ET LA CURIOSITÉ
{Lettre à M. Paul Eudel.)
De l'imperfection de VHotel des ventes actuel. — Une campagne à entreprendre. — L'accroissement du bric-à-brac depuis vingt ans. — Un projet rêvé de nouvel hôtel des ventes mobilières ; plan d'organisation. — De l'utilité d'une société d'experts-jurcs. — Une Histoire générale de la Curiosité. — Les Ventes au xvm^ siècle. — Croquis de Sébastien Mercier. — La Grafllnade. — La Confession publique du broc&nxtnr^ pamphlet de lyjô. — Le tableau des encans et la physiologie du collectionneur depuis iSoo. — Les Peintres devant les enchères. — A quand une Monographie de la Curiosité?
IL est abominable, mon pauvre Eudel, cet hôtel Drouot, dont vous êtes aujourd'hui pour la septième fois l'annaliste. — Il est indigne de Paris et de ses prodigieux collectionneurs, indigne du rôle que notre société nouvelle lui
I. L'Hôtel Drouot et la Curiosité, par Paul Eudel, 7'' année, Paris, Charpentier; in-i8. 1888.
2jo ZIGZAGS D'UN CURIEUX.
assigne, indigne des charges qui lui incombent. — Il est absolument vieux jeu dans son installation et dans ses rouages, vieux jeu dans ses ficelles e'mêchées, et il serait à désirer qu'un incendie vînt anéantir et purifier ce temple de la brocante si mal aménagé à tous points de vue et dont on voit' s'élever la vilaine silhouette en plein cœur de la métropole comme un défi à la richesse et à la salubrité publiques.
Nous méritons, avouez-le, mieux que ce vaste bazar inconfortable, où la bronchite attend ses victimes dans le vent coulis des portes ouvertes et où le typhus règne à l'état ambiant dans la nauséabonde tiédeur de l'atmosphère. — Puis, quelle infâme et pouilleuse promiscuité 1 quelles sordides accointances dans ce courant d'humanité ! — On a beau se oindre d'amour démocratique, et cuirasser sa délicatesse de charité sociale, encore faut-il ne pas appeler à soi la prophylaxie des lotions phéniquées et être assuré contre les caresses cutanées des parasites aux instincts émigrants. — Or, sans parler du pittoresque et grouillant Mà:^as^ du rez-de-chaussée de l'hôtel, ou même de la salle dite des Colonies, à l'entresol, il faut bien confesser que les plus nobles ventes nous laissent parfois de trop chatouilleux souvenirs, que le prurit et la fièvre des enchères ne parviennent pas toujours à dominer.