INTRODUCTION
Les livres d'Obstétrique qui sont actuellement classiques en France, et les articles des Dictionnaires, sont tous muets sur le sujet que nous avons l'intention de développer ici ; tous énumèrent sans ordre et sans conviction, une foule de lésions qui varient avec les différents cas, et en général, ils avouent leur impuissance à décrire les faits anatomiques qui caractérisent l'éclampsie puerpérale.
Charpentier (d), dans la dernière édition de son livre, commence ainsi le chapitre de l'Ànatomic Pathologique de l'article Éclampsie :
« Les lésions que l'on rencontre à l'autopsie, chez les ma- « Jades qui succombent à l'éclampsie, sont tellement nom- « breuscs et variées, que Ton peut se demander s'il existe « véritablement une Analomic Pathologique de celte ma- « ladie. »
Plus loin, il dit encore, après avoir énuméré ces lésions variées: « Elles n'ont rien de constant, et dans nombre de « cas, on ne trouve qu'un état de congestion générale, qui « ne peut expliquer l'éclampsie. »
Telle est l'opinion généralement admise par les médecins.
C'est elle que nous voulons nous efforcer de reformer ici, en démontrant, à l'aide d'un assez grand nombre d observail) CHAnPENïiEn. — Traité d'accouchements, Paris, 1889.
tions et d'examens histologiques, qu'il existe véritablement une Anatomie Pathologique de l'éclampsie.
Certaines des lésions que nous allons décrire, se rencontrent dans tous les cas d'éclampsie sérieusement examinés. A la vérité, elles présentent un plus ou moins grand développement, elles attaquent plus ou moins le parenchyme des organes, on les rencontre à différents âges de leur formation ; mais toujours on les trouve, faciles à reconnaître et ne se confondant avec aucun autre aspect pathologique.
Ce travail n'a, en aucune façon, la prétention de fixer la science sur un point si discuté jusqu'à présent, ainsi que l'on pourra s'en convaincre en parcourant l'index bibliographique qui termine ces pages : bien des points restent encore obscurs, et même inconnus.
Le lecteur s'attendra peut-être à voir apprécier les lésions qui auront été décrites, à les voir discuter au point de vue de leur genèse et de l'ordre dans lequel elles se produisent.
Là n'est point le but que nous nous sommes proposé ; le titre même de ce mémoire le montre bien; en traitant des lésions anatomiques que l'on trouve dans l'éclampsie puerpérale, nous nous sommes engagé à décrire ces lésions et à déterminer quelles sont celles qui sont vraiment typiques et constantes, tellement que l'on puisse dire en les voyant : voilà une éclampsie puerpérale; mais nous ne nous sommes engagé en rien à les expliquer, ni même à les donner complètes; nous nous contenterons de décrire ce que nous avons vu jusqu'à présent et ce que les différents auteurs ont pu remarquer d'intéressant dans les autopsies qu'ils ont pratiquées.
Cependant la tentation était forte d'appliquer sur ce canevas anatomique, les différentes et nombreuses théories qui
ont été proposées comme pathogénie de l'éclampsie, c'est ce que nous avons fait dans la seconde partie de ce travail, nous contentant d'examiner si ces théories peuvent rendre compte des troubles anatomo-pathologiques. Nous nous flattons ainsi de démontrer que la plupart d'entre elles ne sont que de simples vues de l'esprit, qui ne reposent sur aucune base solide, et qui ne rendent, en aucune façon, compte des altérations profondes que l'on rencontre dans les parenchymes.
Le plan que nous avons adopté est donc bien simple ; nous étudierons d'abord dans des chapitres séparés, l'état des organes constaté à l'autopsie.
Cette première partie paraîtra peut-être un peu courte' pour motiver les graves conclusions qui la terminent.
Nous prions cependant le lecteur de remarquer que dans un travail de ce genre, il faut simplifier autant que possible les descriptions anatomiques.
Les nombreuses observations que nous rapportons, sont presque toutes accompagnées d'examens histologiques; nous n'avons pas l'intention de décrire en détail les coupes microscopiques que nous avons étudiées ; nous voulons synthétiser ces examens, les réunir en une description claire, et qui frappe l'intelligence.
Du reste, chaque fait avancé, sera accompagné de l'indication du lieu où on le trouvera décrit avec de grands détails.
Ce besoin de clarté a peut-être introduit dans le sujet des divisions trop tranchées; les descriptions détaillées se trouvant plusieurs fois répétées aux observations. Celles-ci complètent donc la description générale, dont elles n'ont pas la clarté didactique.
Du reste, la partie des observations est ici le plus impor-
tante, et elles seules permettent de tirer des conclusions sans ôlre accompagnées du texte.
Enfin la plupart des observations sont accompagnées de quelques réflexions sur leur contenu.
Dans une seconde partie, nous énumérerons quelques déductions cliniques inspirées par ces descriptions, laits cliniques de grande importance, tels que le moment de l'apparition de l'ictère et le pronostic qu'elle comporte.
A la clinique succédera la théorie, et nous nous efforcerons de démontrer le peu de valeur de la plupart des théories pathogéniques émises sur le sujet. Nous espérons que la tâche nous sera facile, car tous nos arguments sont des faits.
La troisième partie sera uniquement composée de toutes les observations qui se rapportent à la question, des autopsies et des examens histologiques que nous avons faits. Nous rapportons aussi les observations que M. Pilliet a publiées, les premières qui aient paru en France.
Nous avons puisé également, clans divers ouvrages, des observations, où se retrouvent des faits intéressants; nous publions aussi le résumé ou le texte traduit, de diverses communications étrangères, capitales pour la thèse que nous soutenons.
Mais, avant de commencer cette étude, nous voulons, suivant l'usage, adresser nos plus vifs remerciements à tous les maîtres qui ont dirigé nos études.
M. Ribemont-Dessaignes nous a poussé dans la voie de l'obstétrique, et,pendant dix-huit mois d'internat, nous a initié aux secrets de cet art difficile, avec une bonté et une habileté dont nous lui serons toujours reconnaissant.
M. Champetier de Ribes a continué cette éducation, et a tâché de nous inculquer ses qualités de clinicien adroit et prudent.
Enfin ces deux maîtres nous ont donné une exceptionnelle preuve d'estime, en nous introduisant parmi les élèves de M. le professeur Pinard, dont nous avons le malheur de n'avoir pu être l'interne.
M. le professeur Pinard, suivant son expression paternelle, a bien voulu nous adopter; qu'il sache bien quels sont les sentiments qu'il nous inspire, et quelle admiration nous ressentons pour sa science et son caractère.
M. le professeur Pinard veut bien accepter la présidence de cette thèse; c'est une nouvelle preuve de sa bonté pour nous.
M. Ch. Fernet nous a toujours montré une bienveillance particulière, il nous en a. donné des preuves dont nous ne saurions trop le remercier.
M. d'Heilly, médecin de l'hôpital des Enfants-Malades, de qui nous avons eu le bonheur d'être l'externe, puis l'interne, nous a enseigné la pathologie infantile; il ne s'est pas contenté de nous donner des leçons; il y a joint tant de bonté et d'amabilité que les dix-huit mois que nous avons passés chez lui, sont un des meilleurs souvenirs de notre vie d'étudiant.
Nous regrettons infiniment de n'avoir pu profiter des leçons de M. Nicaise; il a été remplacé auprès de nous, par M. Gérard Marchant qui nous a donné tant de marques d'estime, et M. Routier, de qui pendant huit mois nous avons pu apprécier l'habileté et la bonté. Que nos autres maîtres dans les hôpitaux : M. le professeur Duplay, MM. Felizet, Edgard Hirtz,
M. Gingeot, chez qui nous avons eu le regret de ne rester que quatre mois de notre internat, M. Bonnaire et M. P. Bar, dont nous n'avons pu malheureusement être l'interne, veuillent bien agréer l'hommage de notre reconnaissance.
Nous devons remercier aussi notre savant ami, M. A. Pilliet, qui nous a donné l'idée de cette thèse, et a mis à notre service, avec une complaisance absolue, sa science histologique et son volumineux bagage bibliographique.
Nous envoyons l'expression de notre amitié la plus vive, et de notre reconnaissance, à notre ami G. Léon, qui nous a toujours soutenu de son affection dévouée.
Enfin, nous voulons aussi adresser nos vifs remerciements à notre cher ami et collègue Bernheim, et à notre cher cousin F. Senlecq, qui ont mis à notre service leur connaissance de l'allemand et de l'anglais.