OBSERVATION XLV
Hippolyte Steyer, né en 1850, entré en mai 1865, à Sainte-Eugénie, chez Bergeron. Il boite depuis son enfance. La jambe et le pied gauche sont plus gros, plus longs, non douloureux ; la tibiale antérieure et surtout la pédieuse gauches sont dilatées, flexueuses. On sentsur la première un léger frémissement et un bruit de souffle; les autres artères de ce membre, celles du membre opposé, ainsi que les veines superficielles, ne paraissent pas développées ; léger souffle cardiaque au premier temps. La compression de la fémorale
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fait cesser l'expansion de la jambe sans diminuer son volume. [1 y a aux jambes des cicatrices comme d’ecthyma.
Le même malade revint dix ans plus tard dans les hôpitaux, en septembre 1876, à Saint-Louis, chez Duplay. Il raconte alors qu’à douze ans, en Sautant, il s'était heurté la jambe gauche contre un bâton, d’où résulta une petite plaie qui saigna abondamment ; sa mère avait déjà remarqué, d’ailleurs, que ladite jambe était un peu plus grosse que l’autre. A treize ans, il survint Sur la même jambe une éruption, probablement vésiculeuse, qui reparaissait deux fois par an. Ce sont là des renseignements qui ne sont pas donnés dans la première partie de l’observation. Puis, un médecin ayant constaté des battements, envoya à Paris le jeune homme, qui ne se fit pourtant soigner qu’un an plus tard à cause du gonflement de sa jambe, ulcérée par places. Il resta trois ans chez Bergeron, v fut traité par la compression et les toniques, et sortit amélioré. Il se fit facteur de pianos. À dix-neuf ans, il eut à la même jambe une hémorrhagie d’un litre environ, qui est revenue depuis tous les ans au mois d'août; il a eu aussi des épistaxis, et ressent parfois les vertiges de l’anémie. À l'examen, on constate que la jambe et le haut du pied sont presque éléphantiasiques, qu’il y a des ulcérations de dates diverses, les unes recouvertes encore d’une croûte noirâtre ; la sensibilité y est émoussée; les ganglions de l’aine sont hypertrophiés. La tibiale antérieure bat très fort, sans bruit de souffle ; le malade y ressent comme des tiraillements Rien sur les autres artères.
J'ignore ce qu’il advint de ce malade et ce qu'on lui fit, car la Thèse, d’où j'extrais cette seconde partie, est faite lors du retour de Stever à l’hôpital, et ne dit rien, par conséquent, sur la fin de l’histoire.
OBSERVATION XLVI. — Micuox. (Rec. par Laburthe, Th. P., 1867, « Anév. cirs., trait. perchl. fer. »)
Virginie Raybaud, vingt-cinq ans, porte à la jambe gauche un nœvus congénital, qui devint, à quinze ans, pulsatile, qui s’ulcéra à vingt et un ans, et donna, dès lors, une quinzaine d’hémorrhagies assez abondantes. On constate, à l'examen, une tumeur pulsatile, réductible, présentant le thrill et un souffle continu avec renforcement systolique, le tout diminuant par la compression de la fémorale, (Tous ces signes peuvent fort bien se rapporter à un anévrysme artério-veineux, mais je laisse le fait conservé dans la catégorie où l’observateur Fa lui-même placé.) L'année précédente, Michon avait fait huit injections de perchlorure de fer, qui avaient diminué les battements ;
cette année, il en fait cinq autres en six semaines. L’ulcération s’agrandit, des hémorrhagies très fortes ne furent arrêtées que par la cautérisation au fer rouge ; la plaie suppura et ne se cicatrisa que lentement. Les battements finirent par disparaître presque complètement.
OBSERVATION XLVIT, — NicoLADONI. (Rev. d’'Hayem, 1875, t. VI, p. 631; ex Arch. f., Clin. chir., 1875.)
Une juive de vingt-deux ans, faible, a remarqué sur sa jambe droite, en dedans du tendon d'Achille, une tuméfaction apparue trois ans avant, sans antécédent traumatique certain, et augmentée depuis six mois au point d'interdire la marche. Cette tumeur est ovale, pulsatile, présente un frémissement vibratoire faible, un bruit de souffle ; la plante du pied est chaude, rouge, tuméfiée, pulsatile ; le tout diminue par la compression de la tibiale postérieure, qui est très dilatée, flexueuse et bat très fort, ainsi que la pédieuse. Il y a des varices très apparentes, surtout du côté de la saphène interne. La flexion du genou, la compression digitale, la ligature de la fémorale ont tour à tour amené quelque amélioration passagère ; mais, six mois après, l’état est le même. Et, à ce propos, le chirurgien allemand est d’avis que toute autre opération serait inutile, sinon nuisible, et qu’il vaut mieux attendre que le membre atteint soit devenu une gêne ou un danger pour l’amputer alors.
OBSERVATION XLVIIT. — PoLanp. (Lancet, 1866, p. 536.)
A Guy’s Hosp., une femme de dix-neuf ans, saine, s'était fait, six ans auparavant, une blessure au cou-de-pied par une chute d’escalier, à laquelle succéda une tumeur croissant lentement. Le pied est enflé, pulsatile, et les artères sont flexueuses sous la peau; la pression sur la fémorale arrête les battements. Avant d’en venir à l’amputation, le 24 janvier, Poland lia la tibiale postérieure à la maléole, et la trouva dilatée mais amincie dans ses parois. L'effet fut que la partie plantaire de l’anévrysme se coagula, mais la portion dorsale s’accrut, et les deux tibiales devinrent très apparentes. Le 4 février, on lia la pédieuse à sa partie supérieure; l’enflure diminua beaucoup tout d'abord, mais le sang revint par une large collatérale, venue
-de la tibiale antérieure au cou-de-pied. Au milieu d'avril, on lia la tibiale antérieure au milieu de son parcours ; on trouva l’artère très dilatée, et ses parois ayant l’aspect d’une veine. L'intervention fut cette fois plus suivie de succès,
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car, aux premiers jours de mai, la malade pouvait se considérer comme entièrement guérie. L'auteur ajoute qu'il était résolu à lier, au besoin, les autres artères de la jambe.
Après cela, je reprends le pronostic et le traitement. Le pronostic est grave, et parce que la maladie à une marche progressive, parfois assez rapide, et parce que l'intervention chirurgicale, surtout aux membres, est fréquemment inefficace. C’est ce qui ressort des six observations ci-dessus. Une seule mentionne la guérison complète (Poland), mais la lésion siégeait plutôt au pied.
Mode de traitement. — Terrier (p.150) les divise en quatre séries : 1o ceux qui ont simplement pour but d’arrêter le courant sanguin dans le département artériel atteint, comme la ligature au-dessus ou la compression à distance; ils sont souvent inefficaces, car l’ectasie vaseulaire persiste, prête à recevoir le sang revenant par les anastomoses. Fergusson qui a ainsi lié la fémorale, a déterminé la gangrène et a dû amputer son malade; Nicoladoni n’a pas réussi; mais Poland a mieux fait en se rapprochant davantage de la tumeur et en oblitérant toutes les artères afférentes ;
20 Les méthodes qui ont pour but la destruction de la tumeur,
comme la ligature, l’excision et la cautérisation, donnent de très bons
résultats toutes les fois qu'il est possible de les appliquer dans les lésions assez limitées, comme on peut en voir au cuir chevelu.
3% Les méthodes destinées à modifier la nature de la tumeur et à Y provoquer la coagulation du sang sont bien plus recommandables. En première ligne, on doit signaler l'injection de perchlorure de fer, moyen peu dangereux (pourvu que la solution saline n'ait pas plus de 15 ou 20 degrés, et qu'on instille que quelques gouttes à chaque fois); dans ces conditions, Le Fort évalue les succès à neuf fois sur dix. En effet, Michon, le seul qui ait employé ce moyen à un anévrysme cirsoïde de la jambe, avec les précautions d'usage, à obtenu la disparition presque complète des battements.
49 Il serait aussi tout à fait indiqué de combiner l'arrêt de la circulation par la compression et mieux par la ligature, avec la destruction ou la modification de la tumeur, par le sel ferrique.
C'est là conclusion qui se dégage : Pour les anévrysmes cirsoïdes
mire
des extrémités, faire, en isolant le département artériel par la compression, des injections répétées de perchlorure de fer à 15 degrés. Dans les cas de désordres ou de dangers trop graves, il ne faudrait pas reculer devant l’amputation.