I. Canon :au
LESPAGNE CHRÉTIB^XE,
assez peu solides puisqu'on était obligé de cômlial- Ire rindifTéreoce et le retour accidentel à ridolàtrie par la pénaliU't la plus sévère dont on disposât.
Cette préoccupation de combattre le péril d'idolâtrie reparaît très vive dans d'autres canons. Celui, dit le canon 17", qui aura marié sa fdle à un I prêtre des idoles, sera exclu de la communion pour toujours. C'est que si la femme chrolienne pouvait sanctifier Tépoux païen, il n'en était pas de même \ quand cet époux remplissait quelque sacerdoce. Dans le ilaminat, nous l'avons dit, la femme dn liamine prenait part au sacerdoce, et il en était de même dans plusieurs cultes païens. Le mariage avec un prêtre païen était donc l'équivalent d'une apos- 1 tasie matérielle. Mais les évéques vont plus loin encore. Les maîtres chrétiens sont avertis que, dans la mesure du possible, ils doivent interdire le culte] des idoles à leurs esclaves afin d'éviler jusquài roccasion de la Lenlation. Toutefois, cette prescription n'enlraîne pas d'excommunication définitive; ceux qui braveront les souhaits exprimés par le concile devront être regardés comme étrangers à rÉglise (canon 41), L'indulgence dont témoigne ce j dernier canon forme contraste avec la rigueur de ceux que nous avons cités, lille s'explique néan-j moins parce que la pénalité de Texcommunication définitive est portée contre les chrétiens qui, eu temps de paix, tombent dans le crime d'idolâtrie par vanité j par cupidité, par indilférence ou pour toute autre raison. Au contraire, Tavertissement donné de détruire toutes les idoles dans sa propre maison est conditionnel. On ne doit s'y conformer que si on n'a pas à redouter les dénonciations des esclaves païens à son service. 11 y a ici comme un pressentiment T
LÈSPAONB CHRETIENNE.
et on la traîLait de mémo si rabandonde son premier mari L'atéchumène était de son fait. S'il s'agissait non plus d'une catéchumène mais d'une chrélienne mariée à un divorcé» dont ello savait la première femme non vivante, rexcommunication ne pouvait être levée qu'au moment de la mort (canon 10) ; quant à la catéchumène mariée à un divorcé dans les conditions qu'on vient de dire, son bapU^me était i-envoyé à cinq années de là, sauf le cas de dangerde mort (canon 11],
Ce sont là| on le voit, les lieux communs de la vie quotidienne ; mais nous trouvons d'autres canons qui donnent un étiago de moralité fort audessous de ce que Ton pourrait attendre. Seront excommuniés pour toujours le père ou la mère qui auront livré leurs enfants à la prostitution et le chrétien, quel qu'il soit, qui aura pratiqué ce métier (canon 12); les évéques, prêtres et diacres convaincus d'adultère (canon 18); les femmes adultères qui font périr leur fruit (canon 03 ) et celles qui persévèrent i dans leur conduite jusqu'à la mort (canon (34). Les clercs qui, connaissant rinfidélité de leur femme, ne la chassent pas de leur maison s'exposent à devenir des docteurs d'infamie, ils seront en conséquence privés de la communion à l'heure de la mort (canon 65], les simples fidèles qui autorisent l'inconduite de leur femme seront traités de même (canon 70 ainsi que les sodomites (canon 71), les dénonciateurs dont Faction aura entraîné la proscription ou la mort (canon 73), les faux témoins qui auront accusé des évêques, des prêtres ou des diacres (canon 75).
Les pères d'Elvire ne s*en tiennent pas cependant à ces pénalités terribles. Si les jeunes filles ayant
d'apostasier, mais c était, disent les évoques, un « adultère de Tâme » : ne aetas in flore tiimens in aduïterium antmae resolvatur (canon 15).
Plusieurs canons nous font voir que le clergé n'était pas indemne des misères et des hontes qui avaient envahi les communautés. La plaie des sœurs agapètes se laisse deviner par la rigueur avec laquelle on interdit à tout évéque et à tout clerc de recevoir dans sa maison une femme quelconque autre que sa sœur ou sa tille encore vierges [canon 27), Non seulement le poste équivoque de « soeur spirituelle » était condamné, mais désormais réponse légitime de Tévêque, du prêtre, du diacre ^ de tout clerc en un mot engagé dans le ministère devait renoncer à ses droits et à la maternité, sous peine de voir son mari chassé des rangs du clergé [canon 33], Cette obligation explique Faitention dont témoigne le canon 30" qui interdit Taccès du sous-diaconat à ceux qui, dans leurs années de jeunesse et après avoir reçu le baptême, ont commis FadulLère; à ceux-là la carrière du mariage restait seule ouverte (canon 31). Outre la continence des clercs, le concile s'occupa d'une plaie fort grave, Tusure. Saint Cyprien, un demisiècle avant les pères d'Elvire, déplorait la condition de tant d'évêques qu'on voyait quitter leurs Eglises et entreprendre de longs voyages, commerçant tout le long du chemin. Le concile imposa aux évèques, aux prêtres et aux diacres Tobligation de la résidence; s'ils n'ont pas le nécessaire, dit-il, qu'ils envoient leur fils ou leur affranchi, un agent ou un ami ou qui ils voudront (canon 19). Quant aux clercs usuriers, il devaient être dégradés et interdits; les laïques, s'ils promettaient de s'amender, obtenaient leur pardon (canon 20).
OÙ l'un des fiancés serait pris en flagrant délit de faute grave, mais si les fiancés ont anticipé ensemble sur le sacrement, l'opposition que les parents apportent au mariage sera nulle (canon 54).
Sous leur forme générale plusieurs de ces canons nous offrent un grossissement. D'ordinaire, si on observe le cas concret auquel ils s'appliquent, on note des circonstances atténuantes. On peut prendre sur le vif quelques traits de la vie des communautés chrétiennes. Le canon 25® fait allusion à de petites impostures commises en vue de s'attirer une meilleure réception dans les Églises qu'on rencontrait sur sa route. Certains fidèles partant en voyage avaient demandé à leur évêque une lettre de recommandation sur laquelle on les avait qualifiés' du titre de a confesseur » . Les bonnes gens qui n'y voyaient pas malice prenaient ces touristes-confesseurs pour des confesseurs de la foi ; désormais les évêques devaient donc omettre le titre de confesseur qu'on eût vite discrédité par ce moyen et veiller à faire éviter de nouvelles méprises. A la distance où nous nous trouvons de ce temps, nous ne voyons pas très distinctement l'inconvénient que pouvait avoir le prêt d'un vêtement de luxe par une chrétienne à une voisine ou à une amie encore païenne qui souhaitait de porter une belle toilette dans quelque solennité. Le prêt des vêtements du mari par sa femme n'était pas moins sévèrement jugé et dans les deux cas la coupable était excommuniée pendant trois années (canon 57). Ce canon et celui qui le suit immédiatement, confirment ce que nous avons dit du caractère improvisé de la délibération ; avec le canon 58 nous revenons aux voyageurs munis de lettres de recommandation. Ceux-ci devront obtenir le visa de
l' ESPAGNE CHRÉTIENNE. 5
Ht L'ESPAGNE CHREmSCŒ.
litre Téritable en Espagne n'est pas conna avec certitode, mais il deTail exercer les fonctions de vicaire da diocèse d'Espagne puisqoe noos l'y voyons exercer des pouvoirs presque sans bernes, jugeant avec la même autorité dans diverses provinces et condamnant les fidèles dans la Tarraconaise, dans la Lusitanie et dans la Carthaginoise ; à moins qu'il n'eût reçu une délégation de commissaire spécial à la recherche des chrétiens. A partir de l'année 303, il parcourt l'Espagne faisant incarcérer, conformément à ledit; les évèques, les prêtres, les diacres, les clercs*. C'est peut-être alors qu'Osius, évéque 4e Cordoue, dont nous avons signalé la présence au concile d'Elvire et que nous retrouverons bientôL confessa la foi avec une intrépidité louée de tous ses contemporains ^.
En 303, Datianus vint à Saragosse (= Caesaraugusta] qui possédait une communauté chrétienne fondée depuis longtemps et qui se vantait d'avoir compté des mnrtyrs à chaque persécution'. Un de ses anciens évéqiies, Félix, s'était signalé un demisiècle auparavant en dénonçant à saint Cyprien les évêques libellatiques Basilide et Martial. Celui qui occupait le siège, et le repi*ésentait au synode d'Elvire, avait nom Valérius; comme rien ne permet de l'identifier avec celui qui gouvernait TÉglise de Saragosse en 307, on peut supposer, si Ton le veut, que c'étaient deux personnages distincts. Au reste, nous savons que cette famille des Valerii fit pendant quelque temps du siège épiscopal de Saragosse une
\, Passio S. Vincentii levilae, 2. document de la fin du iv" siècle. 2. 8. Atiiaîïase, Histor. arianor., 4*, Apol. de fuga, 7; Eiskbe, De vila Constant., II, 63, 73; Sozomèsk. Hist. eccLj I, 16. .3. Péri Stephanôn, IV, 81-88.
OU des années d'épiscopat» ce dernier cas est plus probable. Quoi qu'il en soit, nous voyons que le siège du primat portait le titre déprima cathedra. Quelques prescriptions du concile d'Elvire ont fort préoccupé les antiquaires. Le canon 34* porte rinierdiclîon d'allumer des ilambeauxde cire dans les cimetières pendant lajournée, alin de ne pas troubler les âmes des morts, înquietandi en un sanclorum spiritus non Bunt. Il n'est pas aisé de décider ce que les pères du concile entendaient fa.r sanctorum spintns. Etait-ce, ainsi que nous le traduisons, les âmes des morts, qu'ils imaginaient, comme les anciens, enfermées dans le tombeau, c'est assez peu probable ; ou bien faisaient-ils allusion à la coutume païenne de brûler des cierges sur le tombeau du défunt, ce qui devait faire frémir, au sens métapliorique, des cbrétiens, en se sentant traités de la même façon que les païens; ou bien encore, était-ce une mesure d'ordre, afin d'épargner aux lidêles qui priaient dans les cimetières le trouble qui résultait de cette pratique? 11 est trop difficile de décider pour qu'il puisse, dans cette incertitude, y avoir profit à le faire.
Le canon 35'- rentre dans le même ordre d'idées et de faits, 11 fait défense aux femmes de passer la veillée dans le cimetière parce qu'il est arrivé fréquemment que, sous prétexte de prières, on s'est livré secrètement aux pires désordres. Le canon suivant est un dé ceux dont Tinterprétation a provoqué le plus d'ingéniosité de la part des archéologues. Il est ainsi conçu : Plaçait picturas in ecclesia esse non debere^ ne quod coUtur et adoratur in parietibus depingatur, n On ne peindra pas sur les murs des églises les images qui sont Tobjet du culte et de Tadoration w. Ce canon a exactement la même por-
Prudence qui a dû les emprunter soit à des actes composés de mémoire après la paix de TÉglise, soit à des traditions orales. Quoi qu'il en soit, et sous cette réserve, notons que Ton raconte que les saints étaient en garnison à Léon d'où ils furent transférés à Calahorra pour y subir le supplice ; c'est dans cette ville qu'ils furent enterrés et que dans la suite, le lieu de leur exécution fut consacré par l'érection d'un baptistère. Émétérius et Chélidonius paraissent avoir été vétérans puisque, au dire de Prudence, « leur vie inscrite sur les rôles de la milice, avait payé à César toute sa dette * ». Un détail pourrait faire penser qu'ils appartenaient aux cohortes auxiliaires : c'est l'épithète aureos ajoutée à torques. Les colliers d'or étaient réservés aux auxiliaires, dit Pline, et les colliers d'argent aux seuls citoyens 2; mais cette distinction n'était plus rigougeusement observée à l'époque impériale^. Ajoutons que les deux martyrs avaient jadis porté les étendards de la cohorte, dragons d'étoffe portés au bout d'une pique, dans lesquels s'engouffrait le vent quand les troupes étaient en marche : Ventosis draconurriy quos gerebant, palliis \ Avec ces lambeaux d'histoire, Prudence a recueilli un trait purement légendaire qui nous montre les fidèles espagnols du IV® siècle non moins crédules que les contemporains de saint Fructueux. « Une tradition certaine et respectée par le temps, dit-il, montre les objets qui appartenaient aux martyrs s'envolant tout à coup dans les airs, comme pour indiquer d'avance la route