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De plus, le bourgeon maxillaire supérieur émet par sa face interne deux formations secondaires : le bourgeon palatin donnant les lames palatines de Kolliker et le bourgeon ptérygo-palatin.
Ces lames palatines se portent horizontalement à la rencontre l’une de l’autre et se fusionnent sur la ligne médiane. Leurs extrémités antérieures s’unissent aux bourgeons nasaux internes dans le courant du troisième mois et forment une soudure en forme d'Y, canal naso-palatin, que l’on retrouve à l’état normal chez certains mammifères.
Les bourgeons ptérygo-palatins achèveront également en arrière la formation de la voûte palatine et de la cavité buccale. Celle-ci sera cloisonnée en deux étages : l’un supérieur, future fosse nasale, communiquant en avant avec les fossettes olfactives, qui sera divisée en deux cavités secondaires par la cloison nasale émanée des bourgeons nasaux internes ; l’autre, inférieur, bouche proprement dite, ouvert en avant par l’orifice buccal définitif.
Les bourgeons nasaux internes formeront en arrière la cloison nasale et, plus en avant, l’os intermaxillaire et la partie moyenne de la lèvre supérieure.
Nous voyons donc ainsi formé l’os intermaxillaire, qui doit plus tard supporter tout le bloc des quatre incisives supérieures.
Sa formation et sa position toute spéciale, en firent un sujet de recherches pour un grand nombre d’embryologistes, et les modifications dans son mode de développement donnèrent lieu à de nombreuses dis-
cussions, notamment dans la pathogénie des becs-de-
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lièvre, et plus récemment dans celles de certains syndromes pathologiques propres à cet os.
Nous exposerons rapidement les différentes théories mises en présence, tout en faisant un court historique de la question.
C’est en 1786 que Gœæœthe (1), en faisant des travaux d'anatomie comparée, fut amené à rechercher chez l'homme, comme chez les animaux, le singe en particulier, l’os intermaxiilaire qui porte chez ces derniers les dents incisives. Il lui fut facile d’en retrouver la trace chez le fœtus et l'enfant, ne pouvant comprendre, écrit-il, « comment l’homme aurait eu des dents incisives, comme chez les animaux, sans posséder en même temps l’os dans lequel elles sont enchâssées ».
Il conclut également que l’os intermaxillaire se développait aux dépens des bourgeons nasaux internes, l'os incisif ne supportant de chaque côté que deux incisives : une centrale et une latérale.
En 1837, Coste (5) confirma ces premiers travaux dans son traité d’embryogénie comparée, et ce ne fut que cent ans après la théorie de Gœæthe, qu’Albrecht émit de nouvelles données.
Il fait participer le bourgeon nasal externe dans la formation de cet os et de la lèvre supérieure.
Dans une série de mémoires concernant l’os intermaxillaire et la pathogénie du bec de lièvre, il s’efforça de démontrer que le bourgeon incisif était formé de deux bourgeons : le bourgeon nasal interne, intermaxillaire interne, portant l’incisive centrale, et le bourgeon nasal externe, qui viendrait se placer entre le bourgeon interne et le bourgeon maxillaire
proprement dit, logeant l'incisive latérale. L’os intermaxillaire étant double de chaque côté.
Albrecht (2) donna aux différents organes qui entrent dans la composition de l’are mandibulaire supérieur, des noms spéciaux.
Le bourgeon maxillaire interne s'appelle endognathion, l’externe mésognathion, le bourgeon maxillaire supérieur exognathion, et les sutures qui les séparent sont :
Endo-endognatique entre les bourgeons nasaux internes,
Endo-mésognatique entre les bourgeons nasaux internes et externes,
Endo-exognatique entre le bourgeon nasal interne, portion palatine et le maxillaire,
Méso-exognatique entre le bourgeon nasal externe et le maxillaire, c’est la suture maxillo-incisive des autres auteurs.
On trouve ainsi chez le fœtus cinq sutures, une médiane et deux latérales symétriques ; la suture endo-exognatique étant le point d'union centrale du bourgeon nasal interne au bourgeon maxillaire, et se dédoublant rapidement pour former les sutures endomésognatique et méso-exognatique.
Kolliker (4), à la même époque, soutint l’opinion de Gœthe, ainsi que Hiss (3), affirmant que le bourgeon nasal externe ne prenait pas part à la formation de la lèvre supérieure et de l’intermaxillaire, mais donnait la partie externe du nez et l’aile du nez.
Broca, dans ses travaux sur le bec-de-lièvre, soutenait Albrecht, au nom de l’Anatomie pathologique.
Biondi (6), Warynski (7), en 1888, édifièrent de nou-
velles théories, ne faisant pas rentrer le bourgeon nasal externe dans l’embryogénie de los incisif.
Pour Biondi, l’os incisif central naît du bourgeon nasal interne, et l’os incisif latéral du bourgeon maxillaire supérieur.
Pour Warynski, le bourgeon nasal externe forme l’'apophyse nasale de l’intermaxillaire, ce dernier provenant du bourgeon nasal interne.
Il n’y a que deux os intermaxillaires, mais chacun d'eux possédant deux points d’ossification, l’un occupe la limite postérieure et externe du bourgeon nasal interne et contribuant à l’ossification de lapophyse nasale de l’intermaxillaire, de la face externe de cet os, des parois antérieures des alvéoles des dents incisives et de la paroi postérieure de lalvéole, de la dent incisive latérale ; l’autre forme le canal incisif et la paroi postérieure de l’alvéole de la dent incisive centrale. Il explique ainsi l’apparence que l’on a de quatre os distincts.
Fawcett, en 1906, élimine toute participation des bourgeons nasaux internes et externes. Inouüye, en 1912, et Bruni, en 1913, admettent un seul prémaxillaire de chaque côté, un seul point d’ossification, le prémaxillaire s'étendant dans le bourgeon nasal interne et le bourgeon maxillaire et portant toutes les incisives. La suture interincisive est incomplète.
M. le Professeur Tourneux (11), dans son précis, dit « que les intermaxillaires n'apparaissent qu'après la soudure complète des bourgeons qui vont constituer la mâchoire supérieure, et que la disparition de
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la suture d’Albrecht ayant lieu vers le septième mois, explique lerreur des observateurs qui ne décrivent pas deux os incisifs ».
Enfin, Cadenat (12), dans une thèse récente, reprenant entièrement la question, conclut
« Le bourgeon nasal interne se soude au bourgeon jugal (maxillaire) selon une ligne en Y, tous deux formant seuls le palais. Toute participation du bourgeon nasal externe est ainsi impossible, ce bourgeon forme seulement la narine, et ne descend jamais au palais. »
Le prémaxillaire a une brève existence, séparé dans les premiers stades embryonnaires, il est unique de chaque côté et forme tout le rebord osseux des fosses nasales.
Les bourgeons, les os et les dents, sont des formations qui ne concordent ni dans le temps ni dans l’espace. La limite externe du bourgeon nasal interne est intraprémaxillaire et intraincisive, la limite interne du bourgeon jugal (maxillaire) est transmaxillaire, transprémaxillaire et transincisive.
A la fin du troisième mois, l’os incisif a atteint son maximum de développement, son bord alvéolaire mousse contient les germes des deux incisives,
De toutes ces nombreuses théories embryologiques, nous ne devons retenir que le fait de cet enclavement de l’os intermaxillaire, dépendance du bourgeon frontal, entre ces différents bourgeons formés par le premier arc branchial.
Il est certain, comme l'ont dit Nicolas, Massia et Dupasquier (15), ainsi que Juvin (16), dans sa thèse,
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que « l’os incisif possède dès son origine embryologique par rapport au reste de l’os dont il fait partie, une individualité propre ».
Vers le sixième et septième mois, les sutures intermaxillaires s’effacent de la profondeur à la périphérie et généralement l’os incisif à la naissance ne présente plus guère de trace visible extérieurement de son autonomie.
Cette absence de signes évidents décelant la présence de cet os, fut la cause de nombreuses discussions anatomiques et mêmes théologiques, auprès des auteurs anciens (Gallien, Vésale, Albinus).
L’os intermaxillaire ne se trouvant à l’état normal que chez les animaux, l’homme en étant dispensé, l'anatomie comparée a prouvé qu'il existait aussi bien chez les êtres humains que chez le singe, la taupe et autres mammifères, mais que chez les animaux, il restait indépendant toute la durée de la vie, en particulier chez le singe. Son indépendance chez l’homme constitue toujours un vice de conformation coïneidant toujours avec la division congénitale des lèvres ou le bec de lièvre. d
Si l’on examine un maxillaire d’adulte, on ne voit pas, en général, de dépression au niveau des sutures; c’est que los intermaxillaire, comme le dit Hamy (13), « existe à l’état isolé chez l'embryon, incomplètement uni au maxillaire chez le fœtus et ne se fusionne nettement avec celui-ci qu'après la seconde dentition ».
La non soudure donnera cette particularité patholo-
sique d’un os incisif isolé, de forme triangulaire,
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appendu au-dessus de lorifice buccal, à l'extrémité antérieure de la cloison des fosses nasales.
Ce sera surtout chez des sujets jeunes que l’on pourra trouver traces des sutures décrites par les auteurs, sutures dont ils ont fait la base de leurs théories embryogéniques.
On distingue :
1° Une suture séparant l’un de l’autre les deux maxillaires supérieurs : suture palatine.
2° Une suture, qui, partant de la fosse incisive, se dirige en ligne courbe ou brisée vers le rebord alvéolaire interne qu’elle atteint entre le milieu de l’alvéole de lincisive latérale et le diastème post-canin, avec une fréquence maxima pour le diastème incisivo canin. Cette suture n’a jamais pu être suivie sur le rebord alvéolaire antérieur, mais on peut la retrouver sur lapophyse nasale du maxillaire supérieur, qu’elle partage, c’est la suture incisive (Cadenat).
3° Une suture, qui, partant de la suture incisive, se dirige vers le rebord alvéolaire postérieur au niveau du diastème interincisif, suture interincisive (suture endo-mésogmatique d’Albrecht).
4° Une suture qui fend dans le sens frontal, les alvéoles des incisives, et qui, pour Biondi, atteindrait la ligne médiane : c’est la suture intrakalvéolaire (Cadenat, p. 38).
Hamy (13), Sappey (18), admettent la suture incisive simple sans dédoublement, au rebours de Leuckart et d’Albrecht. Testut (19) en reconnaît la division : « De chaque côté du conduit palatin antérieur
considéré par son extrémité buccale, on voit partir la
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suture normale, qui unit l'os incisif au maxillaire supérieur, puis, à quelques millimètres plus loin, on voit cette suture se diviser en deux branches, l’une externe qui se porte vers le côté interne de la canine, l’autre interne, qui se dirige vers l’espace compris entre la première incisive et la deuxième » (Testut).
Pour Warynski (7), la suture incisive divise l’alvéole de lincisive latérale en deux parties : il ajoute dans ses dernières recherches qu’elle peut diviser les germes dentaires, ce qui pourrait entrer en ligne de compte pour expliquer les cas fréquents d’agénésie des incisives latérales.
Dans les théories d’Inouye et de Bruni, Ia suture interincisive est incomplète.
A.-F. Le Double (20) signale que la suture maxilloincisive existe chez un grand nombre d’'Européens appartenant à diverses nationalités. Il la signale 663 fois sur 1497 crânes d’'Européens adultes.
Lartschneider (21) a attiré l'attention sur quelques particularités anatomiques de los intermaxillaire. Après avoir examiné un grand nombre de ces os, il les divise en deux groupes principaux
1° Ceux dont la paroi antérieure de l’alvéole est proéminente et permet de se rendre compte de la position des racines.
2° Ceux dont la paroi antérieure n'est pas très développée et présentent une véritable fosse incisive, s'étendant des incisives centrales aux canines.
Lartschneider signale que la racine de l’incisive
latérale est dirigée en haut et en arrière et pénètre
de plus en plus dans la masse spongieuse du maxillaire supérieur.
L’os incisif est presque entièrement formé de tissu spongieux. Tout le corps de cet os est, en effet, aréolaire, formé de lamelles imbriquées qui décrivent une courbe inféro-supérieure à concavité postérieure, Seule, la lamelle nasale et la portion antérieure et externe des alvéoles contenant les incisives sont, à cause de leur peu d'épaisseur, formées de tissu dense. -
Si l’on regarde l’ensemble par la face palatine, on voit la lame osseuse condensée former leur région postérieure et les contenir ; la place prise par les incisives dans los, étant considérable par rapport à son volume restreint. Il y a soit un, soit deux points d’ossification selon les opinions diverses des anatomistes.
La vascularisation de l’intermaxillaire, étudiée par Ducourneau (23) dans sa thèse, serait fournie par l’alvéolaire antérieure, branche de la maxillaire interne.
D’après les classiques, l’artère dentaire antérieure, branche de la sous-orbitaire, donnent des vaisseaux aux deux incisives et à la canine. Ces artères abordent la région incisive perpendiculairement au massif intermaxillaire, direction éminemment favorable à leur rupture (Ducourneau).
Pour Dubreuil, Chambardel et Bernadeau (22), « la séparation des rameaux destinés aux incisives et canines se fait suivant une mode variable. À dix mois, chaque rameau de l'artère dentaire antérieure, détache
une branche pour la dent de remplacement. Au cours
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du développement, l’artère du bourgeon incisif ne subit pas de modification, de sorte que, si la carence du réseau vasculaire antérieur n’est pas compensée par le réseau vasculaire du reste du maxillaire supérieur qui s’anastomose avec lui, il se crée dans la région intermaxillaire un point faible par défaut de nutrition.
Ces diverses notions embryologiques et anatomiques ont été invoquées dans l’explication étiologique et pathogéniques des affections spéciales à cet os.
Il semble que la présence des dents, par les lésions qu’elles créent, doit également être considérée comme un facteur important pour expliquer la fréquence et la localisation de pareilles affections. C’est ce que nous allons nous efforcer de démontrer.
Lésions Infectieuses dites spécifiques de l’Os Intermaxillaire et Rôle attribué par les Auteurs aux Affections dentaires concomitantes
Les différentes affections, dites spécifiques qui frappent l’os intermaxillaire, sont la syphilis, la tuberculose et les complications des caries nécrosantes des incisives supérieures. Nous ajouterons que les lésions dentaires et leurs complications, soit aiguës, soit chroniques sont d’une plus grande fréquence également à ce niveau. Nous laisserons de côté toutes les autres nécroses d’origine traumatique, chimique ou générale (grippe, rougeole, fièvre typhoïde) qui frappent aussi bien les autres régions des maxillaires.
La syphilis de los intermaxillaire, entièrement étudiée dans les publications de MM. Nicolas, Massia, Dupasquier (15) et dans la thèse de Juvin (1922) (16), auxquelles sont venues se joindre de nouvelles obser-