CHAPITRE VL Budget
La situation monnétaire des Etats-Unis Mexicains a subi durant de longues années une série ininterrompue de désastres. Les révolutions politiques et la science économique ne font jamais bon ménage; aussi notre budget, par le manque de bases fixes, n'arrivait-il pas à équilibrer ses entrées et ses sorties. Des contributions onéreuses étaient- imposées sur tout ce qui était visible et facile à surveiller; on payait seulement les dettes les plus urgentes, celles qu'on ne pouvait renvoyer à plus tard; on avait recours à des emprunts ruineux, et non à des emprunts économiques; le prêteur, en effet, et fort justement calculait et chargeait les risques et périls de l'opération.
En réalité, la création et la réglementation de notre budget date seulement de 1884, époque à laquelle M. le Général Porfirio Diaz occupa pour la deuxième fois la Présidence. Il trouva nos finances dans un désordre inconcevable, les revenus de l'Etat, aliénés en grande partie, se réduisant au 12 p3 des recettes; il
lui fallut faire des efforts prodigieux et déployer une énergie à toute épreuve pour régulariser la gestion des finances; il eut à vaincre des difficultés qui paraissaient tout d'abord insurmontables, telles que la perte des récoltes durant plusieurs années consécutives, et la dépréciation du métal blanc, lequel est à la fois notre étalon monnétaire et le plus important des produits du pays; à cela vinrent s'ajouter encore les exigences des entrepreneurs de grands travaux d'utilité publique, comme les chemins de fer, les travaux des ports, etc., que l'on ne pouvait, ni ne voulait arrêter.
Secondé par le bon sens de la nation, le Gouvernement réussit cependent à surmonter tous les obstacles et à ouvrir la nouvelle ère économique du pays.
En 1877-78, nos recettes s'élevaient à $ 19.772,638; le Mexique occupait alors, à ce point de vue, le troisième rang parmi les nations latino-américaines, comme le démontre le tableau suivant:
République Argentine $ 18.901,804
Bolivie „ 2.929,574
Brésil „ 65.628,145
Colombie „ 3.114,619
Chili „ 16.350,119
Costa-Rica „ 2.379,432
Equateur „ 3.650,510
Guatemala „ 2.601,000
Honduras „ 388,000
Mexique „ 19.772,638
Nicaragua „ 2.324,999
République Paraguay $ 295,567
„ Pérou „ 31.516,589
„ Salvador „ 1.958,350
Uruguay „ 5.009,539
Venezuela „ 6.702,080
Dans l'année fiscale 1891-92, nos recettes se trouvèrent doublées; mais alors, nous n'occupions plus le troisième rang, mais bien le quatrième, car la République Argentine, qui occupait auparavant le quatrième, atteignait le premier, comme on peut le voir par le tableau suivant:
République Argentine $ 121.632,674
Bolivie „ 3.321,280
Brésil „ 69.492,897
Colombie „ 20.351,100
Chili „ 90.645,731
„ Costa-Rica „ 5.100,929
„ Equateur „ 3.175,120
„ Guatemala „ 6.638,336
„ Honduras.. „ 1.432,522
„ Mexique „ 53.649,201
„ Nicaragua „ 3.814,140
„ Paraguay „ 4.124,674
Pérou „ 8.232,294
Salvador „ 4.153,000
Uruguay „ 15.690,294
„ Venezuela „ 7.195,200
On remarquera que, dans ce tableau, le Pérou qui en 1877 présentait $31.516.589, ne perçoit plus, en
1891-92, que $8.232,294, soit un 75 pg en moins; par contre, le Chili qui en 1877 figurait pour plus de 16 millions, atteint en 1891-92 plus de 90 millions.
Cela tient à ce que le Pérou a dû céder au Chili deux de ses plus belles provinces, à la suite de la guerre terrible qui mit aux prises ces deux Républiques.
En 1897 les recettes apparaissent comme suit:
Argentine | 76.328,380
Bolivie „ 7.190,973
Brésil „ 135.041,910
Colombie „ 17.185,000
Costa-Rica „ 7.435,611
Chili „ 162.591,305
Equateur „ 4.325,701
Guatemala „ 15.250,000
Honduras „ 2.172,760
Mexique , 50.581,983
Nicaragua „ 1,764,037
Paraguay „ 5.832,867
Pérou „ 10.721,523
Salvador „ 21.874,100
Uruguay „ 29.342,985
Venezuela „ 17.268,000
Le Mexique occupe encore le quatrième rang, tandis que le Chili prend le premier, le Brésil le second et la République Argentine le troisième.
Pour donner une idée plus exacte du mouvement des recettes pendant la période que nous étudions, nous avons dressé le tableau comparatif que voici:
Années flscaleB.
1877-78 1878-79 1879-80 1880-81 1881-82 1882-83 1883-84 1884-85 1885-86 1886-87 1887-88 iS888-89 1889-90 1890-91 1891-92 1892-93 1893-94 1894-95 1895-96 1896-97
Becettes.
Différence avec le résultat précédent.
diminution..
augmentât.
diminution., augmentât, diminution, augmentât.
diminution, augmentât.
Ces recettes, indépendantes de celles des Etats, sont seulement celles de la Fédération.
Examinons à présent ce qu'a dû payer pour ces recettes, chaque habitant, pendant les trois époques citées plus haut.
Les Etats Unis Mex.-
1S2 Paya. Payé par habitant
République Argentine $ 10.06 $ 29.76 $ 19.29
Bolivie „ 1.46 „ 1.46 „ 3.56
Brésil „ 6.49 „ 4.96 „ 8.27
„ Colombie „ 1.32 „ 4.62 „ 5.17
Costa-Rica ,,12.96 ,,21.36 ,,28.30
Chili „ 7.87 ,,32.76 ,,59.65
„ Equateur ,,4.22 „ 2.50 ,,14.07
Guatemala „ 2.17 „ 4.57 ,,11.68
„ Honduras „ 1.10 „ 3.30 „ 5.43
„ Mexique „ 2.84 „ 470 „ 4.02
„ Nicaragua „ 7.74 ,,1350 „ 5.0f
Paraguay 1.00 ,,12.49 ,,13.50
„ Pérou ,,11.78 „ 2.76 „ 3.59
„ Salvador , 4.50 „ 5.34 ,,27.22
„ Uruguay ,,11.25 ,,22 94 ,,36.28
Venezuela , 3.74 „ 3.09 „ 7.06
Comme on le voit, deux nations, seulement, accusent par habitant une moyenne inférieure à celle du Mexique. Ce sont: le Pérou ($3 59) et la Bolivie ($3.56). Bien qu'au Mexique les entrées en 1896-97 aient surpassé celles de 1891-92 de plus de quatorze millions, la moyenne d'imposition par habitant a diminué au lieu d'augmenter; cela est dû à l'accroissement de la population: elle était évaluée en 1891-92 à 11.632,924 habitants seulement et encore de chiffre était-il plutôt surfait.
M. le Président Porfirio Dîaz, dans son rapport sur
la période d'administration du 1er. Décembre 1884 au 30 Novembre 1896, signale les efforts faits en vue d'équilibrer le budget. Il donne a ce sujet les détails suivants:
" Les dépenses effectives durant Tannée économi- ^'que de 1892-93 s'élèvent à $42.813,455.71, sans " compter les frais extraordinaires de $5,161,790.45.
"Les recettes normales du Budget étant de
"$37.692,293.31, et les soldes débiteurs non liquidés " de $ 1.035,933.40, le déficit total pendant ce laps de " temps se monte à $6.157,095.80. Dans l'année sui- " vante, les économies réalisées étaient de $ 8.053,000; " dans ce total sont comprises $ 3.200,000 représen- " tant les économies allouées à l'exercice 1892-93 et " maintenues pour celui de 1893-94 et celles réalisées " par ce dernier exercice. L'augmentation des recettes "de $5.675,000 provient des impots décrétés pour " l'exercice précédent et pour l'actuel. L'effort total " du Gouvernement en faveur de l'équilibre est de "$13.728,000, soit le 30 pg du budget entier, et le " déficit antérieur s'est réduit de plus du 53 p3 .
" Pour l'année économique 1894-95, le Gouverne- " ment a pu présenter aux Chambres un Budget équilibré: les entrées se montaient à $43.074,052.93 et les " sorties à $43.054,371.87, d'où, un excédant en faveur "du Trésor de près de $20,000. Ce projet fut rédigé " avec un soin espécial. Le Budget de 1893-94 fut ca- " ractérisé par une évaluation rigoureuse des sorties, " celui de 1894-95 par un calcul très exact des en- " trées.
" Pour le premier, on avait revisé tous les comptes
" ouverts et restés en suspens, lesquels sous le nom " de "Notes et autorisations" avaient figuré jusqu'alors " parmi les entrées et on avait inscrit avec leur total " véritable non seulement ces comptes débiteurs, mais " de plus, tous ceux du même genre qui, dans des exer- "cices antérieurs avaient été portés pour des somme» " manifestement inférieures à leur importance réelle.
" Pour le second, cette ligne de conduite fut suivie, " mais on sut faire mieux en soumettant à un rigou- " reux examen et à une classification correcte toutes " les sources de revenus de l'Etat. En outre, on incor- " pora au dit Budget toutes les lois et disposition» " financières élaborées ou dictées précédemment."
Le budget de l'année précitée accuse un excédent en efifectif de $1.113,047.36; jamais jusqu'alors notre histoire financière n'avait enregistré semblable fait.
En 1895-96 le résultat fut plus satisfaisant encore: au 30 Juin 1896, en efifet, tous les frais publics dûment couverts, le Gouvernement pouvait déposer dans les caisses de la Banque Nationale du Mexique plus de quatre millions et demi de piastres.