‹ Lésions anatomiques que l'on trouve dans l'éclampsie puerpéraleChapitre 2 sur 14 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

Description des lésions anatomiques que l'on trouve dans l'Éclampsie puerpérale

Une multitude d'auteurs se sont occupés de l'éclampsie puerpérale. Chacun d'eux, écrivant sous l'impression d'observations différentes, sur un sujet encore inconnu, il en résulte un nombre considérable d'opinions diverses.

C'est à propos de l'éclampsie, que l'on peut dire que tout a été invoqué pour l'expliquer. La plupart de ces auteurs se sont contentés d'observations cliniques, basent leurs théories sur ces faits cliniques. Il en est relativement peu qui aient essayé de rechercher dans les organes, une nouvelle source de renseignements ; ceux qui firent des autopsies, se laissèrent en général, trop guider par leurs souvenirs cliniques et ce qu'ils trouvèrent s'en ressent. C'est ainsi qu'ils cherchèrent dans les reins et le système nerveux, sans s'inquiéter des autres organes ; ou, s'ils s'en occupèrent, ce ne fut que pour y noter des faits secondaires tels que de la congestion.

Nous savons cependant, combien, si le microscope est un aide puissant pour l'étude de ces lésions, les choses que l'on peut voir à l'œil nu, dans toute autopsie d'éclamplique, sont importantes et probantes.

Cela est si vrai, qu'il est actuellement possible, à l'ouverture d'un cadavre d eclamptique, de faire le diagnostic rétrospectif de la maladie quia causé la mort, aussi sûrement qu'il

est permis d'affirmer l'existence d'une fièvre typhoïde, en face d'ulcérations des plaques de Peyer.

11 n'est cependant pas sans intérêt de passer rapidement en revue les conclusions des auteurs; ils sont unanimes à déclarer qu'ils ont rencontré les lésions les plus variées.

<r Le plus souvent, dit Mme Lachapelle (1), l'autopsie « révèle un épanchement de sérosité peu considérable; on « ne voit qu'un engorgement sanguin assez considérable « dans les vaisseaux sanguins et capillaires. »

Cependant, plus loin, elle cite un cas d'hémorrhagie cérébrale, consécutive à l'éclampsie.

Baudelocque (2), lui aussi, observa une hémiplégie gauche, survenant chez une femme en travail au milieu d'un accès convulsif.

Velpeau (3) regarde l'hémorrhagie cérébrale, comme une complication, et non comme un phénomène de la maladie « L'hémorrhagie cérébrale est, sans contredit, la complication « la plus redoutable. C'est là ce qui justifie, jusqu'à un « certain point, Menière, Leloutre et Larcher, de l'avoir en « quelque sorte confondue avec l'éclampsie. »

D'après Prestat (4), on ne trouve le plus souvent aucune trace de lésions, dans l'axe cérébro-spinal; ou, si elles existent, elles se bornent à un engorgement peu considérable des vaisseaux, à de la sérosité épanchée, soit dans les ventricules, soit dans la cavité arachnoïdienne . Si on a trouvé des caillots dans la substance cérébrale elle-même, ou dans les cavité.?, ces cas sont rares et appartiennent à une apoplexie qui serait venue compliquer l'éclampsie.

(1) Mme Lachapelle. — Pratique des accouchemenl.s, 1835.

(2) Baudelocque. — Th. Doctorat. 1822,

(3) Velpeau. — Th. Concours. 1834.

(4) PflESïAT. — Th. 1834.

P. D'abois (1) nie la congestion cérébrale, comme cause de l'éclampsie, mais affirme la turgescence du système vasculaire cérébral : « On trouve quelquefois dit-il, des épanche- « ments, quand les femmes succombent après l'attaque. Ces « épanchements se trouvent dans les cas, où les attaques « ont été suivies de paralysies . »

En 1849, Blot (2) attribue le coma et l'hémiplégie des femmes enceintes, aux épanchements séreux produits par l'albuminurie, et il en fait également une cause prédisposante de l'éclampsie.

Sur six autopsies qu'il pratiqua, il trouva trois fois les reins normaux, et trois fois des reins brightiques.

Il ajoute ensuite : « A propos de l'anatomie pathologique, « je rappellerai une lésion que j'ai rencontrée deux fois: c'est « une hémorrhagie ; l'une s'est offerte dans les méninges cé- « rébrales, au-dessous de la partie droite du cervelet; dans « la cavité de l'arachnoïde, il existait un caillot de 4: centi- « mètres de long, sur 1 de large, et de 4 à 5 millimètres « d'épaisseur; l'autre s'était faite dans le parenchyme du « foie, sous forme de points très rapprochés.

« Enfin, il existait des épanchements de sérosité dans « toutes les cavités séreuses. »

C'est la première fois, que nous entendons parler d'hémorrhagie du foie; il est à regretter que l'observation des autres cas n'ait pas été parfaite, car elle aurait révélé ce pointillé hémorrhagique, dans tous les cas d'éclampsie. Il est vrai qu'il est quelquefois très limité et en quelque sorte caché aux environs du ligament suspenseur.

(1) Dubois. — Gaz des hôpitaux. 1830.

(2) Blot. — Th. 1849.

Axenfeld (1), étudiant les suites des attaques éclamptiques, observa plusieurs malades qui présentèrent des symptômes de méningite et d'apoplexie.

Depaul (2), lui aussi, trouva plusieurs fois des hémorrhagies cérébrales. « Mais, ajoute-t-il, cette terminaison paraît fort rare. »

Imbert-Gourbeyre (3) rattache toutes les paralysies et les hémorrhagies cérébrales à l'albuminurie puerpérale, et donne à celle-ci la priorité comme cause ; il montre par là même que la puerpéralité est éminemment favorable aux extravasations sanguines, et vient doubler l'albuminurie.

En général, les auteurs se bornèrent donc à énumérer les lésions qu'ils trouvèrent à l'autopsie; tels sont : Braun, Mascarel, Frerichs, Lantos, Wieger, Delore.

Voici, par exemple, une nomenclature des lésions trouvées par Wieger (4) à l'autopsie de vingt-sept femmes éclamp-

tiques :

Œdème et anémie du cerveau ...... 5 .

Hémorrhagie méningée 1 .

Injection du cerveau 4.

Endocardite 3 .

Métrite 1 .

Pleurite 4 .

Péritonite 6 .

Méningite rachidienne 2.

Néphrite 26.

Une seule fois le rein n'était pas malade.

(1) Axenfeld. — Traité des névroses.

(2) Depaul. — Cliniques.

(3) Imbert-Gourbeyre. — Mémoires de l'Académie de Médecine. 1856.

(4) Wieger. — Gaz. méd. de Strasbourg. 1854.

Parmi ces vingt-six cas de néphrite, il trouva les lésions les plus différentes, comme nous le verrons en étudiant les lésions du rein.

Nous voulons encore donner quelques exemples de ce peu de stabililité dans le résultat des autopsies, en citant les principaux auteurs qui firent des recherches sur ce sujet :

Sur dix autopsies, Braun (1) trouva une apoplexie interméningée, et dix fois de l'anémie et de l'œdème du cerveau . Krassnig fit neuf autopsies. Il trouva :

Anémie et épanchements séreux interstitiels. ... 6.

Hyperémie 1 .

Apoplexie méningée 1 .

Rien 1 ,

Devilliers, Regnault, Lewer, Hardy, Collins, Mac-Clintok, Prenser et Martin, firent ensemble 42 autopsies et notèrent :

Hyperémie du cerveau • 10.

Anémie du cerveau 4.

Vascularité normale 4.

Épanchement séreux de l'arachnoïde 7.

Hydropisie ventriculaire 5.

Epanchement apoplecti forme du cerveau 12 .

D'autres encore trouvèrent des lésions du système nerveux. Nous les passerons en revue dans un chapitre particulier.

Donc, rienen core de bien net. En 1877 et 1878, paraissent les thèses de Molas et de Régy, sur les hémorrhagies qui accompagnent l'éclampsie. Nous citons plus loin leurs prin-

(1) C. Braun. — Essai sur Véclampsie. 1854.

cipales observations; mais ces observations détachées ne donnent encore rien d'absolu; les cas sont isolés, trop peu nombreux; et du reste l'examen histologique fait défaut. Les faits sont cités comme des cas exceptionnels, survenant dans le cours de la maladie principale, il est impossible de baser sur eux rien de solide.

La question en était là, quand, en 1886, Zenker, Virchow et Jûrgens vinrent apporter des faits . très intéressants, et qui furent l'origine des travaux remarquables de M. Pilliet en France. Nous nous proposons d'exposer ces faits dans le premier chapitre de cette partie.

Il nous faut ajouter, enfin, que quelques travaux furent publiés sur la théorie infectieuse de l'éclampsie. Nous n'entrerons pas ici dans leur énumération, car nous y reviendrons plus loin; nous nous contentons de dire que jusqu'à présent rien de complètement probant n'a paru, quoique la clinique et surtout l'anatomie pathologique engageassent naturellement les esprits dans cette voie.

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