‹ Les Yeux ClosChapitre 7 sur 7 · ARE · texte numérisé non relu

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bns l'impossibilité d'entendre, aussi bien que de voir. Si Ivait été en mon pouvoir de fuir en cel instant, je ne fusse pas a bsté là une minute de plus; mais, je dus faire contre mau- #

hise fortune bon cœur et subir le conférencier jusqu'au bout, ii ue n'est-il venu à Neuilly s'inspirer de EROUT parole qu'y. : (ait fait inscrire M. Brieux : « Plaindre n'est pas consoler. »

| Je me rappellerai toujours aussi l'attitude de ce camarade nr

Et cela, à deux pas de moi, comme si mon état m'eût mis . ut

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de la rue, la marche des passants, le roulement des voitures, tout cela sonnait étrangement à mes oreilles et m'apparaissait confus, incompréhensible et désordonné, issu d’un univers hostile el parsemé d'embüches.

À vrai dire, j'aurais mauvaise grâce à me plaindre, car j'ai découvert auprès de mes camarades, de mes collègues et de mes chefs de service, une telle sympathie, une telle bonne

volonté, une si délicate compréhension que, parfois, Je

m'étonne, m’interroge et me demande si, placé dans les mêmes conditions, ignorant de tous les problèmes que pose la cécité, je me fusse comporté de la sorte, en dominant mes préventions et mes habitudes. D'ailleurs, pour forcer l'opinion d'autrui, Je me suis loujours imposé de garder une allitude aussi normale que possible; si bien que, fréquemment, il m'est arrivé de donner le change sur mon état véritable, sans avoir eu l'intention de mystifier personne.

J'étais dansletrain qui, de Tours, conduit à la gare d'Orsay, et nonchalamment accoté contre la paroi du, couloir, je fumais une cigarette, lorsque j'engageaï la conversation avec un officier américain; fraichement débarqué en France, il s’inquiéta de l’arme où je servais, des attaques auxquelles j'avais pris part, et brusquement : ot

— Mais vous êtes sans doute en permission, pour n'avoir pas rejoint votre unité en ce moment? a

J'eus grand peine à lui faire accepter la réalité, tant il était loin de se l’imaginer ainsi. Un autre jour, à Tunis, tandis que je me promenais à proximité de la Porte de France, je fus apostrophé par un général qui me reprocha vertement de ne pas l'avoir salué; lui ayant exposé mon cas, il se confondit en excuses et me témoigna toute sa sympathie. À quelque temps de là, pendant un séjour aux environs d'Angers, je me fais conduire chez un coiffeur; la coupe terminée, l'opérateur, pour que je juge de l'effet produit, s’en vient placer une glace derrière ma nuque : :

— Voilà qui est parfait, lui dis-je, égayé par la méprise.

Fréquemment, je suis interpellé par des gens qui me demandent leur chemin et me fournissent ainsi la preuve de l'illusion où je les tiens. Je m'empresse de les renseigner lorsque cela est en mon pouvoir; rien n'est plus aisé dans mon propre quartier et dans ceux qui m'étaient jadis familiers, car

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sa disposition des lieux demeure toujours présente à mon esprit. Aussi, ne vous laissez pas abuser par.les apparences et

songez plutôt à l'intensité des sentiments, à la vitalité qui subsiste en notre être et le domine constamment. Si vous ren-

‘contrez jamais un de ces hommes, que la guerre a livrés aux

ténèbres sâns fin, épargnez-lui votre pitié, elle ne lui apporterail aucun réconfort et risquerait de l’offenser.

Votre pitié, réservez-la pour les faibles, pour les vaincus, et non pour celui qui sut faire face à l’adversité, conserver une sereine confiance, poursuivre dans l'ombre le combat qu'il

avait mené sur la ligne de feu. Songez qu'il reste soutenu par

la conscience d’avoir servi une juste cause, qu'il est toujours en possession d'un cœur sensible à la douceur de l'amitié, d’une intelligence affinée par la méditation, pour tout dire, d'une âme parfois vibrante et tendre. Persuadez-vous bien qu’il est capable de fonder un foyer, et qu'il saura, peut-être mieux qu'un autre, en goûter les joies sans cesse renouvelées. Chassez en sa présence les obscurs préjugés, considérez la cécité comme une de ces épreuves, sans doute cruelles, mais plus insupportables encore à ceux qui n'en ont pas mesuré toutes les conséquences. Il en est de ce mal comme de tous les autres, plus effrayants par leur mystère que par leur véritable portée, si

grande qu'elle puisse être.

L'expérience que j'ai täché d'analyser ici constitue dans l’histoire un fait sans précédent; elle restera probablement unique, à moins qu’un vent de folie ne précipite le monde dans une nouvelle tourmente. |

Souhaitons que nos efforts, en vue d'élargir le champ de

. nolre activité, ne soient pas perdus, après l’extinction de notre

génération, et que la grande collectivité des aveugles soit appelée à en recueillir les fruits, dans les temps à venir. Ne plus confiner les aveugles dans de petits métiers, des situations mesquines, le; mettre à même de gagner leur vie aussi largement que possible pour accroitre leur indépendance et le sentiment de leur dignité, tel devrait être le credo de ceux qui ne demeurent pas insensibles aux multiples aspects de la douleur humaine.

RENÉ Roy.

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