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ETAT DU ROMAN EN FRANCE VERS

valent aucune idée de la vitalité des héros de roman. Il reste à Polexandre assez de forces pour repartir à la recherche de sa sœur qui est perdue, pour s'égarer dans une île ornée de petits bois et de mille sortes de fleurs. Les habitants de ces régions du Cap sont galants, élégants, et font penser aux chevaliers et aux dames de la Cour, loin de ressembler aux sauvages cuivrés. Polexandre y trouve Alcidiane « habillée en nymphe », et comme elle était la fille d'Alcide et de Diane, il Tépouse apvès beaucoup de péripéties fort extraordinaires qu'il serait trop long de raconter. Elles emplissent six volumes qui constituent le romande Polexandre par Gomberville (1641).

J'ai rapidement analysé cette œuvre pour donner le ton, la note et le genre des romans au xvu® siècle. Ils sont tous ainsi, extravagants, invraisemblables, fantastiques, féeriques, sans souci de la vraisemblance et de la nature. C'est le type de toutes ces œuvres interminables qui furent alors si célèbres, YAstrée d'Honoré d'Urfé, le Grayid Cijrus et la Clé lie de W de Scudéry, V Ariane de Desmarets, le Pharamond ou la Cassandre de La Calprenède, et tous ces héros dont Boileau s'égayait dans son amusant dialogue des morts Les Hé- ?'os de 7'omans,

Mais ce qui précède est un aspect seulement des romans français au xva^ siècle, qui a deux faces. Voici Tautre.

Il y a un mariage à l'église des Carmes, proche la place Maubert. Javotte fait la quête, et le petit avocat Nicodème ne la quitte pas des yeux. Il ne songe plus qu'à l'épouser et il commence par faire connaissance avec la fam'lle de Javotte, la famille Villochon. Il envoie à papa Villochon des lièvres, des chapons, et on l'invite à venir les manger. Les choses iraient, si l'on n'apprenait que Nicodème fréquente chez une certaine Lucrèce, qu'on appelle dans le quartier Lucrèce la Bourgeoise, pour la distinguer de la Romaine qui se poignarda. Villochon chasse de chez lui son futur gen-

dre qui sort de la maison par une scène bouffe, en trébuchant sur le beau-përe qui ricoche sur la belle-mère, laquelle carambole sur sa fille qui entraîne la nappe et tout le service en se retenant. Dès lors nous versons dans le burlesque. Les personnages qui entrent en scène, Jean Bedout, Pancrace, Belastre, Colantine, se livrent à tous les coq-à-l'âne, à toutes les pitreries, qui font de ce Roman Bourgeois de Furetière un type du roman burlesque très en faveur alors. Ouvrons-en un autre, et des meilleurs. C'est \e Roman comique de Scarron. Suivez La Rancune à son hôtellerie. Elle est pleine de monde, et il faut qu'il partage son lit avec un marchand. Celui-ci dut bien maudire cet atroce coucheur. La Rancune, mécontent du partage, ne cesse de réveiller son compagnon pour aller prendre par-dessus lui un objet de nécessité dont il feint d'avoir souvent besoin^ et qu'il finit par lui vider sur la face. Ailleurs on nous représente Ragotin emporté par sa monture, retombant à chaque bond de sa bête sur la crosse de son fusil prise entre son assiette et le pommeau de la selle, ses braies glissant à terre, et l'une de ses jambes servant de cinquième jambe au cheval. Plus tard, il se dispute ; son chapeau lui est enfoncé sur les épaules : on ne peut délivrer sa tête qu'en coupant le feutre avec des ciseaux. Voilà le ton de ces œuvres, bouffonnes sans mesure^ imaginations folles, dégringolades dans de sombres escaliers, tapes sonores sur des surfaces charnues et rebondissantes. Le Francion de Sorel est plus rempli encore de folies burlesques^ de charges et de caricatures.

Le roman au xvn* siècle ne rendait que deux sons. 11 était précieux ou burlesque : il n'était jamais vrai, naturel, observé et, comme on dit, vécu.

Ce fut la grande réforme qui s'accomplit dans les lettres vers 1690, un peu avant que parut Lesage, de le ramener à la mesure exacte, à la vérité, à la vraisemblance. Il était trop idéal avec les précieux, trop bouffi et trop caiicaturesque avec les burlesques. A la

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