‹ Lésions des Artères de la JambeChapitre 39 sur 54 · CHAPITRE VIT · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIT

Contusions suivies de gângrène par des lésions artérielles.

Ceci c’est un sujet que je ne veux qu’effleurer, toujours pour rester dans mon rôle de bibliographe. M. Chavannis, en janvier 1879, dans la première Thèse soutenue devant la Faculté de Lyon, et intitulée : Des obstructions artérielles consécutives aux traumatismes, a, d’ailleurs, donné quelques indications et quelques faits. J’en ai joint plusieurs nouveaux, un, entr’autres, emprunté au service de M. Lanelongue, à l’hôpital Saint-André, et que je résume en quelques lignes, parce que M. le D' T. Piéchaud veut en faire l’objet d’une présentation à la Société de Chirurgie. Cest le seul cas heureux.

OBSERVATION COXCIII. — CHAVANNIS (Thèse, p. 12).

Homme, Hôtel-Dieu de Lyon, 4877, rapporté dans le coma, et ne paraissant avoir reçu qu’un très fort coup de bâton à la partie supérieure de la jambe gauche, qui est très tuméfiée et froide ; pas de signe de fracture, pas d’odeur alcoolique ; les pulsations de la fémorale s’arrêtent à la pointe du

(1) Bull. Acad. méd., 1845-46, p. 26.

triangle de Scarpa. La gangrène fit des progrès, et le malade succomba dans la soirée sans avoir repris connaissance. À l’autopsie, on ne trouva aucune lésion dans les principaux organes; seulement, les artères de la jambe sont toutes oblitérées par des caillots chocolatés.

OBSERVATION CCXCIV. — CHAvanNis (Thèse, p. 16).

Homme, Hôtel-Dieu de Paris, service de Richet, 1872. Un omnibus lu a passé sur les deux jambes et a produit : à droite, une fracture double, et à gauche, une forte ecchymose au-dessous du genou. Pansement simple ; gangrène; mort le huitième jour. A l’autopsie, la veine poplitée est obstruée par un caillot, et, dans l'artère, les deux tuniques internes ont été déchirées, rétractées et en ferment la lumière.

OBSERVATION CCXCV. — CHAVANNIS (Jbid )

Homme, Hôtel-Dieu de Lyon, service de Gayet, 1873. Renversé violemment de côté par un wagon; il en est résulté une plaie contuse dans la région poplitée. Pansement simple; au troisième jour, la gangrène se déclare, qui remonte et emporte le malade. L’artère poplitée à aussi ses deux tuniques internes rompues et qui obstruent le vaisseau.

OBSERVATION CCXCVI. — FARABEUF. (Bull. Soc. Anat., 1866, p. 61.)

Il présente une fracture en V par écrasement de la jambe ; gangrène et mort le septième jour. La tibiale postérieure, fournie par la péronière, appuyée sur la pointe du fragment, avait les tuniques interne et moyenne rompues, l’externe intacte.

OBSERVATION CGXCVII. — Mac WHINNIE. (Lancet, juillet 1855, IT, 30.)

Voiturier, à l'hôpital Saint-Barthélemy, avait eu la jambe prise entre sa voiture et un poteau; le membre est froid, tuméfié ; plus de pulsations dans la tibiale postérieure. Une incision est faite vers l'artère dans l’espace poplité ; après quelques recherches, on trouve un petit vaisseau déchiré, que l’on lie. Mort dans le délire Le lendemain.

OBSERVATION COXCVIIT. — LANELONGUE (inédite).

Antoine Denizet, forgeron, originaire de la Haute-Vienne, demeurant à Bordeaux, est transporté à l'hôpital Saint-André, le 12 mai 1882, après avoir été projeté très violemment par le volant d’une machine; on constate de nombreuses contusions et une luxation du genou droit. Les jours suivants, le pied, puis la jambe gauche, présentent des symptômes de gangrène qu remonte ; on fait, le 19 mai, une incision à la cuisse pour donner issue à l’infiltration gazeuse. L'état général est très inquiétant. Quand le sphacèle est bien limité, le 2 juin, M. Lanelongue pratique l’amputation de la jambe aux condyles du tibia, avec lambeau externe. Pansement de Lister. Guérison. A l'examen du membre, il y avait un arrachement du haut de la tête du tibia ; le tronc tibio-péronier était oblitéré par un caillot, qu’avaient produit ses tuniques interne et moyenne déchirées et recroquevillées.

Réflexions. — D’après Chavannis, cette oblitération artérielle peut se produire dé trois façons : 1° par la compression, et c’est là le mode de production de la gangrène étudiée dans les fractures de jambe; 2° par l’artérite, qui est rare, même dans les plaies contuses, et qui apparaît vers le dixième jour ; 3 par la déchirure des tuniques internes, leur recroquevillement et la formation d’un caillot obturateur ; c’est la cause la plus fréquente, celle qui se trouve en jeu dans les observations ci-dessus ; elle agit, d’ailleurs, immédiatement.

Le pronostic est grave, très grave, puisque tous les blessés ont succombé, sauf celui de M. Lanelongue, que l’amputation a sauvé. C’est, en effet, le seul mode d'intervention applicable; elle devrait être immédiate si les désordres étaient trop graves, sinon on réunirait plus de chances de succès en attendant que la gangrène fût limitée.

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