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A ses côtés, montant la garde, sa mère, une boulotte au nez retroussé, avec de gros yeux blancs à fleur de tête et des joues rebondies, rouges et reluisantes comme des pommes. Visà-vis, la mine du père se dressait longue, barbue, blême et rèche comme un navet.
Les grands-parents des deux lignes, casés à ma gauche et en face de moi, me dévisageant avec une sorte d'hostilité, semblaient former un rempart avancé pour la défense de leur petitfils.
Ah! leur petit-fils!... Afin d'être toujours prête à en satisfaire les appétits les plus capricieux et les plus opposés. Tune des aïeules déballa, avec une malséante ostentation, tout un lot d'objets bizarres.
Mais ce qui activa le plus ma rage latente, ce fut le continuel radotage de cette famille entière qui s'évertuait à parler la langue niaise des bébés, en redoublant toutes les formes.
« — Riri a bubu son lolo ! C'est bonbon au \ coco!... »
Oui ! je vois encore distinctement les traits de celui des grand'pères dont le râtelier articula ces idioties, avec de telles précautions que j'avais
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une furieuse envie d'accélérer le service de ses mâchoires artificielles en les maniant comme des castagnettes.
On jugera peut-être que j'exagérais la malveillance. Mais sans rien feindre aujourd'hui, j'affirme que dans l'état d'énervement où je me trouvais alors., ce m'était une torture d'écouter la litanie de ces ineptes locutions du premier âge qui occupaient exclusivement tant de bouches odieuses de laideur, et flétries par l'âge ou par l'accoutumance des vices, des gourmandises, des marchandages avaricieux, des querelles quotidiennes ! . . .
La bonne reprit \
(( — Titi Riri a nini de miam-miam... Il va faire son titi dodo ! . . . »
Mon entourage approuva, par un sourire général de béatitude. Pour moi, un dégoût invincible me fit détourner les yeux de cette fille. Lui était-il permis d'afficher une pareille hypocrisie de zèle pour se mettre au diapason de ce concert de famille absurde mais du moins convaincu ?... Avec son visage effronté, sa cravate grenat, son chapeau à fleurs et ses gants prétentieux ! . . .
Sur ces entrefaites, tandis qu'on faisait à Riri
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une toilette de nuit sommaire, le jeune père, balançant sa mine de navet, déroula un court hamac au centre du compartiment et en suspendit les extrémités à la barre de chaque filet, Riri, enveloppé d'un châle, fut vite étendu sur cette couchette improvisée...
Bien que ma montre ne marquât que huit heures, la nuit était descendue sur la plaine.
Une berceuse qui m'horripilait cessa d'être chantonnée ; un silence factice et la plus attentive immobilité s'imposèrent dans l'assistance.
Alors, recouvrant un peu de paix, je cherchai, à la lueur de la veilleuse, quelque distraction dans mon journal. Pendant que je le dépliais et repliais, un regard circulaire me révéla les expressions indignées que les froissements de la feuille amenaient sur les physionomies environnantes. Eh bien ! tant pis ! après tout.
Mais instantanément, une obscurité à peu près complète interrompit ma lecture. . . La petite maman du petit Riri, levée sans bruit, venait de tendre, sur le globe de lumière, l'opaque rideau, afin que les paupières de son avorton reposassent dans l'ombre.
Cet acte de tyrannie m'échauffa prodigieuse-
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ment la bile. Ma première intention fut de me relever à mon tour et de rétablir la chose en sa position précédente...
Pourtant je résistai à ce mouvement bien justifiable. La faculté m'avait interdit les émotions violentes. Or, si je provoquais un éclat, je serais nécessairement obligé de le suivre jusqu'à ses dernières limites... Dois-je aussi le confesser.^ La raison me déconseillait d'entamer une lutte, tellement inégale dans l'occurence immédiate, que mon dépit encore tolérable risquait fort d'être transformé en une exaspération autant ridicule qu'impuissante.
Je me contins donc, avec la perspective de déloger au prochain arrêt d'une suffisante durée. Mais je souffrais ; je ronchonnais contre cet homoncule, ce diminutif de touriste dont la place avait coûté moitié moins que la mienne et qui pourtant... Non! voyez-vous ça?
Et je me rongeais les moustaches ! Et je concevais des plans de vengeance, de revanche triomphale!... Je me remuais, je toussais... et je branlais la tête comme quelqu'un en train de se dire des choses supérieures et très conséquentes...
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Enfin, résonna cette clameur impatiemment désirée :
« — Rouen!... les voyageurs pour... ta...
ta... ta... changent de voiture!... »
. . . Sur ce, je me dépêche, j'empoigne mon bagage... j'enjambe le marchepied, quand un fonctionnaire à casquette galonnée me barre la retraite, en rugissant :
<( — Où allez-vous ?
« — À Saint- Valéry.
« — C'est bon ! Restez là ! »
Là-dessus il refoule contre moi la portière avec une de ces énergies qui tranchent une discussion, aussi net qu'elles vous trancheraient un membre.
Et, sans retard, le véhicule au sein duquel je suis bloqué devient l'instrument d'une série de manœuvres inverses qui se prolongent jusqu'à la remise en route...
... Voilà, dira le lecteur, un incident bien banal. C'est possible. Je manquais de mesure.
Toujours est-il que j'eus à dissimuler rageusement un flot de larmes amères ! . . .
Cinquante minutes me séparaient encore de la station de Motteville I
L'hypocondrie m'avait déréglé à ce point qu'il me parut impossible de supporter ce nouveau laps... Les agissements de mes compagnons avaient tellement attisé le feu de mon mal intérieur que je me tordais, sur place, ruminant à plusieurs reprises de me précipiter sur la voie,
... Enfin une détente se produisit dans mon système et je m'assoupis, sans m'en être aperçu. . .
Mais la réaction fut brève.
Un son strident m'éveilla en sursaut... La clarté du plafond venait d'être subitement désemprisonnée... Riri geignait... Au-dessus de son hamac, tous les crânes de sa famille étaient réunis en cercle, comme un jeu de boules autour du cochonnet... Et leurs exclamations abominées s'entre-choquaient :
« — Où qu'il a du bobo, Riri?... A ses petits petons?... A son petit bedon?... Ouah !
ouah ! ouah ! Fais ton riri, Riri?... »
Non! non! cela surpassait le comble!... Je roulais autour de moi les yeux stupides des réveils furibonds... Toutes les apostrophes triviales des titis popjulaires hurlaient dans ma mémoire. J'eus beau serrer les dents, tout mon ressentiment grossier s'exhala au travers. Laribam-
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belle des « Asseyez-vous dessus ! A la porte ! Qu'on le musèlel » m'échappa sans rime ni raison. Et c'est peut-être moi qui eus le plus de surprise à m'écouter?
... L'auditoire se retourna, me toisa d'un air méprisant, se détourna, et ne répondit pas.
Mon malaise s'accrut par l'humiliation qui me restait de l'écart auquel je m'étais livré. Et ma haine, pour ceux qui en avaient été témoins, ne connut plus de bornes.
... A l'embranchement de la ligne de Saint- Valery, je m'évadai comme un insensé... Je courus me réfugier au bout du train 5 et là, sans l'embarras d'aucun fâcheux, je m'abandonnai à une crise de nerfs longtemps comprimée et d'une intensité épileptiforme.
En vérité, c'était, pour ma cure, un joli début.
... Un voiturier de Veules-en-Caux m'attendait à la gare. D'un bond, j'atteignis son véhicule...
« — Filez! lui ordonnai-je,... à toutes brides ! »
Et longtemps encore un tremblement convulsif m'agita. Agenouillé sur les coussins, embus-
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que derrière la capote, égaré dans le délire de la persécution, je scrutais en arrière l'horizon, où une lumière radieuse s'enfonçait sous les cornes ironiques de la lune solitaire.
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I E lendemain matin^ à pdne remis de mes épreuves, je me dîrîgjwi mélancoliquement vers les Cressomûères.
J'avais conservé le souvenir de certain coin particulièrement aimable : un îlot, muni d'un banc, où Ton accède par un pont frêle au milieu des eaux courantes.
J'allais aborder dans cet asile préféré qu'entoure un feuillage épais de branches pleureuses, quand un concours de voix* . .
«-— Riri! glapissait-on.*. Riri n'est pas mimi. . . Il va se faire du bibi ! * . . »
Ah! je n^avais pas à m'y tromper!... Sans
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voir personne, je pouvais même désigner l'auteur anonyme de cette formule : se faire du bibi, pour exprimer l'idée du mal. C'était un ascendant de la ligne paternelle. Dans l'autre ligne, on disait du bobo.
... Je rebroussai chemin avec une terreur panique. Une nuée d'éblouissements voltigèrent devant mes yeux. Il faut avoir été frappé de la même affection que moi, pour admettre la réalité des sensations étranges qui accaparèrent mon cerveau : deux formes, noire et blanche, y tourbillonnaient, comme en un sabbat de la fureur et du désespoir ! . . .
A vouloir tout conter, je n'en finirais pas... Aussi, vais-je abréger.
Une demi-heure plus tard, la bande à Riri me rejoignait sur la plage... Je me déplaçai à la hâte 5 mais, à leur tour, dérangés par la marée montante, ces misérables n'hésitèrent pas à m'investir de^nouveau... Un instant, des suggestions perverses faillirent me distraire. J'avais remarqué que Riri trottait, comme on patine, sans jamais leVer ni abaisser le pied. Toute aspérité du sol était, pour lui, l'occasion d'une chute infaillible. Alors mon regard s'attacha à ses petites
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bottines bleues, avec une fixité idiote. Et devançant chaque accident : « Poum! » mecriais-je diaboliquement. Et je ricanais ; et j'imitais toutes les piailleries consécutives, comme un perroquet inconscient.
Par malheur la musique de Riri et mon accompagnement étaient aussitôt étouffés sous les insupportables jérémiades de sa zézayante et balbutiante famille ! . . .
Encore une fois, je dus battre en retraite ; mais sans y trouver bénéfice. De tous côtés, au casino comme en haut des falaises, dans les sentiers ombreux comme sur les galets ensoleillés, partout où circulaient rhaleine des prés et la brise marine, les mêmes bredouillages imbéciles harcelaient mon tympan affolé :
« Riri... tata... toutou... panpan t*t* !...»
Je n'avais plus qu'à déserter le théâtre de la lutte, à m'enfuir n'importe où, bien loin, vers un désert ignoré. J'avais même trop tardé.
Déjà les spasmes de la gorge, les hoquets nerveux, la crispation des doigts et des paupières recommençaient à me secouer, ainsi que trois mois auparavant.
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Ma valise sanglée, le compte de l'hôtel soldé, je descends chez le loueur pour m assurer qu'il actèle la bique commandée.
Place de l'église^ je tombe sur un attroupement tumultueux.
Au centre, un trio de personnages exubèrent de cris et de gestes. Ce sont les deux grandspères et la mère de Riri, tons les trois épouvantablement rouges, essoufflés. Leurs prunelles sont hagardes ; leurs bras éperdus se brandissent en l'air, s'y entrecroisent et se rabattent avec découragement...
Dès que la jeune femme m'a aperçu :
« — Monsieur ! monsieur 1 supplie-t-elle. . . L'avez-vous vu ? Mon petit Riri! Vous savez bien ?... »
Elle éclate en sanglots. Son petit garçon a disparu depuis deux heures. Elle m'explique ça, dans des phrases hâtives, entrecoupées... La bonne a ramené Riri à la villa pour l'y faire goûter. Durant une minute, on l'a laissé seul au jardin... Une minute! Et plus de Riri!
Troublé par des sentiments contraires, je regarde profondément mon interlocutrice. Son ardeur confiante implore mon aide. Parmi les
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physionomies des passants^ elle a discerné la mienne qui^ par hasard^ ne lui esc pas tout à fait étrangère. Dans un pareil désastre cela suffit, paraît-il, pour me constituer des traits amis.
Je la regarde déplus en plus profondément...
La splendeur de lamour maternel rayonne à travers les pommes de ses joues, vibre dans ses narines retroussées et dans les boules de ses yeux... Elle est transfigurée ! Elle est... eh bien , oui ! elle est belle !
« — Ah ! Ah ! . . . recrie-t-elle, parle donc ! ... »
Cette fois, elle s'adresse à soii mari qui, par une ruelle, dévale de la falaise, de loin suivi du galop effaré de la bonne.
Un geste désespéré pour toute réponse.
« — Seigneur! seigneur! gémit-elle... Est-ce vrai ?. . . Est-ce possiblé^ ?. . . »
Et, appuyant les deux mains sur ses seins frémissants, avec l'éclat d'une volonté souveraine, par trois fois elle appelle :
« — Riri!... Riri!... Riril... »
Mon âme est bouleversée par les sons inouïs de cette voix inspirée dont les intonations ont gravi tous les degrés de l'angoisse humaine.
Un revirement détermine mes idées 5 je ha-
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sarde quelques mots de réconfort aussitôt agréés^ contestés, développés par cent questions et autant d'exclamations ou d'hypothèses.
Je réplique. On riposte.
Bon ! Me voici désormais pris comme dans un engrenage, par l'attraction des sentiments alternatifs qui meuvent ces individus inconnus dont, saturé de rancœurs, je me disposais à fuir le voisinage abhorré.
Aucun moyen de m'en dédire I... Le groupe s'ébranle et m'entraîne dans sa marche désordonnée... Les deux grand'mères surviennent; leurs demandes alarmées sautent de l'un à l'autre, et finissent par m'échoir. J'avance, étroitement flanqué par elles, abasourdi de leurs vociférations : celle-ci n'a pas de chapeau 5 celle-là boite lamentablement. . .
De droite et de gauche, des promeneurs ébahis s'arrêtent au passage de ce cortège insensé dont j'occupe le centre, et où chacun se retourne constamment, va, vient, raisonne et déraisonne, bouscule, et reprend, à l'aventure, une course que nul ne dirige. . .
Des plaintes, des prières, des avis, des suppositions retentissent de toutes parts :
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(( — A-t-on visité les Cressonnières?»
« — Oui! tout au long... Moi-même! »
« — Mais la rivière ?. . . Elle est profonde ! ... » « — Et le puits ?. . . Le puits du maréchal ? . . » « — Il est couvert. »
Tout est imaginé, discuté : le four à plâtre, la roue du moulin, les haies, les chenils et le pâturage d'un taureau qui est méchant. Partout on s'est enquis : néant partout!
Au tournant de la grand'route, un gars pioche sa terre. Le mère éplorée fond sur lui :
« — Monsieur! s'il vous plaît! N'avez-vous pas vu passer un petit garçon?... Il avait un costume de marin?... Un tout petit garçon de trois ans?. . »
Le cultivateur se gratte pensivement les cheveux.
« — B'en oui ! fait-il enfin, b'en oui !... Un p'tit garçon, comme qui dirait de c'te taille-là ?. . . » Il étend sa main ouverte à quelque distance du sol ; et concluant :
« — Eh b'en ! j'en avons r'en vu du tout ! »
« — Oh ! mon Dieu ! mon Dieu ! »
Non loin de là, c'est une vieille paysanne en charrette que l'on interroge et qui marmotte :
n — Y n'sa ren montré ed pareil à ça...
J'avQns seulment, seurment rencontré des bohémiens, tout drait sur Fontaine-el-Dun... Avec une vilaine couple d'ours, encore ! , . . »
Riri volé ! Par des saltimbanques! Comment n'avoir pas songé aussitôt à cette éventualité qui est accueillie par une consternation et un silence aussi lugubres que pour une nouvelle de mort ?
Néanmoins, le renseignement de la bonne femme est précieux. On rentre au village avec diligence. J'offre le tilbury qui m'a été préparé... Les deux grand'pères se hissent là-dedans. Sur le tas affaissé qu'ils forment, le père de Riri s'empile. Je me découvre au départ de cette face pâle qui ne me fait plus, hélas î l'effet d'un navet. Sa blancheur rigide a la transparence vénérable des cierges...
Fouette cocher ! Les émissaires, avec les vœux frénétiques qui les devancent, se sont dérobés derrière un nuage de poussière... La compagnie où je me trouve encore se désagrège à mon insu... Quand je me retourne, chacun est reparti à la découverte...
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ni
(es péripéties de ce drame si simple en lui-même, si poignant et sur lequel planait encore le mystère du dénouement m'avaient jeté dans un trouble extraordinaire. Tout mon système nerveux, tous mes muscles recroquevillés depuis tant de semaines, recouvraient leur libre jeu et leur expansion ancienne. Il me semblait que le cours de mon sang se fut régularisé et qu'il se répandît en ondes plus abondantes et plus pures dans mes veines, depuis qu'une puissante pitié avait délogé de mon cœur tant de préventions misanthropiques et d'égoïstes soucis...
A pas lents, je gravis le chemin en lacets qui
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mène au riant cimetière de Veules. Posé sur la crête dune falaise, nul monument ne l'attriste d'une architecture funèbre ou n'y intercepte le grandiose panorama de la haute mer. Seules, de petites croix, dont le corps est entièrement enfoui, déploient au niveau des tertres leurs humbles bras de bois. A l'entrée, cependant, une chapelle abandonnée, sans toit ni façade, dresse encore trois murs de ses pierres consacrées où les herbes sauvages ont remplacé, dans leurs niches, les statuettes émiettées des bons saints.
Je cherchai là un abri contre le vent âpre qui émanait du large...
La nuit tombait... L'ombre fraîche était pleine d'arômes et de mystère.
Au grincement du sable sous mes pieds, une petite tête d'ange bouffi et rose surgit hors des ruines, et disparut entre des tombes.
... Un superstitieux frisson erra à fleur de ma peau...
. . . Cette vision imprévue ! ... à cette heure ! . . • En ce lieu !...
Une seconde fois, je fis déguerpir l'être vagabond dont la silhouette s'évanouit encore dans la brune...
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. . . Tout-à-coup, un sentiment impérieux, un instinct révélateur (ou plutôt un je ne sais quoi, pour parler positivement) m'arracha cet appel :
(( — Riri. »
Et je me penchai pour mieux entendre et voir... Immédiatement, un enfant, un môme accourut à ma rencontre, me lança une gerbe de coquelicots 5 puis, par une volte-face, il tenta de se sauver.
Mais, me saisissant de cette petite personne qui se tortillait comme un lézard, je déboulai à toutes jambes vers le bas du pays. En proie aux orgueilleuses trépidations de mon zèle heureux, j y cherchai çà et là les seuls bras qui eussent le droit d'arracher aux miens mon fardeau souple et récalcitrant.
Et tandis que j'emportais précieusement cette incarnation bénie du plus admirable des cultes, et que je la contemplais comme un reliquaire vivant dont le contact miraculeux semblait guérir toutes mes douleurs — alors je m'attendris jusqu'aux larmes... Oh 1 mais là bêtement... oui, bêtement ; car je me surpris soudain à lui répéter avec une gravité machinale, sous la tendre caresse de ses petits yeux rusés :
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« — Bisez le monsieur !... Rîrî ! Voulez-vous bien ? Ou je le dirai au papa... Et Rîrî aura panpan t* t*. . . »
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la suite de cette aventure, je recouvrai rapidement la santé. Si j'en ai rapporté trop de détails superficiels, c'est à l'instar des livres pieux où sont relatés les cures merveilleuses, et uniquemenp pour l'édification de ceux de mes frères en Jésus-Christ qui croient au maux innommés, et dont la foi est réfugiée dans les remèdes divins.