‹ Lésions Traumatiques de l'Atlas et de l'AxisChapitre 25 sur 47 · OBSERVATION X PY · texte numérisé non relu

OBSERVATION X PY

D s’agit d'un homme qui fait une chute de bicyclette, perd un peu connaissance, présente quelques phénomènes de paralysie et quelques douleurs lancinantes le long des nerfs, tous symptômes qui disparaissent rapidement d’ailleurs. Ici nous laissons parler le D: Morestin :

«A l'examen du malade,ce qui attirait surtout l’attention,c'était l'attitude de la tête et du cou. Tousles muscles cervicaux contracturés, maintenaient Je cef dans l’immobilité. Cette rigidité des masses musculaires de la nuque rendait très difficile toute exploration du squelette, d'autant plus que la palpation était fort douloureuse. La douleur paraissait très vive au niveau de l'apophyse épineuse de l’axis. Le lendemain, les douleurs étant un peu Balinbes, cet examen put être repris dans de meilleures conditions. La contracture persistail toujours. Néanmoins, je crus pouvoir établir par la palpation extérieure et l'exploration

ns AA pharyngée, qu’il n'y avait point de déplacement des vertèbres ; la douleur très vive détérminée par la pression sur le sommet de l’axis, parut devoir être attribuée à quelque arrachement d'un fragment de cette apophyse, et j’admis qu'en somme la malade

avait une sérieuse entorse du cou.

Je me confirmai dans cette opinion qu’il y avait un arrache-

ment partiel de l’apophyse épineuse de l'axis, en constatant plus tard quelque chose de mobile que je crus sentir se déplacer à droite de la ligne médiane, mais ce phénomène ne se produisant pas à volonté et disparaissant très vite, je n'étais pas fixé sur l'étendue de ce fragment. Comme on ne sentait rien dans le pharynx, qu'il n’y avait ni retrait ni saillie d'aucune des apophyses, ni déviation d'aucune sorte, que peu à peu le malade retrouvait la faculté de fléchir et d’étendre la tête et même de lui imprimer des mouvements de rotation à droite et à gauche, je me rassurai de plus en plus à son sujet. Or, le 1* octobre, (l'accident avait eu lieu vérs la fin d’août,) je le trouvai dans un état fort différent de celui où je l'avais laissé la veille. Il avait fait une chute en marchant dans la salle, et depuis cet accident qui s'était accompagné d’une douleur violente dans le cou, sa situation s'était beaucoup aggravée. Tous les muscles du cou contracturés, immobilisaient la tête sur la colonne vertébrale. Malgré cela, le malade peu confiant dans la solidité de son rachis, ne voulait pas changer de position, ni même remuer sans avoir au préalable saisi et maintenu sa tête entre ses mains.

Il se déplaçait ainsi tout d’une pièce comme un homme de bois. La tète était légèrement inclinée vers l'épaule droite et en rotation du même côté. En outre, on était frappé immédiatement par la saillie que formait en arrière l’'apophyse épineuse

de l’axis qui s'était placée hors de rang et au-dessous de la-

quelle il y avait comme un enfoncement. brusque. Evidemment ce nouveau et léger traumatisme avait amené un changement exagéré ou créé un déplacement. Etait-ce la vertèbre entière Ou seulement son arc postérieur qui avait subi ce déplacement ? L'exploration buccale demeurant négative, la 2° hypothèse

était plus probable.

Le malade fut endormi avec les plus grandes précautions. Plusieurs aides l'assujettirent de manière à lui interdire tout Mouvement au début de l’éthérisation. Je m'étais moi-même chargé de tenir la tête. L'anesthésie obtenue, je pratiquai de nouveau sans résultat l'exploration des corps vertébraux par le pharynx. Par contre, l'examen par la palpation du cou devenue très facile grâce à la résolution et à la souplesse des masses musculaires précédemment contracturées, me permit de re-

connaître avec la plus grande aisance que l’are postérieur de l’axis présentait dans le sens transversal une mobilité anor-

nale absolument évidente.

On déplaçait cet arc de droite à gauche et réciproquement,

par la simple pression. Je fis répéter cette manœuvre par les internes du service qui, tous trois, sans hésitation, reconnu-

rent le même fait. Il n’y avait donc aucun doute ; cet homme avait une fracture de l’'axis, portant sur l'arc postérieur de cette vertèbre.

La tête avait été, silôt le sommeil obtenu, ramenée dans la rectitude sans effort et sans ressaut. Elle fut maintenue dans cette situation par une minerve. Le malade a gardé pendant six semaines cet appareil.

Débarrassé de son heaume de plâtre, il a conservé une rai-

deur assez prononcée du cou, mais qui ne lui donne aucune

RAGE gène sérieuse ebne l’a pas empêché de reprendre sa profes-

sion ».

Dans ce cas il n’y apas eu de mort à regretter, mais on conçoit que les accidents auraient pu être beaucoup * plus graves ; cependant, on avait cru tout d’abord à une simple entorse de la colonne vertébrale.

Immobiliser la tête est donc un principe fondamental.

Mais dans certains cas, on peut et on doit faire davantage.

Si la moelle est intéressée,le malade ne perd rien à subir une intervention. | . Dans le cas de l’hématomyélie, il n’y a évidemment rien à faire. Toute intervention chirurgicale est en effet proscrite par Sieur, Chipault. Mais, contre la compression consécutive à une luxation, on doit tenter la réduction.

Cette réduction peut être faite de plusieurs façons ; la manœuvre des anciens chirurgiens consistait à faire asseoir le malade par terre, à lui appuyer sur les épaules avec les genoux et à tirer sur la tête qu’on ramenait ainsi dans la position normale.

Ce procédé qui peut rendre de grands services au médecin isolé, a l'inconvénient d’être douloureux. La réduction sous le chloroforme offre dans la majorité des cas, de grands avantages : suppression de la douleur, assouplissement des masses musculaires et par suite, retour plus facile à la position première. Le malade sera donc endor mi avec toutes les précautions nécessaires, il sera couché sur le dos, on le surveillera attentivement surtout pendant la

période de la chloroformisation et, lorsque la résolution mus-

Sn

culaire sera obtenue, le chirurgien saisissant la tête, exercera la traction qu’il jugera nécessaire, et ramènera ie chef dans la bonne attitude. Un léger ressaut ou une faible crépitation indiqueront dans certains cas le succès de l’intervention. Il ne faut pas oublier cependant, que parfois la réduction est impossible, surtout dans les luxations antérieure de l’axis. Quoi qu’il en soit, la tête sera maintenue immobile au moyen d’un appareil plâtré, pendant cinq ou six semaines.

Quand il n’y a aucun signe de compression médullaire, peut-être est-il plus prudent de s'abstenir, même en présence d’une luxation qu’on estime assez étendue. On n’est jamais sûr de pouvoir remettre les choses dans l’état normal, et d’un autre côté, il peut arriver que sous l'influence des manœuvres de réduction, la luxation se complète.

D'ailleurs, les observations que nous avons citées au paragraphe pronostic, montrent que Îles fonctions de la moëlle peuvent persister fort longtemps, même avec un canal rachidien très déformé. Cette conduite a été suivie par Hannequin dans un cas de luxation de l’axis et de la troisième cervicale. Cependant le D'Morestin estintervenu pour une luxation de l’atlas sur l’axis dans laquelle il n’y avait comme symptômes que de la douleur et de Ja raideur de la nuque ; aucun indice de paralysie ou d’irritation de la moëlle. Il a réduit la luxation et la guérison a été obtenue.

Enfin, l'extension continue a été appliquée dans un cas de luxation bilatérale de l’axis sur la 3° cervicale et la

guérison s’en est suivie.

C’est là une ressource à laquelle il faut songer pour

les cas où, pour une raison quelconque, on ne pourrait ou

on ne voudrait pas pratiquer la réduction manuelle.

Ici doivent prendre place les observations que nous avons pu recuellir et dont résultent nos conclusions. Nous les avons partagées en deux groupes suivant leur terminaison: le premier comprend les cas avec mort plus ou moins immédiate ; le second, les cas avec quérison ou,

au moins, une survie parfois assez longue.

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