UN BOHEME DU TROTTOIR
devant celle de Potel et Chabot, rue Vivienne, un bohème du trottoir, un de ces lamentables errants du pavé de Paris, qui laissent s'attarder sur leurs épaules, jusqu'aux beaux soleils de juin, un vieux paletot à collet de fourrure rongée par les mites, et qui, par contre, quand décembre gèle les ruisseaux, grelottent sous une veste d'alpaga flétrie par la
templant, derrière la glace d'une boue tique de coiffeur, une belle dame en cire, très décolletée, qui tient sur son petit doigt, avec un geste maniéré et en regardant par-dessus son épaule, le lacet de son corset rose ?
C'était dans cet état de concupiscence qu'Ai béric avait vécu jusqu'alors, comme un meurt-de-faim devant la devanture
Les vrair riches
d'une rôtisserie, comme un jeune fac- cipiter dans le plaisir. A coup sûr non
tionnaire de l'armée turque regardant il n'allait pas commencer par acheter
par le trou de la serrure du harem. Et, de la rente et vivre de son revenu,
v'ian 1 d'un coup, sans transition, voilà comme un pleutre. Il avait d'abord à
PUISER A pleii»;es mai\s...
qu'il était riche, qu'il allait avoir un demi-million déposé à la Banque, que toutes les douceurs, toutes les voluptés de la vie s'offraient à lui. Son premier mouvement, avouons-le, fut de se pré-
rattraper le temps perdu ; il voulait, pendant quelque temps au moins, jouir autant qu'il s'était privé, vivre comme un nabab, sans compter, sans se refuser aucune fantaisie, aucun caprice ; mordre
La cure de misère
à même tous les fruits qui le tenteraient,
puiser à pleines mains dans son trésor.'
« La vie me doit bien cela, songeait-il
en sentant contre sa poitrine, dans son