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CHAPITRE II

OSIUS DE CORDOUË. — PRUDENCE

Osius et Constantin. — Osius aux conciles d'Alexandrie et de Nicée. — Circonscriptions ecclésiastiques de l'Espagne . — Osius préside et dirige le concile de Sardique. — Sa « chute », sa rétractation et sa mort. — Grégoire d'EIviro et le parti luciférien. — Pacien de Barcelone. — La nonno Egéria. — Le poète Juvencus. -— Prudence.— Sa carrière publique. — Ses écrits, son genre de talent, son originalité, sa sincérité. — Le patriotisme de Prudence et de ses compatriotes. — Les Péri Stephanôn.

La tolérance de l'Auguste Constance Chlore procurait le repos à l'Espagne, mais ce repos pouvait, n'être qu'un répit et ce n'était pas la première fois que les chrétiens passaient par ces alternatives. On se savait toujours sous la menace d'un retour possible de persécution et le caractère de stabilité que l'édit de Milan rendu par Constantin, en 313, donna à la paix religieuse fut la différence profonde qui distingua désormais la situation des Eglises de celle sous laquelle elles avaient jusqu'alors vécu. Nous ignorons ce qui advint des communautés espagnoles après l'an 305 jusqu'à l'époque où, en 313, elles obtinrent le droit à l'existence officielle et légale. Quelques-uns des évoques que nous avons vus siéger à Elvire

S'il faut en croire Sulpice Sévère *, la convocation du concile de Nicée fut suggérée à ConstantiD par Osîus. La situation considérable qne son âge, son caractère^ sa confession et sa faveur concouraient à lui faire» peuvent expliquer le ran^ qu'il occupa dans ce concile que, d'après certains auteurs, il présida, Gélase de Cyzique, auteur d'une « Histoire du Concile de Nicée », au v" siècle, affirme ce fait : « Osius, écrit-il, représentait révèque de Rome et assistait au concile de Nicée avec les deux prêtres romains, Vite et Vincent ^. » Une phrase de saint Athanase, contemporain et témoin oculaire, semble décisive : « De quel concile, dit-il, ne fut-il pas président ^ ? » SI Osius n'avait pas obtenu la présidence à Nicée, la phrase serait pure sottise et nous ne savons pas que saint Athanase fît profession d'en dire* C'est d'ailleurs dans ce sens que Théodoreta interprété cette parole*, et Socrale, arrivant à rénumératioo des membres les plus qualifiés de rassemblée, procède dans cet ordre : « Osius, évêque de Cordoue; Vite et Vincent, prêtres de Rome ; Alexandre, évêque d'Alexandrie ; Eustatlie, évêque d'Antioclie; Macaire, évéque de Jérusalem ^. » On ne s'explique pas la prééminence donnée à Osius, simple évéqpie provincial, sur les deux grands patriarches orientaux, s'il n'avait été représentant du pape, à moins que ce fût de Tempereur. Les signatures des membres du concile nous ont été conservées par di%'erses listes grecque, latine, copte, syriaque, arabe, armé* niennes. Ces listes présentent entre elles d'assez

S. MANsr, Conc ampUss. colL, L 11, coL 8tMj.

3. Apoîogia de fuga : itûfat; fà? où KaOïjYrjiraTo. h. H ht. eccL, H, 1^ : T[m«; yap oy^ i?rrt(iato m>v&8ou. S. ffist.ecct,, Ï.I3.

c'est de son essence, — mais obscure pour bien des gens. Le mystère de la Trinité ne répugnait pas sans doute aux polythéistes intrépides du paganisme, cependant on l'attendait tacitement à rexplication. Chrétiens mal instruits et chrétiens cfileurés par Tombre d un doute, païens indifférents, curieux ou railleurs ne se plaignaient pas des événements qui amenaient la délibération solennelle d*où sortirait un peu plus de lumière, chacun retenait son souffle et attendait.

Le mystère était plus ou moins exactement connu des uns et des autres. Le Christ en s'incarnant s'était présenté avec une double nature sans que Tune d'elles causât aucun préjudice à Tautre. Homme parfait, il était en môme temps Dieu, fds de Dieu, égal à son Père céleste et formant avec lui une même substance. Les ariens ne le voulaient pas ainsi, et de ce fds de Dieu ils faisaient une créature excellente, supérieure à toutes les créatures, mais inférieure au Père céleste et différente de lui en substance.

Tout l'effort de la dispute, ainsi qu^il faut s y attendre, avait été soutenu par les Grecs et les Alexandrins. Les latins, une fois la querelle bien exposée et bien comprise, avaient fait leur siège; laissant leurs collègues argumenter à leur aise, ils ne bronchaient plus. Comme Constantin lui-même, ils avaient le sentiment qu'il s'agissait d'une chose grave et tout leur bon sens s'employait à détourner le péril. Les faits et gestes attribués à Osîus par Gélasc de Cyzique ne sont guère plus réels que les actions et les discours des héros de Tile-Lîve, Le seul point à retenir, c^est le souvenir gardé par les Orientaux du grand évêqiie espagnol qu'ils jugeaient digne de comparaison, pour la science thëologique, avec Eusèbc Pamphile,

fOO L'ESPAGNE CHRÉTIENNE.

daction du symbole de foi. Saint Athanase l'aflirme ' et on peut l'en croire; il ajoute qu'Osius relança les ariens partout oii il en rencontra désormais*. Il semble qu'il ait apporté à celle poursuite la fougue que ses compatriotes mettront plus tard à servir la Sainte-Hermandad; saint Athanase le laisse entendre discrètement. - Osius, dit-il, portait bien son nom, c'était un véritable saint, sa vie était irréprochable, à moins qu'on ne lui fasse un crime de sa haine ardente pour l'hérésie. »

Nous perdons la trace d'Osius après le concile. Il peut être retourné à Cordoue et il est à peine croyable qu'il ait consenti à délaisser son siège pour fixer sa résidence à la cour de Constantin, ainsi que plusieurs l'ont insinué. Mais, faute d'arguments positifs à faire valoir, la question est de celles que les discussions ne font pas avancer. Ce qui est à peine douteux, c'est que la situation prépondérante faite dans l'Église à Osius n'ait dû exercer une influence profonde sur le développement de l'Église d'Espagne tout entière.

• Le règne de Constantin fut signalé par des réformes administratives dont plusieurs eurent un retentissement dans les institutions du christianisme. A la division provinciale de Tarraconaise, Bétique et Lusitanie adoptée par Auguste on substitua une division nouvelle en cinq provinces : La Bétique et la Lusitanie furent respectées, mais la Tarraconaise fut

4. Histor. arianor. ad monachos^ c. 42; P. G., t. XXV, col. 743: 05xo; xal xriv èv Ntxai'qp TctdTiv èÇéÔeTO, xai xoùç 'Apeiavoù; dxiQpuÇev atpeTixoù; eTvat Ttavxa^oO. Héfélé, Conciliengesch.^ 1. 1, sect. 94, n*admet pasqu'Osius ait été pour rien dans la rédaction du symbole.

2. La présence d'Osius au concile de Gangres n'est pas soutenable. TiLLEMOnTy Mém. hist. eccL, 1701, t. VII, p. 314; Héfélé, op. cit., t. II, sect. 94.

OSIUS DE CORDOUE. PRUDENCE

morcelée en trois provinces désig:nées sous la Carllmginoise, capitale Carthagène; Galice,] AsLorga ou Braga, et Tarraconaise -, une sixiô.^^ ^,^ vince prise snr le continent africain, la Maurétanie Tingitane, fut rattachée à l'Espagne ; enfin les îles Baléares formèrent une septième province. Celte répartition fut adoptée en 332 et FEspagne fut alors gouvernée par un « vicaire » résidant à Séville et mis sous les ordres du préfet des Gaules. Les remarques que nous avons eu l'occasion de faire au sujet des signatures du concile d'Elvire doivent être rappelées ici. Si ces signatures se trouvaient présentées suivant une disposition géographique correspondant à la division politique d'Auguste^ nous serions en droit de conclure queTÉglise d'Espagne avait superposé son cadre administratif au cadre administratif existant. Néanmoins on peut supposer que !a primalie, par le fait môme qu'elle était attachée à la longévité, devait passer assez rapidement d'un siège à un autre et que, dans la réalité, cette distinction honorait son titulaire sans changer quoi que ce fût à rimportance du siège qu'il occupait. On se trou-» vait ramené malgré soi aux conditions dont nous rencontrons dans la province d'Afrique une application très claire. La primatie, institution honorifique, va et vient d'un évêché à l'autre, mats chaque évéché conserve son importance propre fondée sur Texpansion de son territoire, le nombre et Topulence de ses fidèles. SiTEglise de Rome et celle de Carthage prennent une situation prépondérante, c'est que nulle autre Kglise de la région ne peut balancer les ressources en tous genres que des villes comme Rome et Carthage offrent k un établissement, quel quUl soit. Le cas a dû être le même en Espagne et si,

jusqu'au temps de Constantin, aucune ville ne paraît effacer toutes les autres par son développement et sa prospérité, à partir de Constantin, le choix fait de Séville pour la résidence du a vicaire » d'Espagne tend à faire de celte ville, pendant la durée de l'occupation romaine, le centre politique et religieux de l'Espagne.

Rien d'analogue aux « Fastes épiscopaux de la Gaule » n'a été entrepris pour l'Espagne jusqu'à ce jour. Florez et ses continuateurs ont tenu compte d'un trop grand nombre de traditions inacceptables ; Gams a admis des noms et des dates qu'aucun document irrécusable n'autorise. La date de création des sièges épiscopaux et la hiérarchie intervenue entre eux sont des points obscurs et qui demeureront tels longtemps encore. La pénurie, presque incroyable, de textes concernant le christianisme dans la péninsule pendant les quatre premiers siècles de notre ère explique la rapidité avec laquelle se déroule une histoire qui ne compte guère d'événements. Si donc, recueillant tous les indices (qui ne sont souvent que de simples noms), nous cherchons à établir un état de l'Espagne ecclésiastique avant le remaniement territorial de 332, voici à quels résultats nous arrivons. Avant l'année 254 Léon, Astorga, Mérida, Saragosse et deux autres villes dont les noms ne sont pas donnés ont un évoque. Avant l'année 300, il faut ajouter à ces villes les sièges suivants dont plusieurs pourraient être plus anciens que ceux qui viennent d'être mentionnés : Guadix, Cordoue, Séville, Tucci {= Martos), Epagra(=i: Cabra), Castulo (=: Calzona), Mentesa, Elvira, Urci, Tolède, Fibularia(=zLoarre), Ossonoba, Elbora, Eliocroca (= Lorca), Basti {= Baza), Malaga. Avant

« Lorsqu'un évèque par un iiiolif crorguetl et pour^ s'attirer de la gloire, plutiit que pour s*adonnerà la piété, va d'une ville dans une autre, ou bien de sa province dans une province étrangère, s'il reste longtemps dans cet endroil et si l'évèque de cette ville n'est pas savant, il ne doit cependant pas le mépriser^ il ne doit pas non plus prêcher souvent parce que ! cela nuirait à Tévèque de la ville et le ferait déprécier ^ cette manière d'agir ne servirait qu'à troubler la paix et a faire soupçonner qu'il veut s'emparer du siège des autres, et lui-même oublierait TÉglise qui | lui est confiée pour pouvoir passer dans une autre. Aussi est'il bon de déterminer le temps de son se- ' jour (dans une ville étrangère), car il serait inhumain et contre la charité de ne pas recevoir du tout un ^M évéque. Souvenez-vous donc que nos pères ont jadis ^M décidé — à Elvire — qu'un laïque doit être excom- ^^ munie lorsque pendant trois dimanches il manque au service divin dans la ville où il réside. Si donc | cette ordonnance a été portée au sujet des laïques, un évèque ne doit pas* à plus forte aison, s'absenter plus longtemps do son l']glise et abandonner son troupeau, à moins que le besoin ou une affaire ira-^J portante ne Ty oblige, w ^M

Ce canon tenait à cœur â 1 évèque de Cordoue, ^^ il y mit un amendement : « Quelques évêques n'ont^j que très peu de biens dans les villes oii ils résident, ^| tandis qu*ils en ont de considérables dans d'autres^i villes, si bien qu'ils peuvent dans ces dernières soutenir les pauvres, Aussi leur est-il permis, afin qu'ils puissent percevoir leurs revenus, de passer trois dimanches, c'est-à-dire trois semaines sur ces biens;]

1. C'est le eus de révétjUL' ValeriuB ùe Suragosse qtie son diacre,] Vincent, suppléail.

|,*E8PAGNK CHKfiTlKNNE.

temps, te faire oublier tes lettres et tes paroles? Arrôte-loi et dans leurintérot n'écoute pas les méchants de peur de te rendre coupable. Tu le sers en ce moment; mais, au jour du jugement , tu te défendras seul, lisse servent de toi pour opprimer leur ennemi particulier, te faire servir leur méchanceté et répandre dans rKglise leur détestable hérésie. C'est une imprudence de se jeter dans un péril évident pour complaire à autrui. Arrête-toi^ Constance^ et croîs-moî.

<t Je t'écris comme il me semble bon de le faire, ne méprise pas mes paroles. >'

Cette lettre oe mil pas (in aux menaces de Tera* pereur qui, ne pouvant douter que la résistance qu'il éprouvait de la part de Tépiscopat espagnol fût l'ouvrage d'Osiuft, se le ht amener à Sirmium, où il le retint pendant une année entière. Pendant cette détention, O&ius, alors âgé de cent ans, fut odieusement maltraité. Outre les injures et les menaces qu'on lui prodigua et auxquelles une longue habitude devait le rendre assez insensible, on en vint à la vio* lence. Le vieux confesseur fut roué de coups et retenu dans des positions gênantes; on alla même jusqu'à persécuter ses parents. Tout ce qui se passa pendant ces derniers temps de la vie d'(Jsius estmerveilleusemenL embrouillé. Des contemporains, amis et adversaires ont recueilli tout ce qu'ils ont entendu dire du saint homme, suppléant àce qu'ils ignoraient et se contredisant les uns les antres avec la plus rare intrépidité. Pour s'expliquer, autant que la chose demeure possible,les événements auxquels Osius fut mêlé à ce moment, il faut probablement tenir grand compte de Tétat mental du vieillard. Aiïaihli par le voyage, les mauvais traitements, les sévices, Osius dut subir une crise physique analogue à celle qu'é-

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prouva le pape Pie VII, à Savone, en 1811, crise au cours de laquelle on obtint de lui, grâce à un afTaisseraenl cérébral temporaire» des concessions bientôt révoquées touchant rinstitntion des évéques.

Au moment où ceux qui gardaient Osius le virent ébranlé au point de n'oiïrir aucune résistance, Us lui arrachèrent son consenlemcM à coniinnûiquer avec les évêques ariens Ursace et Valens; cela fait^ on voulut sa souscription k la condamnation d'Athanase ; sur ce points on ne put rien obtenir. C'était une contradiction j mais Osius n'était guère en état de s'en mettre en peine et s'il était possible de reconstituer celte mentalité ébranlée, il semble qu'on en pourrait proposer une explicatifjn satisfaisante. L'état d'aiïaiblissement physique où était réduit le vieillard avait eu pour résultai une aboliiiun partielle de la mémoire. Certaines régions demeuraient intactes, d^autres avaient sombré. Depuis bientut trente années, Osius s'était identifié avec celle idée de l'i^rtbodoxie d'Atlianase, elle faisait partie intégrante de sa mémoire et vouloir la modifier, lextirper, était devenu chose impossible. L'idée de refus était non seulement corrélative à Fidée de souscription dés qu'il s agissait d'Atlianase, elle lui était en quelque sorte automatique. Les noms d' Ursace et de Valens étaient en comparaison de celui d'Athanase des noms nouveaux, ils n'avaient pas pris dans la mémoire du vieil évéqiie la place qu'y occupait celui du patriarche d'Alexandrie, Dans un moment d'alTaiblissement, ils ne représentaient rien ou du moins une chose assez vague; Osius, ne sachant pas trop ce qu'on voulait de lui, se laissa faire.

D'après les canons du temps c'était une faute grave que la communion avec les hérétiques, mais il faut se

LESPAGT^E CBREÊTiENNE.

rappeler qu'à quelques années de là, saint Martin de Tours, dans la plénitude de sa raison, consentira à coramuniquer avec les évoques ithaciens pour un simple motif de charité ^ l/acte d'Osius devait simplement le compromettre, l'amoindrir, sans procurer ^^j aux ariens un avantage très considérable. ^|

C'était néanmoins un premier pas, Osius était si ^H réduit physiquement qu'on put lui en faire faire un second; on l'obligea d'assister au concile qui se tenait alors à Sirmium. Suivant Socra te, il avait fait quelque résistance^ mais on le contraignit, à force de coups, jusqu'à ce qu'il s'y rendit el souscrivit la formule de foi rédigée par les ariens. Saint Athanase ne dit rien de cette signature, Su! pice- Sévère n^y croyait guère et jugeait quelon n'avait rien pu obtenir à moins que son jugement se fût affaibli. A eu té de ces hommes maîtres d eux-mêmes, on est désagréablement surpris de rencontrer Tévéque de Poitiers, saint llilaire, se livrer à Pégard d' Osius à un emportement où le zèle pour la religion ne se rencontre pas avec le ton de la bonne compagnie. Après avoir qualifié le vieux confesseur tombé en enfance de blasphémateur, de fou. de délirant, il ajoute les insinuations les plus malséantes, c'est ainsi qu'il attribue sa conduite non à rall'aiblissoment de ses facultés mais au désir de rentrer mourir à Cordoue et il ajoute que Dieu n'avait laissé vivre Osîus si longtemps que pour apprendre à tous ce qu'il avait été avant ce temps. C'était rappeler les calomnies des donatistes qui accusaient Osius d'avoir livré les livres saints pendaiît la persécution, crime dont l'avaient absous les évéques de Gaule à la suite de la condamnation des évéques

1. Sur toute celle qoesUont cf. Mehf.ndezy pelayo, Hisloria daim hfterofloxùs esffaûoh'H, L I, p, 71 sqq.

L ESPAGNE CmtETlENNE.

parti exploitait la conduile d'Osius, produisait des lettres par lesquelles il paraissait adopter Tarianisme et se servait de son nom comme d'un argument irréfutable à opposer aux év^^ques et aux catholiques de la Gaule, Le niouvemcnt que se donnaient les h«'»rétiques attira Tattention de saint Augustin qui assura qu'Osius était mort dans la communion des évêques d'Espagne; réduisant à néant une fable ima* ginée ou accueillie par les auteurs lucifériens du Libeliusprecum et dont Tillemont a fait le cas qu'elle mérite. C'est encore à saint Athanase que nous devons recourir pour Thistoire des derniers moments de son vieux défenseur. 11 nous apprend que, rendu au calme, Osius comprit la faiblesse qu'il avait eue et au moment de mourir prolesta dans un écrit tenant lieu de testament de la violence qu'il avait soufferte, renouvela Tana thème contre les ariens et engagea tout le monde à les repousser (27 août 3r>7),

La personnalité d'Osius avait introduit en quelque façon TEglise d'Espagne dans riiistoire générale de la première moitié du iv" siècle. Le grand liomme disparu» Tisolement se fait de nouveau. Du sein de la médiocrité générale quelques noms surnagent, non pas illustres certes, mais moins complèlemeiit inconnus que les autres. Les auteurs du Libellm; precfim ont tenté de procurer au chef du parti luciférien en Espagne, Grégoire d'Elvire, un surcroît d'honneur aux dépens d'Osius. Dans un petit scénario assez bien imaginé, Osius était non seulement maltraité, mais damné ni plus ni moins, tandis que Grégoire apparaissait comme le champion de Tortliodoxiê trahie à Sirmium par le vieil évéque apostat et blasphémateur. Le seul fait à retenir dans tout cela c est que Grégoire était évéque dès l'année 357. Il

Nazîanze ainsi que nous le voyons dans la lettre cent quaranle-huiLième de saint Augustin. Le sujet du traité est d'un intérêt bien amoindri de nos jours, mais c'est par un aspect différent que le De fide offre quelque importance pour Thistoire de TEglise d'Espagne. Florio, qui a consacré au traité de Grégoire d'Klvire une étude approfondie, signale comme un des traits caractéristiques de Fauteur sa préoccupation presque constante d'imiter saint Hilaire de Poitiers, non seulement dans son style, mais jusque dans ses expressions. Cette préoccupation se retrouvera chez Friscillien et ce dernier paraît avoir eu entre les mains plusieurs livres de rbcriture d'un texte identique à celui dont Grégoire faisait usage. Mais ces minutieux détails n'appartiendront à Thistoire qu'après avoir été contrôlés par l'érudition qui, jusqu'à ce jour, n a fait que les ellleurer,

La période d'histoire dans laquelle nous nous trouvons engagé est d'une insignifiance presque compléle. Auprès de Grégoire d'Elvire prennent place quekjues personnages secondaires tels que ce Faustin et ce Marcellin dont nous avons déjà rappelé les noms et l'un des ouvrages. C'étaient deux prêtres qui présentèrent aux empereurs Valentinien 11, Théodose et Arcadius une supplique intitulée Libellus precum ad imperatores en Faveur de leurs coreligionnaires, les lucifériens persécutés» Cet écrit est précédé d'une relation paraissant provenir d'une autre main et racontant les souffrances de ran ti-pape LIrsin, le rival de saint Damasc. Faustin > plus disert que son collaborateur, est en outre Fauteur d'une Fides Théodosio imperatorioblala dans laquelle il se justiiie de l'accusation de sabellianisme. On lui a attribué, sans raison décisive, le traité De Triniiate dont nous ve-

OSIUS DK CORDOUE, PEUDENCE.

relation est destinée à distraire les nonnes de son couvent. Deux manuscrits font d^Kgéria une abbesse: si elle avait ce titre on doit en conclure qu elle emportait sa clôture avec elle, car son déplacement aura duré quatre ans au moins** Il est vrai que, venue de la Galice j elle trouvait à Constantinople un illustre compatriote, Théodose le Grand, né lui aussi en Galice et proclamé empereur d'Orient. Il ne serait pas impossible que l'abbesse galicienne eût eu quelques relations mondaines avec la famille de Tempereur ou les gens de son entourage tels que Cynégius» préfet d'Orient, et ElpidiuSi tous deux espagnols. Dans le cours du récit la voyageuse prodigue, comme c'est l'usage, à ses nonnes les êpithètes les plus affectueuses : vénérables soeurs, vénéra* blés dames, mes sœurs, maîtresses de mon âme, mesdames ma lumière ; elle ne paraît guère empressée toutefois à les retrouver. Arrivée à Constantinople, elle combine un nouveau voyage, en Asie, et « si après ce voyage, ajoute-t-elle, je suis encore de ce monde et que je puisse faire connaissance de lieux nouveaux. Je rapporterai tout cela à votre charité soit de vive voix, soit par écrit ji.

Ce qui nous reste de la relation laisse voir une personne curieuse et assez cultivée. Elle est, parmi les pèlerins et touristes qui ont raconté ce qu'ils ont vu en Terre Sainte, une de celles dont la relation a gardé le plus d'întér-r't.

Au point de vae liturgique on n'a guère, au iv*" siècle, de document d'une plus grande importance pour riiistoire de l'Eglise de Jérusalem, de ses rites, de

1, n T/a sanf dire que c'e.n de» clûlurc an sens tré^'i ianjr que nnvss parlons, aucune donner ne permellant de croire que It s nonnes cf^pagnolcs de ce temps lusscnl enrerméesduns nu inon&sitt>rc cLûirr^,

ses institutioDS. La topographie de la ville sainte lui est également redevable ainsi que celle d'Edesse et de quelques autres villes moins importantes. Égéria paraît d'ailleurs faire un vrai pèlerinage de dévotion et les choses du culte la captivent presque exclusivement. Elle note des détails que nous lui devons de connaître et semble prendre un vif intérêt, né d'une piété sincère, aux cérémonies qui rappellent les grands mystères de la vie et de la mort du Christ. ()n ne s'apen^oit guère que le voyage lui-même r impressionne. Nulle part elle ne décrit les lieux qu'elle traverse et qui, pour une chrétienne fervente, sont les plus illustres de la terre. Rien de moins poétique, bien plus, rien de moins descriptif que celte relation et on le regrette d'autant plus que la façon dont ces paysages de Terre Sainte impressionnaient une Espagnole eût été curieuse à savoir. Nous pourrions mentionner quelques autres médiocrités dont les noms et le vague souvenir ont été conservés par le catalogue des hommes illustres de saint Jér(*)me et par les continuateurs de cet ouvrage ; mais ïi y a peu d'utilité pour nous à transcrire les noms de Potamius de Lisbonne^ Fauteur arien de la deuxième formule de Sirmium (357) et de trois courts écrits S d'Ydace de Mérida que nous retrouverons plus loin dans Taffaîre du priscillianisme ^, d'Aquilius Severus dont rautohiographie, mêlée de prose et Je vers et intitulée : a Catastrophe », est perdue^, de quelques autres encore plus insignifiants s'il était possible de rétre, un Carlerius, un Baechiarius, un

i.l\L, t, VUI, 1411-1418.

2. Advt'VHtis VVïïnmrîflfMï» ari<iHMW. Cette cxposlUon esi atu^tbuée aussi à llhaee d'Ossobona»

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