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UNE TRÈS JOLIE MAISON

Guéri par sa cure de misère, si courte, mais si efficace, et assuré d'une large aisance par les débris de son gros lot, Albéric, depuis le printemps dernier, habite, avec sa belle-mère et sa jeune femme, une très jolie maison de campagne, située à dix lieues de Paris, sur le flanc d'un coteau boisé, au bord de

les trains de bois. La jeune madame Mesnard, qui a conservé sa « silencieuse », vient souvent travailler auprès de sa mère. Elle est parfaitement heureuse, et son mari n'a pas encore trouvé de meilleure occupation que d'aimer sa femme. Cependant, au début de l'automne, pour remplir les longues soirées, il s'est mis à

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faire des vers, non pas latins, c'eût été trop stupide — mais français — et tous à la louange de sa chère Zoé. Ils sont détestables ; mais n'ayez pas peur, Albéric s'en doute et ne les publiera pas.

Le dimanche, M. Mataboul, qui s'est établi marchand de vins en gros, grâce à une somme assez ronde prêtée par Albéric, et qui réussit dans ses affaires, vient dîner en famille avec sa nièce, et madame Mesnard prodigue alors à la petite Mariette ces tendres et instinctives caresses où l'on devine qu'une jeune femme sera plus tard une bonne mère.

Comme il est assez difficile de se procurer du poisson à la campagne, M. Malaboul apporte volontiers un homard tout cuit, dont la couleur flatte ses opinions radicales. Car l'homme du Midi ne s'est point laissé corrompre par le bien-être, et reste républicain rouge.

Sans négliger son commerce, il s'intéresse de nouveau beaucoup à la politique, et redevient quelquefois, par ce seul fait, aussi « raseur » que jadis. Par

égard pour ses bonnes qualités, Albéric le supporte ; mais, l'autre jour, le marchand de vins a scandalisé madame Bouquet en approuvant hautement l'incorporation des séminaristes dans l'armée et en s'écriant : « Les curés, sac au dos 1 » Cependant, par une fâcheuse erreur de logique, il a confié sa petite nièce à des religieuses, « parce que, voyez-vous, Jes sœurs, pour l'éducation des enfants, en définitive, il n'y a qu'elles. »

Albéric a complètement rompu avec ses camarades du Cercle des Ègoutiers.

D'ailleurs, le gros Bordier, après une légèreté financière un peu trop vive, a dû mettre entre sa personne et la police correctionnelle la frontière de Belgique. Quant à Sautelet, dont le grand-père était capitaine au long cours et avait fait, pendant trente ans, la traite des nègres pour un armateur de Nantes, il exerce, par un phénomène d'atavisme fort remarquable, une profession à peu près analogue. Il est aujourd'hui directeur de théâtre.

Pour paraître le i" Janvier i^i J , le n" 5o :

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