LA RUE RAVIGNAN
pour le temps nécessaire enfin, le pauvre diable que j'étais autrefois... Et, après cela !... »
Tout à coup, il se dressa sur son séant, et frappa ses mains l'une contre l'autre.
« Mais, suis-je niais I Rien n'est plus facile. J'ai payé pour un an mon loyer là-bas. J'ai encore mon grenier de la rue Ravignan, où je ne suis jamais re-
tourné. Je puis y coucher des ce soir.
Qui m'empêche de manger à mon ancienne gargote, de passer une soirée au café avec M. Mataboul ?,.. Parfaitement I Voilà ce que je dois faire. Voilà de quoi rafraîchir mes sensations. Je n'ai qu'à revivre un peu de ma misérable vie de jadis. Il faudrait même, pour que ce fût complet, refaire de la correspondance commerciale pendant dix heures de suite chez Cahun et fils...
Ah 1 je suis malade de satiété 1 Eh bien, je sais maintenant ce qui va me guérir : une cure de misère, et je suis sûr qu'elle ne sera pas longue ; car ce serait bien étonnant que les nuits dans une glacière, les dîners à vingt-deux sous et l'esclavage d'un travail stupide ne me rendissent pas bien vite le goût et le désir d'un lit moelleux, de la ionne chère et de la fibre paresse... Oui, c'est cela 1 Une cure de misère, — j'ai trouvé le mot et la chose, — et je vaisla commencer dès aujourd'hui.»