barbe, n'était pas le dernier étage; et l'abbé fut tout surpris, même un peu fâché, en s'arrêtant devant une porte décente et en tirant un cordon de sonnette qui aurait pu tout aussi bien être le cordon de sonnette d'un respectable bourgeois.

Un élégant jeune homme — Louis Dublé lui-même — vint ouvrir. Il était déjà en tenue du soir, habit noir et cravate blanche ; car il devait assister à une

« première » et dîner de bonne heure au restaurant.

Quand l'abbé Moulin, toujours étonné, se fut nommé et eut demandé audience, Louis Dublé l'introduisit avec politesse dans une vaste pièce, — naguère atelier de peintre, — sans luxe aucun, mais com-

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