CHAPITRE II
Anatomie pathologique
Lésions naso-sinusiennes latentes
Nous voulons grouper sous ce titre les différents aspects pathologiques que peuvent présenter les fosses nasales et leurs dépendances sinusiennes profondes. Evoluant tantôt isolément, tantôt parallèlement, se compliquant souvent les unes les autres, elles tiennent leur premier caractère de ce fait que la façon dont elles troublent la fonction est à ce point insidieuse qu’elles ont loisir de causer leurs méfaits dans le silence, jusqu’au moment où le résultat se révèle par la diminution brutale ou progressive de la vision.
Leur activité se traduit par des malaises d’une insignifiance telle que le malade les ignore ou les néglige s’il les perçoit ; à vrai dire, chaque lésion considérée en elle-même apparaît insignifiante, mais la clinique a maintenant démontré qu’elle peut perturber suffisamment l’équilibre physiologique des fosses nasales et des cavités annexes pour avoir les plus graves effets
TA) dE
non pas sur la fonction propre qu’elles assurent, mais sur celle d’un appareil voisin contigu et solidaire et d'autant plus susceptible qu’il est lui-même plus délicat : le nerf optique. C’est là le second trait de leur personnalité : symptomatologie à surprise, plaidant le faux à distance de leur zone d’action, concentrant l'inquiétude du malade et l’attention du médecin sur un territoire où elles ne sont pas et dictant une thérapeutique d'apparence logique mais pratiquement inefficace.
A ce caractère s’ajoute la gravité de leurs conséquences : les lésions naso-sinusiennes latentes sont toujours de petites lésions, leurs effets sur le nerf optique se traduisent par des atteintes de la vision dont l'échelle de gravité va du trouble visuel passager et réparable à la cécité complète et définitive.
Pour peu importantes qu’elles soient en elles-mémes, il valait la peine qu’on apprit à les découvrir. La radiographie a parfois joué un rôle dans leur mise en évidence : au cours de certaines manifestations oculaires ou névralgiques inexpliquées, elle a révélé un défaut de transparence des sinus postérieurs, alors que les données rhinoscopiques étaient normales ; dans d’autres cas, il n’existait aucune cause décelable, aucun signe radiographique anormal et c’est par la simple notion des relations anatomiques que certains cliniciens ont été amenés à suspecter un sinus d’apparence indemne ou quelque lésion endo-nasale latente.
C’est ainsi qu'on en arrive à procéder à l’examen rhinoscopique systématique de tous les cas de névrite rétro-bulbaire d’étiologie inconnue ; les premiers ré-
EN
sultats furent d’ailleurs sans conclusion car tous les cas paraissaient indemnes de lésions de l’endo-nez. Mais la prière instante des oculistes décidait enfin les rhinologistes à intervenir : on tentait de la sorte, en désespoir de cause, diverses interventions dont les résultats heureux bien souvent ont montré le rôle pathologique que peuvent jouer les lésions naso-sinusiennes latentes ; bien plus, on en arrive actuellement à opposer à certaines névrites optiques une thérapeutique d'intervention inspirée des succès acquis, quand bien même le territoire de l’endo-nez ou de ses annexes sur lequel elle porte paraît indemne d’une lésion même latente. Nous citerons quelques résultats de cet ordre.
Quoiqu'il en soit, les heureux résultats acquis dans le traitement des névrites rétro-bulbaires de cause latente ont poussé à l'étude approfondie de cet accident; l’analyse critique attentive des phénomènes observés a permis de dépister l’origine sinuso-nasale d’après les caractères particuliers des symptômes, au point que l’on peut concevoir le type clinique d’une névrite rétro-bulbaire d’origine nasale ou sinusienne latente.
Quelles sont donc ces lésions muettes? Nous les classerons en deux groupes : le groupe sinusien et le
groupe naso-pharyngien.
1 GROUPE SINUSIEN. — Sluder et Ramadier ont identifié quatre types de sinusites postérieures laten-
tes :
1°) TYPE EMPYÈME FERMÉ. — Il est réalisé dans les les cas où une suppuration se limitant au sinus sphé-
ra
noïdal ou à l’ethmoïde postérieur ou encore à une seule de ses cellules (la cellule d’Onodi le plus souvent), la réaction de la muqueuse cause l’oblitération des orifices. Celle-ci se complète d’ailleurs par l’hypertrophie du cornet moyen dont la queue ne reste jamais indifférente d’une inflammation du sinus voisin. En ce qui concerne la qualité du pus, les lésions muqueuses, les lésions osseuses, l’empyème clos est en tous points semblable à la sinusite suppurée ouverte. Ce type qui n’est pas très rare a été une des premières identifications en matière de sinusite postérieure la-
tente.
20) TyPE CATARRHAL. — C’est le cas d’une inflammation de la muqueuse sinusienne n’aboutissant pas à la suppuration. Il n’y a pas à proprement parler de sinusite mais seulement « de la sinusite » (Lubet-Barbon). Higguet, Watson-Williams admettent l'infection bactérienne des sinus sans que le pus soit de rigueur : c’est la sinusite sans pus. La ponction aspiratrice sous anesthésie locale ramène un liquide dont l’analyse bactériologique et histologique révèle dans certains cas quelques polynucléaires. Ce sont en somme de simples lésions infectieuses banales et de très faible degré.
Van Duyse et Van den Wildenberg ont donné des descriptions anatomo-pathologiques de ces lésions. La muqueuse bleuâtre, épaissie, turgescente, œdémateuse souvent dans les régions déclives des sinus est parcourue par des vaisseaux qui se dirigent vers le canal optique. Elle est semée de fongosités qui comblent