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LE CALAO

Oh ! oh I

Le dialogue se poursuit sur ce ton de monologue à la fois interrogatif et explicatif.

Mais l'une des plus curieuses inventions est celle des

pièces par écriteaux. On avait réduit les forains au silence. Le monologue même leur était interdit, pour qu'ils ne pussent aucunement faire conctirrence à la Comédie-Française. Voici ce qu'ils imaginèrent. Prenons exemple du début à.' Arlequin roi de Serendib.

c( Le théâtre représente une solitude où l'on voit des rochers escarpés.

« Scène première. Arlequin seul. Arlequin, après avoir fait naufrage sur la côte de Serendib, s'avance dans l'isle. Il tient une bourse, et paraît unpeu consolé de sa disgrâce. Ce qu'il exprime par un écriteau qu contient ces paroles:

Auprès de ce rivage, Hélas ! notre vaisseau Avec tout l'équipage Vient de fondre dans l'eau l Un procureur du Maine Dans la liquide plaine A trouvé son tombeau ; Mais grâce à mon génie, J'ai su sauver ma vie Et l'argent du Manseau.

Ce couplet chanté, il s'assied à terre et compte son argent. Il est surpris par des voleurs. »

Qu'était-ce que cet écriteau ? Lesage nous l'explique. « Les écriteaux étaient une espèce de cartouche de toile roulée sur un bâton et dans lequel était écrit en gros caractères le couplet avec le nom du personnage qui aurait dii le chanter. L'écriteau descendait du cintre, et était porté par deux enfants habillés en amours qui le tenaient en support. Les enfants suspendus en l'air par lemoyendes contrepoids déroulaient l'écriteau. L'orchestre jouait aussitôt l'air du couplet et donnait le ton aux spectateurs qui chantaient eux-mêmes ce qu'ils voyaient écrit, pendant que les acteurs y accommodaient leurs gestes )), sans dire un mot, ce qui les mettait à l'abri des poursuites. Voilà quel bizarre stra-

lagème ilstrouvèrent etpratiquèrenl pendant un temps. Quelquefois, l'acteur avait tous ses couplets en rouleaux qui bourraient ses poches, et il les tirait l'un après l'autre dans l'ordre convenable, pour les dérouler et les présenter aux spectateurs.

La mise en scène était toute pittoresque, avec des apparitions, des chars ailés, des trucs assez importants. Les indications scéniques sont curieuses à lire.

« Le théâtre change et représente le temple du Destin. On voit dans le fond un escalier à deux rampes sur le haut duquel paraît le Temps avec sa faux. Six heures blanches et six heures noires sont rangées le long de l'escalier. Sur les ailes sont dépeints des événements extraordinaires comme autant de marques de la puissance du Destin. Au milieu du temple s'élève un trône oii le Destin est couvert d'un voile, et d'oii il rend ses oracles. » Ailleurs, Arlequin traverse les airs ; Jupiter descend de l'Olympe sur son aigle ; une barque traverse la scène. Des décorations assez compliquées accompaguaient les pièces allégoriques, magiques ou orientales.

Les personnages sont la plupart les personnages traditionnels à masques : Arlequin, moins fantasque et moins grossier chez Lesage que chez les Italiens, et bientôt même supplanté par les rôles de Pierrot ; Scaramouche qui baragouine, qui dit « embuscade » pour ambassade, et a se mariner » pour se marier ; le docteur, babillard éternel et nigaud ; Mezzetin, l'amoureux transi ; la gentille Golombine, et tous les autres rôles de rigueur, soubrettes, pères, sultans, enchanteurs, gascons, apothicaires, paysans : ce sont les types obligatoires d'un genre qui renouvelle peu son personnel parce que le public aurait une déception si on les lui changeait. Le public est conservateur. La tradition a toujours été observée dans les spectacles populaires, Atellanes, Nîmes, spectacles des Italiens, des Forains, de Guignol, de Polichinelle, de Karaghenz.

Non seulement les personnages étaient de tradition,

mais encore certains jeux de scène, certains développements qu'il était dans la coutume de laisser au caprice de l'acteur, et surtout les Lazzi : lazzi de la mouche, lazzi delà puce, etc. En voici quelques exemples. Dans La Princesse de Carizme, un fou s'écrie :

Ah! je vois une mouche bleue ! Attendez! Attendez! je vais l'attraper. (Il fait comme s'il poursuivait une mouche. Arlequin, pour se divertir du fou, se prête à son action.) Oh ! je la tiens ! la voilà ! — Arlequin demande à voir la mouche. Le jeune homme la lui montre. Arlequin lui donne de sa batte sur les doigts Le fou pleure de ce que ce coup lui a fait lâcher la mouche. Arlequin pour le consoler lui dit qu'il va la rattraper, et après avoir fait tous les gestes d'un homme qui poursuit et attrape une mouche, il tire rudement au fou un cheveu pour la lier. L'ayant liée, il la laisse voler et va l'écraser sur le visage du jeune homme^ Après ce lazzi, le garde lui dit, etc.

En veut-on un autre ?

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