CHAPITRE VI
Règrio de Wamba, 672-680. — Campagne de Vasconie. — Révolte du duc Paul, 673. — Concile de Tolède. — Règne d'Ervige, 680-687. —Législation contre les Juifs. — Décadence de la monarchie. — Prospérité du pays. — Hildefonse, Julien de Tolède. — Son Apologia. — Conspiration des Juifs. — Condition des classes de la société. — Fusion des Visigoths et des Hispano-Romains. — Egica, 687-700. — Witiza, 700-710. — Rodrigue, 711-712. — L'invasion et la conquête arabe.
En vertu du canon 9® du concile de 653 les seigneurs visigoths se réunirent à Gerticos, où venait d'expirer Recceswinthe, et procédèrent àFéleclion de son successeur. C'était la première fois, depuis de longues années, que le système électif fonctionnait régulièrement et en toute liberté. Quelques membres de l'assemblée crièrent : « Wamba roi. Lui et nul autre! » La foule répéta ce qu'elle entendait, sa conviction allant toujours vers ceux qui font le plus de bruit. Ducs, comtes, gardingues, évêques, clercs, tous s'enflammèrent pour Wamba, mais lui refusa, allégua son âge, son inexpérience et toutes ces excuses choisies qu'on sait réfutées à l'avance. Un de ses compagnons, impatienté par tout ce manège, lui
dit a bnUe-puurpoiiil : *< Si tu rerus«*s, je le tue; règne ou crève. « Wamba régna, mais soucieux de légalité, il retarda sa proclamation jusqu'à lV*ntrée danB Tolède, afin que tous ceux (jui étaient absents de Gerticos pussent rnlifier l'élection avant le couronnement. U entra dans Tolède le 20 septembre t>72 et fui sacré le 25 par Quiricus, dans 1 eg-lise des Saints-Pierre-el-PauL Quelque clerc facétieux ou ami du merveilleux imagina d ajouter à ronction religieuse un rite supplémentaire. A l'aide de quelque appareil il fit sortir de la couronne royale une légère colonne de fumée et une abeille. On ne manqua pas de voir la un très heureux présage. Cependant, dès le mois de mars ou d'avril 073, lldéric, comte de Nîmes et Gumilde» évéqnc de Maguclonne, associés à un abbé liamire, révoltèrent la Narbonnaise contre lautorilé de Wamba. A la [iremière nouvelle qu'il en reçut, Wamba, qui était en Cantabrie et se préparait à une expédition contre les Basques, en- | voya contre lldéric le duc PauL Celui ci fatigua son armée en piétinements sur place et finit par traiter avec Ranosinde, duc de la Tarraconaise; il se fit alors proclamer roi. Les rebelles de la Narbonnaise se hâtèrent de le reconnaître et en quelques semaines toute la partie nord-est du royaume fut perdue. Paul prit le titre de /"o/ 5w/?r^/7;e oriental ei laissa à Wamba celui de roi du midi.
Wamba pénétrait en Vasconie quand lui arriva la nouvelle de la trahison du duc Paul; il parcourut la province pendant sept jours pleins, promenant sur tous les points la dévastation méthodique. Quand il jugea le dégât suffisant, il prit la route de HuGSca et arriva à Calahorra. 11 y tint une singulière cour martiale pour réprimer les excès dont
LES DERNIÈIIES ANNÉES. L'rNVASION ARABE. 337
s'étaient rendus conpables les soldats de son armée ; tous ceux qui Turent coinfaiocus d*nUentats contre la morale furent snninis à F épuration de la circoncision. A Calahorra, Wamba répartit son armée sur trois corps destinés à franchir la chaîne des Pyrénées par les routes de Livia et de la Cerdag'nc, de Vicli et du littoral. Ce plan, qui est d'une bonne stratégit; et qu'il est intéressant de rapprocher des opérations de Farmée française en li>40 et en 1793, fut très rapidement exécuté. Kn peu de jours, Barcelone, Girone» Vich, Livra, Colliourc et tous les postes fortifiés des Pyrénées tombaient aux mains de AX'omba, I /armée se trouva transportée presque sans coup férir dans la Narbonnaise. On prit Clusas et Ranosinde y fut fait prisonnier. Xarbonne, position stratégique importance défendue par Wittmir, fut attaquée par terre et par mer. Après une attaque qui dura trois heures, la ville fut enlevée à rassaut, \\'ittmir fui pris dans une église et fouetté avec ses complices, Béziers, Agde et Maguelonne, dont Tévr-que s*enfiiît à Ntmes, ouvrirent leurs portes. L armée de Wamba, que rien n'arrêtait plus^ arriva devant Nîmes le l*** novembre 673. L'avant-garde, après une marche de nuit, était arrivée dans la place dès Taube; elle tenta un coup de main qui ne réussit pas, car la ville ne manquait pas de défenseurs , Basques et Francs principalement. Le lendemain, on put employer 10.000 hommes à l'attaque, et la place fut prise. Paul et ses partisans se réfugièrent aux Arènes et s'y retranchèrent. L'édifice a conservé jusqu'à nos jours les traces de la mise en état de défense. Après un siège de trois jours, Paul insulté par ses propres soldats quitta les insignes royaux tandis que Févéque de Nîmes, en vêtements pontificaux, allait au
L ESPAGNE CimETlEN^'E.
camp dt! Wamba, à 4 milles de la ville, solliciter le pardon. Wamba n'accorda que la vie sauve*
Paul fut fait prisonnier avec des Gaulois, des Francs et son trésor. Wambïi, qui paraît avoir eu le goût des scènes un peu thcAlraks, imagina une parade d'exécution légèrement ridicule. Paul dut passer à travers les rangs de Farmée rangée en bataille, nu-pieds, entre deux ducs à cheval le tenant en laisse par une poignée de sa longue chevelure. Derrière le chef marchait le fretin. A quelque distance de la ville, Wamba attendait, à cheval, à la tète de son escorte. Paul se j>roslerna, déboucla son ceinturon et écouta la mercuriale. On l'envoya en prison avec tous les siens. Le 7 novembre on le conduisit avec ses complices devant \Yamba siégeant sur un tribunal. Suivant une mode des empereurs byzantins, Wamba foula aux pieds les vaincus, les condamna à la dégradation et leur lit couper les cheveux. Lors de Fentrée triomplude à Tolède, ces malheureux furent exhibés une fois de plus, nupieds, vêtus d'un sac, tondus et rasés, i^aul était placé sur un chariot, sa tête était couronnée d'un laurier dont les feuilles étaient de cuir collées l'une à Tautre avec de la poix. Parmi les partisans de Paul se trouvaient quatre évéques : llyacinthiî de Livia, Ramire, intrus sur le siège de Narbonne, Wilsin d'Agdc, Gurailde de Maguelonne. Quant aux étrangers, Wamba n'eut à leur égard que de bous procédés. 11 renvoya tous les Francs sans rançon, libres et défrayés de leurs dépenses ; il eût été dilTïcile de se divertir avec plus d'impertinence de ses ennemis.
Wamba entreprit à Tolède une transformation jte qui changea entièrement l'aspect de la
vieille capilale. Les murs d'enceinte répares ou recoïislruils furent percés de portes monumentales, Chacune de ces portes était surmontée d'une tour qui portait une cluipelte dédiée aux saints patrons et délenseurs de la ci Lé royale. C'était encore un usage byzantin adopté par les Visigoths*.
L^œuvre législative de Wamba n'est pas très considérabïc. Il tenta do relever Fesprit militaire par deux lois qui rendaient, en cas d'invasion, le service personnel obligatoire pour lous, sans distinction de race, d'état et de condition^ y compris les ecclésiastiques depuis Tévéque jusqu'au clerc. Celui qui ne répondait pas immédiatement à la convocation était passible d'exil, de confiscation, de dég"radation civile ou d'eselavag'c liscaL En ce qui concernait les clercs, la mesure prise par \\ aml>a était de nature à soulever de vives contrariétés; non seulement parce que cette classe d'hommes se trouve par état étrangère à la guerre et à ses dangers, mais parce que des canons de concile avaient, jusque sous les régnes de Chindaswinthe et Recceswinthe, consacré Texemplion cléricale et ravaient étendue à tous les religieux. Cette mesure avait même déterminé un sérieux mouvement de vocations monastiques ainsi qu'on le voit dans la vie de saint Fructueux où les ducs de larmée en Bétique font observer au roi que sUl ne prend pas des mesures pour arrêter la foule qui prend Thiibit monastique chez Fructueux, les etfectifs de guerre ne pourront plus être complétés, 11 est plus que probable que
i. E. UùiiiiF.htIn9vH/ft. ehrixt,, ii, i7t'u A une tlale qui nous rui'aJl dlfficilû a |iréclser on signale ilesdt^barquenieuts de Sarrûsins sur la côtf dTspagnc; âio Imrnues anittcs «^roîMiciH sur 1a MédilfrralU'c dan» les eaux d'Algctiras. Wamba arma uuc cscadriUc qui flnéartlH reno OotUIlc.
Tobligalion du service personnel des clercs soule\ une clameur génértile; quoi qu'il en soit, dans] deuxième loi édictée par Wamba il n'est plus quei tion d'eux dans la catégorie des personnes astreinte au service militaire en temps de guerre.
Le clergé continuait d'ailleurs à jouer un rôl prépondérant et Wamba, malgré sa popularité, r pouvait, sans faire courir de grands risques à £ couronne, se l'aliéner. Les quelques conciles qi se réunirent sous son règne ont peu d'importanc pour l'histoire générale. Le XI® concile de TolècJ (7 novembre 675) nous apprend une partie de maux dont avait souffert le pays pendant les dix-hu années qui avaient précédé, au cours desquelles c n'avait vu aucun synode à Tolède tandis que 1 clergé s'abandonnait à l'hérésie et à la crapuh L'assemblée rédigea une profession de foi déclarai entre autres choses que le Fils de Dieu l'est pa nature et non par adoption et que l'Esprit-Sair était issu du Père et du Fils et envoyé par eux plus loin on disait que les opérations étant indivise dans la Trinité, il s'ensuit que le Fils est envoy par le Père, par TEsprit-Saint et par lui-même Les canons suivants donnent assez à réfléchii On y voit rappelée la manière de punir certain évêques coupables d'homicide, de brutalité, de vo] d'adultère, de séduction, de simonie. Le synode d Braga tenu probablement en la même année mor tre que la discipline ecclésiastique s'était relâché un peu de tous côtés et que d'étranges abus s'é taient introduits jusque dans les rites les plu graves, par exemple, la substitution du lait a vin dans le calice h la messe; ou bien encore 1 consécration d'une grappe de raisin dont on dis
LliS DKRNIERES ANNEES, INVASION ARABE. 3H
tribuait les grains en guise de complément de cornmunion, enfin la défense d employer les vases sacrés à des usages profanes.
Le 14 octobre de Tannée 680, le roi Wamba tomba malade. Les premiers symptômes qui se manifestèrent furent une sorte d'apoplexie accompagnée d*6va non isse ment. Son enlourage parut aussitôt très alarmé pour le salut éternel du malade auquel on voulut, suivantune coutume alors répandue, attribuer les mérites de la profession religieuse, A cet eiïct» on revêtit AYamba de Thabit monastique, on lui coupa les ckeveux et on lui imposa la pénitence canonique. Vers le soir ou le lendemain, Wamba reprit connaissance et sut tout ce qui s'était passé. L'occasion était belle de quitter le pouvoir pour un bomme qui avait répugné à le prendre. Il ne la manqua pas, Un seigneur nommé Ervige qui avait montré plus de sollicitude et de présence d'espiût que personne au moment de révanouissement en eut immédiatement lé bénéfice. Wamba, par une cédule signée de sa main, le désigna pour son successeur. Celui-ci fut en elTet élu, et, le 22 octobre 680, l'archevêque de Tolède, Julien, le sacra. Tous ces événements s'étaient passés si rapidement que ce ne fut que dans les jours qui suivirent qu'on les récapitula et qu on y pensa découvrir des invraisemblances. On combina ainsi un complot dans lequel Ervige jouait un rôle peu recommandable et administrait à Wamba une potion empoivsonnée destinée à Tengourdir et à donner le temps de lui couper la chevelure. Comme il arrive d'ordinaire, ces bruits allèrent se précisant et nous les trouvons chez Alfonse 111 très circonstanciés, beaucoup trop même. Ce qui paraît certain c'est que la rumeur publique était de nature à causer
quelque préoccupation à Ervige, puisque celui-ci éprouva le besoin d'affermir son pouvoir en s'appuyant sur les évéques qu'il convoqua en concile national à Tolède. Ce concile, le douzième de ceux qui se tinrent dans cette ville, dura du 9 au 25 janvier 681. 11 se réunit dans l'église des Saints-Pierre-et-Paul e1 compta, outre Julien, son président, trente-cinq évéques ou archevêques, quatre abbés, trois mandataires d'cvêques absents et quinze grands officiers du palais * .
Ervige ouvrit en personne l'assemblée, et prononça un discours dans lequel il remerciait les évêques de l'empressement qu'ils avaient mis à se rendre à son appel et les engageait à rechercher les moyens pratiques de traverser les jours difficiles où l'on vivait. Le roi s'étant éloigné, on donna lecture, d'après soc ordre, d'une allocution ou tomiis dans laquelle le prince attirait particulièrement l'attention sur deux lois concernant les juifs et les espagnols frappés de mort civile pour cause de désertion ou d'insoumission. La législation établie par les évêques serait appliquée par les gouverneurs civils des provinces.
Le 1'"'* canon confirma l'élection d'Ervige au trône d'Espagne sur le vu de trois documents passablement suspects*-^ et le canon suivant garantit les législateurs ecclésiastiques contre un retour possible de Wamba
i. La répartition des diocèses intitulée Divisio Wambae est apocryphe. L'évêché érigé par Wamba dans la province ecclésiastique de Mérida fut, sur la proposition du métropolitain, supprimé pai le XI1« concile de Tolède.
"1. Un procès-verbal do la pénitence de Wamba, signé par les officiers de service; deux billets de Wamba, l'un déclarant Ervige héri lier du trône, l'autre prescrivant à l'archevêque Julien de procédei au sacre dans le plus bref délai.
LES OERNIEÏIES ANNÉES, INVASION AHAWE.
Mli
au pouvoir. Après avoir comparé la pénitence in e;itremisy imposée par Ten tour âge du malade inconscient, nu baplérno adrainistie à Tenfiint en bas âge par la sollicitude de ses proches, il décide que quiconque aura reçu la pénitence de quelque manière que ce fiït, ne devra jamais retourner dans le inonde, ad militare eingulnm. Toutefois le clerc qui imposera la pénitence à quelqu'un privé de connaissance et qui n'aura pas demandé cette pénitence par des signes évidents, sera excommunié pendant un an. La loi sévère de Wamba contre les déserteurs et les insoumis est rapportée en partie. Les vingt lois décrétées par le roi Ervige contre les juifs sont approuvées et devront être observées à Tavenir, c'est-à-dire : a) la loi qui remet en vigueur toutes les anciennes lois contre les juifs; b] la loi contre ceux qui blasphèment la Trinité; c) rinterdiction aux juifs do se soustraire» eux, leurs fils ou leurs esclaves, au baptême ; rf) la défense de célébrer la pAque juive, de pratiquer la circoncision, de faire aposlasier un chrétien; e) de célébrer les sabbats et fêtes juives ; f] de travailler le dimanche; g) de faire des différences entre les viandes; h) d'épouser leurs parentes; î) d'attaquer le christianisme, de justifier le judaïsme, d'émîgrer afin d'apostasier ;/) la défense à tout chrétien d'accepter d'un juif un présent qui porte atteinte à sa foi ; k) défense aux Juifs de lire les livres condamnés par la foi chrétienne; /) de posséder des esclaves chrétiens; m) la loi concernant la profession de foi des juifs qui se convertissent, elle serment qu'ils doivent prêter; n] la loi concernant les chrétiensqui sont esclaves des juifs et ne se donnent pas comme chrétiens; o] la défense à tout juif, sauf mission expresse duroi» décommander â un chrétien ou de lepunir ; p) la mise en liberté des
de la puissance royale que Toblig-ation de recourir sans cesse aux synodes avait mise à la merci de ces assemblées. A l'avenir, esl-iJ dit, aucun palatin ou aucun clerc ne sera, pour un simple caprice du roi, et ainsi que cela est souvent arrivé, destitué de sa charge, enchaîné, torturé, ou bien puni par la confiscatioD des bienSj ou enfin jeté dans un cachot. Il devra comparaître devant rassemblée des évéques, des seniores et des gardingues* et être jugé par eux. Les autres nobles, qui n'ont pas la dignité de palatins, doivent èlve jugés de îa môme manière, et si le roi vient à les frapper; comme c'est la coutume, ils ne doivent pour cela ni être déshonorés ni être punis par la confiscation des biens. Si à l'avenir un roi vient à attenter à ce décret, il sera frappé d'excommunication,
Laroyaut-é était déjà tellement amoindrie que le roi Ervlge fit conllrmer par le synode unédit rendu pour assurer la tranquillité de la famille royale ; il ajouta Taiiathème contre quiconque poursuivrait, volerait, battrait, humilieraitouintroduiraitde force dans Tétat de pénitence les lils du roi^ la reine, ou tout autre membre de la famille royale, A partir du règne d'Ervige, la décadence de la monarchie visi gothique est entrée dans la période qui ne doit prendre lin que par la ruine finale de l'état. Les concessions se multiplient à mesure que le pouvoir central échappe aux mains affaiblies qui le détiennent. Une loi de ce temps fait droit à une des revendications les plus obstinées des Gotlis, l'abolition de la prison préventive. Désormais les dignitaires de l'Eglise ou de Tétai, de même que tout homme libre, quel que fût le crime dont on
i. Hauts loucl lu uiiatrc^ï iJu paidis.
les décisions de ce synode et d'y adhérer. Un notaire romain, Pierre, fut chargé par Benoît 11 de porter les lettres et de déterminer les évêques espagnols à reconnaître et à sig^ner les décrets du Vl" concile. Le roi Ervige engagea chaque métropolitain à faire, dans des synodes provinciaux, ce que le pape demandait. La province ecclésiastique de Tolède donnerait Texemple. Le quatorzième concile de Tolède se réunit au mois de novembre 084 afin, dit le premier canon, de repousser le dogme pestilentiel d'ApoUilinaire, c'est ainsi qu'on nommait le monothélisme. Pour le reste, ce concile ne présente de remarquable que son président Julien de Tolède, Celui-ci avait eu parmi ses prédécesseurs quelques hommes distingués et même d'une réelle valeur* L'un d'eux, Hildel'onse, goth de naissance, appartenant à une famille de l'aristocratie, a eu sa biographie écrite par Julien. On y voit que la vie des évéques notables de l'Espagne à cette époque reproduit le schéma presque obligatoire des carrières épiscopales de ce temps, llildefonse se fait moine et devient abbé. H assiste en cette qualité aux Vlll" et IX" conciles de Tolède (653 et 655) et s'y fait apprécier pour sa science, tandis que remploi qu'il fait des biens de son père pour la construction de divers monastères lui attire une réputation de sainteté. A la mort d'Eugène II, le roi Recceswinthe fait choix de lui eu qualité de primat de Tolède (novembre-décembre 650, et il occupe ce siège jusqu'au 23 janvier 667. Son activité littéraire est contenue dans quekpies ouvrages dont il donna de son vivant une édition en quatre volumes. Un siècle environ après sa mort, llildefonse était entré dans la légende et son panégyrique par Cîxila de Tolède en a ûxé le trait.
LBSPAGNE CHUETIKNNE.
Eugène son prédécesseur [646-657) a laissé qa^ ques poésies en hexamètres, pentamètres, en vel trochaïques, iambiques et sapbiques^ Après ces al leurs plus saints que lettrés, rarcbevôque Julie qui semble avoir eu quelques rapports avec Eucher dont il cite un vers, marque un réel progrès, Julien était de soucb(^ juive, bien que sa vi»? écrij par Félix de Tolède (en 693 ou 694) n'en dise rie Wamba le fit succéder à Quiricus, il fut sacré 29 janvier 680. Son activité littéraire a été grana et très variée. Son « Histoire du roi Wamba » un de ses meilleurs ouvrages. II a louché à la thé logie, à rbistoire, à ra])ologélique, à la musique, la poésie. Son Ars grammatica, poetica et rhetoriva suit presque mot pour mot Donat, Maxime. Viclorinus,MaIlius, Theodorus, J\jmpeius; Audax et Isidore y sont également cités. lî faut bien tenir pour des téinoigiiages d'activité littéraire ces écrits qui nous paraisseot aujourd'liuî si totalement dénués d'intérêt. On n'avait pas le droit alors de se montrer difficile au sein delà nuit intellectuelle de plus enplu^ obscure dans laquelle s'enfonçait le moyen âge. (^| catalogue des hommes illuslres que llildefonse poursuit à partir du jour où a disparu Isidore ne contient que des noms sans importance et nul talent. Les seuls témoignages qui révèlent la préoccupation persistante de Tesprit sont la présence des écoles dont les conciles de Tolède s'occapent pour en prescrire l'ouverture ou en montrer lo bon fonctionnement, faut compter en outre les écoles monastiques Dume près de Braga, de Biclar, d'Agalia près Tolède, de Servitum dans la Carthaginoise, de Caii lianum près de Mérida. Nous ne sommes pas très bien instruits sur ce qu'on y apprenait, mais
LKS DEIINIÈIIES ANNÉES. INVASION ARABE, 349
général on s'y occupait à quelques travaux. Les Goths s'étaient piqués d'émulatiûo et voulaient tenir tête aux Romains ; les évêques Masona, Jean de Biclar^ Hildefonse, Fructueux sont tous Goths; les rois Sisebut, Recceswinthe et Wambaont des prétentions littéraires, saint Branlion est en correspondance avec deux rois et cinq ou six Goths de qualité. 11 semble donc qu'on ait cédé a des opinions préconçues quand on a représenté le clergé gothique comme responsable de la décadence de FEglise d'Espagnu. Il s'en faut que le clergé hispano-romain donnât l'exemple de toutes les vertus, llabentius, évéque d'Ecija, est condamné pour calomnie, emploi de témoins subornés et usurpation de siège, en 638; Kusèbe de Barcelone, convaincu d'avoir fail métier d'entrepreneur de jeux, est déposé entre 6i2 et 621 ; Potamius de Braga est condamné pour incontinence en 656. Justus se répandait dans des sociétés mondaines et y chantait sur la lyre des chansons lubriques. Ces exemples, qui ne sont qu'un choix entre bien d'autres, laissent douter que la corruption des classes dirigeantes soit imputable aux Goths ^
Le mélange des races s'opérait d'ailleurs peu à peu. Depuis Tannée 583 une loi avait supprimé Tinterdiction de mariage entre Visigoths et Hispano- Romains; interdiction qui n'était elle-mume que Tapplicatlon d'une loi romaine de Valentinien P' (28 mai 3(35) que les rois visigoths avaient maintenue jusque-là dans le code d'Alaric. Au vu" siècle, cette
i. Un ne saurait dViIteurs pr4>tciidrc dresser des âtatistiques d'une rigueur absolue pttree que beaucoup de Goths adoptaient des noms latins; par exemple : Jean (de Diciur) : Fructueux (de Dragal; Renovatus(dc MOrida) ; le <Juc Paul -, Sinctlcius, Dt'idonuro, eic.
3ftO
I ËSPAG^CK CHRÉTIENNE.
fusion s'affirmait dans TabaDdoû progressif de la ^e gothique. Les Goths semblaient avoir oublié lei langue; mais la lan^ie latine ne s'en trouvait pj mieux. On voîl, en effet, saint Isidore recommander aux clercs de surveiller leur prononciation et de s< souvenir de Taccent afin que les incongruités phonè tiques qui êmaillaient leur conversation ce^ de divertir à leurs dépens les personnes bien Les Suèves eux aussi avaient adopté le latin et le apôtre, saint Martin de Braga, ne s*adresse à ei que dans cette langue.
Il nous reste maintenant à voir ce que furent les dernières années du royaume visigolliiquey ^^
Egiea inaugura son règne par la convocation d'u^H concile qui fut le quinzième de Tolède et comprî^^ soixante etun évéques, plusieurs abbés, des mandataires d'évêques et dix-sept grands du royaume. L'a semblée se tint dans la cathédrale et s'ouvrit le 1 mai 688. < Illustres pères, au milieu desquels je croi voir siéger Jésus-Christ lui-même, dit le roi, je me sens enveloppé dans le réseau d'un double serme; et je ne puis observer Tun sans violer l'autre; cat passerai également pour un parjure si. contre la ju tice que j'ai promis de rendre k mes sujetsje conserva àlafamilleduroi Krvige des propriétés mal acquise: ou si, pour rendre justice à mon peuple, je frappa leurs personnes ou leurs biens des châtiments qu'ils ont tnérités. y> Les Pères de Tolède trouvèrent un accom modem enL D'après eux, le second sermeu; déliait du premier. Celui-ci n'était que particulie celui-là était général et il enveloppait l'autre ; 1 premier tendait à assurer l'avantage de quelque! individus^ l'autre préparait Tavantage de tous. Oj fallait-il sacrifier le bien de tous au bien de quelque;
uns et faire acceplion de personnes aux dépens des intérêts du pays? Non assur<^menl ! Kn conséquence, le roi Kgîca était relevé de son premier serment el autorisé à comprendre tous ses sujets dans une commune aiïection, mais sans acception de personnes.
Le synode eut h s'occuper d une question plus délicate encore. Pour exprimer leur adîiésion à la doctrine ortliodoxe du sixième concile œcuménir|iie, les évêques espagnols avaient, deux ans auparavant, envoyé a Rome un mémoire composé par Julien de Tolède et intitulé Liber re.sponsionis /îdet nostnte ou encore Apologia, 11 comprenait quatre diapitres. Les Romains, à qui il ne déplaisait pas de donner un alTront public au primat de Tolède, lurenl T Apologie et levèrent les bras au ciel. Elle contenait des propositions malsonnantes, elle était renvoyée à corrections. Julien u'étaît pas homme à prendre TaJarmc. Au pape Benoît II qui blâmait les mots : volnnfas gennft polt(niaiem^ il répojidit qull l'avait mal lu ou bien qu'il ne l'avait pas su comprendre. Le prestige du primai, suspecté à Rome, risquait d'être ébranlé, aussi Julien commença une seconde Apologie dans laquelle, à Taide de son érudition patristiquc qui était étendue et exacte, il démontra qu'il s'était exprimé comme les Pères de TEglise eux-mêmes. Le synode se rangea de son côté et déclara que <r pour ce qui est de Tbomme, on ne pouvait pas dire, il est vrai, que la volonté engendrait la volonté, car sa volonté sort de Tesprit. Dans Dieu, au contraire, vouloir etpenser étaient une seule et même chose. Athanase et Augustin s'étaienlenx aussi exprimés de cette manière. Dans le second chapitre du Liber responsionts on avait parlé de trois substances dans le Ciirist, ce que le pape avait blâmé. Il avait tort. Tout
homme en effet se compose de deux substances, le corps et Tâme ; dans le Christ il y avait en outre une troisième substance, la nature divine ». Les Pères et même la sainte Kcriture se trouvaient encore ici pour les Espagnols qui avaient extrait presque mol pour mot leurs III* et 1V« livres des ouvrages de saint Ambroise et de saint Fulgence et personne n'était en droit d'attaquer ces Pères. Désormais, les membres de Tépiscopat espagnol étaient décidés à ne plus discuter avec quiconque n'adhérerait pas à leur doctrine extraite des Pères et ils concluaient en reconnaissant que leur réponse était de nature à ne déplaire qu'à des rivaux ignorants. Le pape et ses théologiens n'avaient pas l'habitude d'être ainsi menés tambour battant. La réponse des évêques de Tolède et la deuxième Apologie de Julien les convainquirent que pour cette fois il fallait rendre les armes et rompre la chicane.
D'autres difficultés et de plus grands périls signalèrent le règne d'Egica. Julien de Tolède mentionne dans son Prognosticon une expédition militaire, en 688, dont il ne nous fait pas connaître le but; peut-être est-ce une tentative de débarquement opérée par les Byzantins sur le littoral oriental de la péninsule et renouvelée sous Witiza, tentative dont 1' « Anonyme de Cordoue » a gardé le souvenir. La guerre extérieure était cependant moins funeste que les mouvements continuels à l'intérieur. A la mort de Julien de Tolède on lui avait donné pour successeur Sisbert (690); celui-ci se mit à la tête d'une conspiration. Egica, voyant tous ses efforts pour rétablir la paix échouer misérablement, employa les répressions sanglantes. Le seizième concile de Tolède (2 mai 693) laissa voir son dessein. L'archevêque Sisbert, con-
3âa
vaincu d'avoir comploté le massacre du roi et de la famille royale, fut excommimié, déposé, exilé, et remplacé par Félix de Sêville. Ce complot n'était pas le seul qu'on eût à réprimer Les Juifs, exaspérés depuis longtemps par la politique des rois visigoths, principalement par Ttipplica lion rigoureuse des lois d'Er\Tge, avaient tramé avec leurs coreligionnaires d'Afrique une conjuration ayant pour but la destruction générale du christianisme dans la péninsule et rintroduction des Arabes dans le pays à condition d'obtenir les ouVies francliises qui avaient été accordées aux Juifs résidant dans la T ingitane. Le dixseptième concile de Tolède fut réuni à cette occasion, le 11 novembre 694. Les Juifs avouèrent tout et on les condamna, sauf ceux de laNarbonnaise, à être mis en esclavage jusqu'à ce qu'ils eussent donné des gages d'une conversion sincère. Cet esclavage devait être subi hors du lieu natal de chacun de ceux qui y étaient réduits; les enfants, dès Tàge de sept ans, étaient soustraits à leurs parents pour être instruits et élevés dans le christianisme. Les Goths lurent à peine moins mal traités que les Juifs; pendant quelque temps ce fut une suite ininterrompue de confiscations, d'exils^ d'emprisonnements, de condamnations à mort. Mais la répression fut efficace, Topposition et les complots disparurent, tout rentra dans la paix. Ces dernières années de bonheur que connut TEspagne furent les dernières de ïa monarcliie visigothique. Cette période dura peu, mais nous possédons sur elle des indications sulTisantes pour nous représenter l'état du pays pendant la fin du vu'- siècle et le début du siècle suivant.
L^aisance et le bien-être reparaissaient en Rspagne aussitôt que les violences s'interrompaient quelque
temps. Les colons libres ou serfs vivaient contents de leur sort et on ne redoutait plus aucune révolte rurale analogue à celle des Bagaudes dans les derniers temps do la domination romaine * . On remarquait même, de la part des paysans, un certain atta- ; chement au sol bien qu'il se manifestât sous une forme
î un peu rude. Les colons de Tun des domaines du tîsc
I donné à Tabbé africain Nunclus et à ses moines par
j le roi Léovigild, s'indignent à la vue de la pauvreté
I de leur nouveau maître et pour s'en débarrasser, le
tuent Les colons de l'Église de Mérida que l'évêque \\ ^ > intrus emmenait avec lui en quittant la ville, se la-
mentent à ridée de quitter leurs familles et leurs terres. Les affranchis, que Tacte de manumission avait !• mis en pleine possession de leur liberté, sans aucun
[j lien de dépendance envers leurs anciens maîtres, se
ij trouvaient placés sur un pied de parfaite égalité avec
les ingénus ou libres de naissance ; la loi finit par consacrer celte égalité que l'usage avait introduite et le roi Wamba permit à cette sorte d'affranchis d'épouser des personnes de naissance libre, ce qu'il interdit absolument à tous les autres. Quant aux esclaves j)roprement dits, plus humainement traités au |j|j 1 temps des rois goths de Tolède qu'ils ne le furent
jamais peut-être, ils avaient été l'objet d'une confiance singulière. Loin de consacrer la suspicion qui caractérisait l'attitude de la loi romaine à leur égard, laloi gothique prescrività tout Goth, Suève ou Romain
Hi
1. Les Bagaudes disparurent de l'Espagne avec la domination romaine. En 449, Basile, leur chef, s'empare de Tarragone et la pille, après avoir égorgé la garnison des confédérés barbares et Tévéque Léon, puis, vers la fin de la même année, en compagnie de Rechiaire et de ses Suôves, il ravage le teritoire de Saragosse.En 453, Frédéric, frère du roi Théodoric II, extermine avec des Visigotlis les derniers Bagaudes dans la Tarraconaise.
propriétaire d'esdaves d'équiper militairement la dixième partie d'entre eux et de marcher à leur tète cîiaque foi« qu'il allait à la guerre. Dès qu'on lui avait mis les armes à la main, le tempérament de l'Espagnol reparaissait; son mépris du danger et de la mort, loin d'elre des qualités appréciées, semblaient au propriétaire autant de préjudiees graves portés à ses intérêts par ces esclaves tpii étaient sou bien et dont le goût pour Vhéroïsnnj lui causait des pertes sèches. Aussi s'efTorçait-il de son mieux de soustraire ses gens au service armé que leur im])Osait le code militaire et luttait-il au nom deFîntérètprivé menacé contre le roi uniquement préoccupé de Tintérét général. Cette opposition des maîtres avait encore une autre raison. L'esclave gravissait les échelons de Tordre social avec une rapidité qui devenait une menace pour Tordre établi. On le voyait, comme à Byzance, revêtir les plus hautes charges du palais, siéger ace titre dans le conseil de la nation, parmi les ducs, les comtes, les évêques, les abbés, parfois peut-être à côté de son ancien maître.
L'homme, de naissance barbare ou romaine, possédait généralement le maximum de la liberté que Ton pouvait souhaiter en ce temps. Nous avons mentionné à ce propos le canon du XI II'' concile de Tolède qui interdit Temploi des mesures de rigueur préventives : arrestations, interrogatoires, question ordinaire et extraordinaire, saisies, dégradations, coniîscations.
Il semble en outre que nous ne devons pas accueillir à la lettre ces longues séries d'ana thèmes, de répressions plus ou moins impitoyables qui remplissent les canons des conciles. Telle ordonnance est si rigoureuse qu'il eût sufTi de Tappliquer pour faire
disparaître le mal qu'elle prétend atteindre; or, les prescriptions reparaissent périodiquement, preuve qu'elles n'ont pas produit Teffet radical qu'on en attendait. Le concile de 693 nous apprend que les restes d'idolâtrie contre lesquels s'élevait saint Martin de Braga se sont maintenus. Les évêques, les prêtres et juges ont ordre de s'opposer au culte des pierres, des arbres, des sources; les délinquants sont punis d'une amende ou de cent coups de bâton ; dans ces conditions on s'explique la persistance du paganisme. Goths et Hispano-Romains vivaient dans un bon Raccord relatif. Depuis l'abrogation de la loi de Valentinien I'"^ relative aux mariages entre Romains et barbares, les races se mêlaient, confondaient leur sang et, ce qui est bien plus puissant, leurs intérêts. Le partage des terres imposé aux anciens habitants par les premiers conquérants de 409 était aussi parfaitement oublié que peut l'être de nos jours un épisode des guerres de religion avec les conséquences qu'il aurait eues. Les grands propriétaires avaient seuls été atteints et lésés parce partage, ce qui, loin d'être mal vu des paysans, avait dû leur agréer fort; quant aux historiens et chroniqueurs contemporains, ils ne s'en occupent pas et la mesure ne nous est connue que grâce à un texte de loi^ Il est en outre assez vraisemblable que, soit dans la Tarraconaise où les Visigoths imposèrent le partage aux anciens habitants du pays, sous le roi Euric de Toulouse, soit dans les autres provinces, où, comme nous l'avons dit, ces mêmes Visigoths se substituèrent aux premiers partageants, cette opération fiscale onéreuse
4. Forum Judicum, t. X, I. i, 8. On voit par cette loi, et ce fait est confirmé par la loi suivante, que le partage en question n'avait pas eu le caractère d'universalité qu'on lui prête parfois.
LES DERNiKRES ANNÉES. INVASION ARABE. 357
à raristocratie hispano-romaine, amena pour le reste de la population espagnole, composée presque en totalité de pauvres gens, lui chaugemerit de situation tout à son avantage. Les GoUis, en elTet, pasteurs et nomades, comme tous leurs congénères, ne s'entendaient que mcdiocrement en agriculture. Trop peu nombreux d'ailleurs pour sulfire au dérricliement et à la mise en rapport d(?s vastes domaines qui venaient de leur échoir en partage, ils ne demandaient pas mieux que de louer — ne pouvant pas aliéner — aux Espagnols pauvres celles de leurs terres que leurs propres esclaves ne pouvaient cultiver, ou qui n'étaient pas nécessaires à rentreticn de leurs troupeaux. Or, comme les conditions du coîonat libre chez les Visigoths étaient équitables et rémunératrices, il est ti^ès probable que T en tente se lit aisément entre Tottrant et le demandeur et que beaucoup d'Hispano-Romains étaienl devenus les colons et les clients des nouveaux propriétaires du sol '. Ces Hispano-Romains arracliés âla misère pnr les Visigoths, ne nourrissaient pas évidemment contre leurs bienfaiteurs Tautipathie nationale qu'onpréte si volontiers à leurs compatriotes.
Depuis la conversion des Visigoths une détente notable s'était produite parce que désormais les revendications religieuses disparaissant enlevaient aux reveudications patriotiques Tesscnce subtile dentelles s alimentaient. A la fraternité religieuse s'ajoutait la fraternité d'armes. Tous se battaient pour leur pays sur les mêmes champs de bataille, contre les mômes ennemis. Cette fraternité religieuse, à elle seule, eût
I, Sur le colonat, les pairons el les clienls, rf» Forum Judicum^ h V, t. IIL Le métîiyajçe parait a\oir élu la condition urdinain? ilu t<»lonat liUre sous les roi» gotlis de Toh^de. îbid.r l.llî, t IV.
d'ailleurs promptement amené la fusion complète des deux races qui se partageaient TEspagne. Cela est si vrai que, dès avant le retour en masse des Visigoths au catholicisme, la fusion était accomplie entre les quelques Goths déjà catholiques et les Espagnols. Nous en trouvons l'incontestable preuve dans le fait de Télévation du goth Masona sur le siège métropolitain de Mérida par le suffrage unanime du clergé et du peuple de cette ville, Tun et Tautre presque exclusivement composés d'Hispano-Romains (571). Quelques années plus tard nous constatons un fait analogue dans le monastère goth fondé et gouverné par Jean de Biclar et dans ceux de saint Fructueux, goth ou suève d'origine, où les Hispano-Romains et les Goths vivent ensemble. Dans les derniers temps de l'Espagne gothique, sous les rois Wamba et Ervige nous en trouvons de nouveaux exemples dans la vie de saint Julien de Tolède. Juif de race, né de parents convertis un peu malgré eux au christianisme, Julien est promu par le goth Wamba à la pi»imatie de Tolède et choisit tour à tour les amis les plus intimes de sa jeunesse et de son âge mûr, l'un, Gundila, parmi les Goths; l'autre, Idalius, parmi les Hispano-Romains*. Qu'on se rappelle les anathèmes prodigués par les conciles, composés en majeure partie d'Hispano- Romains, à l'adresse de ceux qui attaquent la dynastie visigothique ; les aménités que les écrivains de vieille souche latine assènent un peu lourdement sur les libérateurs et les réorganisateurs de l'Espagne
1. En Espague, un nom goth porté par un personnage d'origine inconnue est, du v" au ix® siôcle, un indice certain d'extraction gotliique. A rencontre des noms germaniques, les noms grecs ou latins ne permettent rien de plus que des conjectures quant à l'extraction des personnages qui les portent. C'est le cas pour Idalius.
et les éloges qu'ils leur prodiguent et an devra reconnaître t|Lio vaincus et vainqueurs formaient bien un seul peuple au moment où F in vas ion arabe vint tout remettre en question-
Les Visigoths avaient pris à cœur de justiOer les éloges les plus hyperboliques par la résolution avec laquelle ils travaillaient à rendî^e aussi intime que possible celte fusion que les Hispano-Romains acceptaient de si bonne grâce. On ne trouvera qu'à grand'peine des conquérants aussi empressés à découvrir et à appliquer les moyens les plus efficaces de se perdre au sein des populations conquises, par leur assimilation complète avec elles. L'assimilation religieuse n'avait connu ni restrictions, ni réserves- Les Goths de Rcccarède, en abjurant Tarianisme, avaient renoncé du même coup à leur discipline, à leur liturgie, aux livres de leur secte. Avides d'ortliodoxie, ils professaient solennellement, bien avant que rKjj'lise de Rome Teût proclamée, la procession du Saint- Iilsprit et Tinséraient au Symbole. Rots goths et évoques espagnols étaient désormais liés parTîntérèt et même par Lamitié, une amitié qui paraît sincère. Cette entente assurait Tintégrité de la foi et Textirpation complète des vieilles erreurs arienne et priscillienne tandis que malheureusement TEglise et TÉlat s'affaiblissaient de concert.
Cette même entente de Tautorilé royale et de r autorité ecclésiastique ne produisit pas de moins heureux fruits dans l'ordre des mœui^s que dans celui des croyances. Grâce à elle, la moralité publique monta peu à peu et s'éleva, vers les dernières années du royaume de Tolède, à un niveau qu'elle n'avait jamais atteint jusque-là, niveau bien supérieur à celui où nous la voyons arrivée à l'époque la plus flo-
rissante de TÉglise hispano-romaine, lorsque se ferme Tère des persécutions, au débuH du iv® siècle. Si on se reporte aux révélations que les canons du concile d'Elvire nous ont faites sur les mœurs du temps, qu'on les rapproche de ce que nous apprennent les canons du 1*^ concile de Tolède, en 397, et du concile de Lérida, en 546, avant Feutrée en masse des Visigoths dans TÉglise catholique, et qu'on compare les résultats qui se tirent de ces documents aux renseignements que nous fournissent les conciles de Tolède tenus en 683, 693, 694, de Saragosse en 691, on verra que presque tous les vices et les désordres dont les anciens conciles signalaient l'existence dans la société hispano-romaine ont disparu de la société hispano-gothique à la fin du viii® siècle. L'inceste, l'adultère public, les divorces multiples, la prostitution des jeunes filles par leur mère^ l'avortement, l'infanticide, la profanation des cimetières par des orgies infâmes, les prêtres usuriers, trafiquants, les vierges consacrées se livrant à la débauche ou livrées à la violence, les drames domestiques, la violation des asiles, les assassinats entre clercs, la délation ont disparu de la série des iniquités dont les évêques recommandent la suppression. Non assurément que l'Espagne gothique ignorât Timpudicité et les autres crimes que nous avons énumérés, mais l'omission qui en est faite donne lieu de supposer que leur fréquence avait beaucoup diminué. Par contre, on retrouve mentionné le progrès de la sodomie, cette révolte de la dépravation égoïste contre le plus social de tous les instincts. On la constatait dans tous les rangs du clergé. Les superstitions païennes, le suicide, le parjure, font, par contre, leur apparition. Le clergé nous apparaît singulière-
LES DERNIERES ANNÉES, INVASION ARAliË,
ment ignorant quand nous lui voyons reprocher rtïmplai du lait à la place du vfn dans le calice et plus impudent encore lorsque des prêtres se contentent de tailler une mielie dans lenr pain de ménage alin de le consacrer a la messe au lieu de faire usage d'iiosties ; ailleurs on recommande aux clercs de ne pas vendre les vases sacrés et les ornements d*église. ou bien de ne pas dire des messes des orts pour des vivants afm de les faire mourir bientiM.
Sans doute, il uy a dans tout cela rien que de condamnable, néanmoins, dans Tensemble, le niveau s'GvSt relevé et il ne semble pas qu on doive accepter les invectives lancées à la légère contre les Visigotlis alors que Visigoths et Hispano-Romains s'étaient presque complètement fondus en un seul peuple. Le roi Egica y avait contribué pour sa part en donnant une dernière revision du code liispanogotlûque dont il cbangea quelque peu rordonnance première et qu'il augmenta d'un livre entier, le douzième* Il est l'auteur de treize lois. C'est sa contribution à la grande œuvre législative désormais fixée telle qu'elle nous est parvenue. En 598, Egica, âgé de soixante-dix-sept ans, associa nominalement son fils Witiza à sa couronne, mais sans lui confier le pouvoir. En 700, Witiza recevait le pouvoir réel que r affaiblisse ment d' Egica ne lui permettait plus de garder et, vers le mois de janvier-février 701, Égica mourait laissant Witiza seul roi d'Espagne,
Egica avait disposé de la couronne en maître absolu. Une fois de plus l'élection du nouveau roi avait été omise et on ne voit pas que cette violation du droit national ait provoqué aucune protestation, tout au contraire le règne de Witiza parait être une période l'emuc^ke chrétienne, 21
de paix et de prospérité générale. Aux répressions sévères succède Toubli et le pardon. Les exilés des règnes précédents sont autorisés à rentrer chez eux ; les Juifs eux-mêmes jouissent de quelque répit, beaucoup d'entre eux sont amnistiés. Les actes du dix-huitième et dernier concile de Tolède, tenu en 701, étant perdus, nous sommes privés d'un de nos plus précieux moyens d'information.
Ces années paisibles du règne de Witiza sont marquées, en 709, par une victoire navale de Theudimer sur une flottille de mahométans. 11 semble que ce succès militaire aura pu coïncider avec une détermination mal préparée par Witiza. Nous inclinons à penser que, profitant du prestige récent de ses armes, le roi visigoth aura voulu imposer son successeur. Toujours est-il qu'en l'année 711, le sénat de la nation invita Rodrigue à s'emparer du trône. Le motif de cette décision se laisse peut-être entrevoir dans un fragment de VEpitoma. Ce fragment ne se trouve plus à sa place, ceci n'est pas douteux, mais d'autre part il est très difficile de lui assigner une date. On y trouve l'indication d'un drame dans le palais, drame dont les survivants épouvantés s'enfuirent dans toute l'Kspagne. Il n'est pas possible d'établir une explication d'après un indice si vague, mais il faut le recueillir néanmoins en attendant de plus grandes lumières.
En déférant la couronne à Rodrigue, le sénat ne faisait qu'user des droits que lui conférait la constitution gothique et son élu devait, en cas de succès, se considérer comme l'élu légitime de la nation. Cet événement se passait en janvier-février 711 et il paraît vraisemblable que les hostilités commencèrent peu après. Witiza mourut, d'après les plus
LES DKRÎSIEnES ANNEES. INVASION ARABE.
grandes vraisemblances, à Tolède, avant la prise de la ville par Rodrigue qui, selon rancien usage, y reçut la consécration royale, La mort de Wiliza n'avait pas mis fin à la guerre qui durait encore au mois de juillet. L'époque précise de la paciticatîon n'est pas connue; elle doit avoir eu lieu peu fiprès, Rodrigue la facilita en faisant preuve de modération. 11 maintint à Tolède le primat Sindérède, créature de Witiza, et licencia son armée à l'approclie de rhiver.
Pendant ces événements Rodrigue, qu'on croit avoir été duc de Bétique, avait quitlé son gouvernement et aussitôt un corps de débarquement venu de la Tingltane abordait en Bétique. 11 était envoyé par Monçâ-ibn*Nocair et se composait d'Arabes, de Maures et de Berbères commandés par Tàric-ibn- Ziyftd et sous lui Abou-Zara-Tarîf, Cette avantgarde s'empara d'Atgeciras, d'Ecija, de Rayya, d'Elvire» de Cordoue. Rodrigue ne pouvait songer à intervenir, occupé qu'il était à soutenir son droit contre Witiza, et Mouçâ dut ôtre averti de cette circonstance qu'il mit à profit. Dès la iin du mois de juillet il débarquait en Espagne avec un personnage nommé Urbain S africain de naissance et catholique de religion, devenu, dès avant 711, l'ami et le confident du gouverneur de T Afrique miisulmane.
Un récit arabe intitulé Akhbdr Madjnioua contient une exposition détaillée de toute celte campagne de 711-712. 11 est impossible d'y accorder la con-
i. Cet Urbain a iHê ideotitié avec le cooile JulieDt ancien gouver* iieur de Ceuta. Quanl à la légende des amours coupables «Je Hodrîgue avec la fille de Julien et de la résolution prise par cclaicl do se venger vu détrùuant Itodrigue à l'aide de Mou*;iit c'est une légende dans legoiU de celles i|ue les gens dti moyen i\ge aul)stiluainut à rhlstoire.
fiance à laquelle une relation historique aurait droit*. Cependant on y relève nombre de détails qui donnent la physionomie de la situation et à ce titre la composition légendaire prend à nos yeux une certaine valeur. Toutefois nous ne donnerons ce récit qu'après avoir résumé ce qu'on peut appeler Vincontestable dans l'histoire de la chute de la monarchie visigothique. En 712, au printemps, Rodrigue s'ébranla avec une armée de 60 à 70.000 combattants, franchit les défilés de la Sierra Morena et déboucha en Bétique dans les premiers jours du mois d'avril. Les musulmans comptaient 35.000 hommes et les débuts de la campagne furent favorables à Rodrigue. Une chronique mentionne une bataille dont la durée ne serait pas moindre de sept jours ; il y a là probablement une façon imparfaite de s'exprimer et on peut supposer que, après avoir pris le contact avec l'ennemi, Rodrigue engagea journellement des combats avec lui pendant une semaine, combats toujours heureux d'où Tàric et Mouçà se retiraient en mauvais état. Tarie avait le premier rencontré Rodrigue, il subit un désastre dont la gravité ne nous est pas connue et courut opérer sa jonction avec Mouçâ, à Guadalete. Târic et Mouçâ eurent alors une rencontre générale avec l'armée de Rodrigue qui, trahie par le contingent que commandait Oppas, fils de Witiza, fut mise en déroute, Rodrigue disparut dans le combat et son sort n'est pas connu avec certitude. Cent soixante ans plus tard, on découvrit à Viseu, enLusitanie, dans le cimetière d'une basilique, une pierre tombale avec cette inscription^ :
4. Dozy a exalté et Tailhan déprécié ce récit. L'un et l'autre semblent avoir passé la mesure.
2. Hùbner rejette cette inscription commefausse. Elle n'est connue
HIC REQVIESCIT RVDERICVS REX GOTHORVM
Ainsi périt le royaume visigothîque. Tolède ouvrit ses portes et Mouçâ remonta jusqa^à Sarjgosse, pillant et brûlant toute ville qui faisait mine de résister. Les nobles et les hommes de condition étaient crucifiés, les gens de peu étranglés, lesfemmes etîes jeunes filles violées oumisesenréser%^e avec les adolescents. Dans les derniers jours d'octobre de lannée 712^ la Bétique, partie de la Lusitanie, la Carthaginoise et la Tarraconaise étaient aux mains des Arabes, Quel ques braves s'étaient réfugiés en Galice; c'était Tàme de la patrie espagnole qu'ils emportaient avec eux, non pour TeDscvelir mais pour préparer, par répëe, sa résurrection.
Nous pouvons maintenant transcrire la légende arabe de VAkhbdr Madjmoua.
« Mouçâ continua sa marche pour aller attaquer les villes de la côte africaine, dans lesquelles se trouvaient des gouverneurs nommés par le roi d'Kspagne^ qui s'étalent emparés de ces villes et de leurs territoires. La principale de ces villes était Ceuta, dont le gouverneur était un chrétien nommé Julien*. Plusieurs autres villes des environs étaient sous sa dépendance. Mouçâ Tattaqua ; mais ayant éprouv»^ que les sujets de Julien étaient plus forts et plus braves que les peuples qu'il avait attaqués jusquelà, il retourna à Tanger, et ordonna de ravager \vs campagnes voisines de Ceuta. Les razzias qu il fit faire n'eurent pas Teffet qull s'en était promis, car
<juc par lies manuscrits. Le mot ultimus qui »iiil Rud^ricu» inirnU être une irUejpolalittn d'uti copiste.
1. Sur ce pcr&onri(iK(^^ exarque de Ccula. cf, R. DciitY, op,cit\t t* t, |>* S7-65 et IL LfXLEKcy» L'Afrique chnUienn^, hi-li, PiHs» 1904, L 11^ p,.tt4.
366 L'£SPAGM£ CHRETIENNE.
des navires venant d'Espagne apportaient sans cesse des vivres et des renforts aux habitants de Ceuta ; en outre ceux-ci, remplis d'amour pour leur patrie, combattaient avec vigueur pour défendre leurs femmes et leurs enfants.
Sur ces entrefaites, le roi d'Espagne, Witiza, vint à mourir. 11 laissa plusieurs enfants parmi lesquels se trouvaient Sisebert et Oppas; mais comme les Espagnols ne voulaient pas d'eux, la discorde éclata dans le pays. On convint de donner le trône à un chrétien nommé Rodrigue. C'était un vaillant guerrier; il n'était pas de la famille royale, mais c'était un des meilleurs généraux de l'Espagne. Il fut donc proclamé roi.
La coutume voulait que chaque noble espagnol envoyât ses fils et ses filles au palais du roi, qui résidait à Tolède, alors la capitale de l'Espagne. Les enfants des nobles y recevaient leur éducation ; eux seuls avaient le droit de servir le monarque, et dans la suite épousaient les jeunes demoiselles que le roi dotait. Rodrigue, quand il fut monté sur le trône, devint épris des charmes de la fille de Julien, et satisfît sa passion. Informé par une lettre de ce qui était arrivé, Julien entra dans une grande colère. f « Je jure par la religion du Messie, s'écria-t-il, que
I je le chasserai de son trône et que je creuserai un
f abîme sous ses pieds ! » Par conséquent il fît dire à
1 Mouçâ qu'il se soumettait à lui, l'invita à venir et
I lui ouvrit les portes de ses villes, après avoir conclu
[ un traité avantageux, de sorte que lui et tous ses
( sujets n'avaient rien à craindre. Ensuite il lui parla
( de l'Espagne et l'engagea à la conquérir. Ceci eut
! lieu vers la fin de l'année 90 (avant le 8 novembre 709) .
Mouçâ écrivit à Walîd [le calife] pour lui donneir
avis de raccroissement de son territoire et du projet de Julien. Walîd lui répondit : « Faites explorer l'Espagne par des troupes légères, mais gardez-vous d'exposer les musulmans aux périls d'une mer orageuse. — Ce n'est pas une mer, lui répondit Mouçâ, ce n'est qu'un détroit de si peu d'étendue que d'ici on peut voir la côte opposée. ^ N'importe, lui répondit Walîd ; faites explorer le pays par des troupes légères. » Mouçâ envoya donc en Espagne un de . ses clients , nommé Abou-Zara-Tarîf, avec quatre cents hommes et cent chevaux. Ces troupes après avoir passé le détroit dans quatre bâtiments, abordèrent à une péninsule nommée Andalos. d'où les navires partaient d'ordinaire pour se rendre en Afrique etoù se trouvaient les chantiers des Espagnols. Cette péninsule fut depuis appelée celle Je Tarif, puisque cet officier y aborda. Quand toutes ses troupes furent débarquées, Tarif se mit à piller les environs d'Aïgéçiras, emmena en esclavage des femmes si belles que ni Mouçâ, ni ses compagnons n'avaient jamais vu de pareilles beautés, s'empara de beaucoup d'argent et retourna sain et sauf en Afrique* Ceci eut lieu dans le mois de Ramadhân de Tannée 91 (juillet 710), L'heureux succès de cette expédition ayant enllammé cheîî les musulmans leur désir de se rendre maîtres du pays, Mouçâ y envoya un autre de ses clients, le général de son avant-garde, qui s'appelait TàriC'ibn-Ziyâd. C'était un Persan de Hamadân; il y en a qui disent qu'il n'était pas client de Mouçâ, mais client de la tribu do Çodif. Les sept mille musulmansqui accompagnaîentTâric et qui, pour la plupart, étaient berbères et clients (car il n'y avait que peu d'Arabes parmi eux), passèrent successivement le détroit dans les quatre navires dont nous avons parlé.
364 L £SPAG5Ë CHRETlE^iNE.
les musulmans n'en ayant pas d'antres. Ceci arriva en 02 '29 r>clobre 710-octobre 711;. Au fur et à mesure que les navires lui amenaient des hoqimes et des chevaux, Târic les réunissait sur une montagne escarpée de la côte * .
a Quand le ror, sdorsen guerre contre Pampelune, eut reçu avis de Texpédition de Tarir, il la jugea dangereuse et quitta le pays de Pampelune pour se diriger vers le Nlidî. Puis, quand Târic eut débarqué en Kspagne, Rodrigue réunit contre lui une armée,, d'environ cent mille hommes, dit-on.
Informé des préparatifs de Tennemi, Târic écrivit à Mouçâ pour lui demander des renforts et pour lui dire que, grâce à Dieu, il avait pris Algéçiras et qu'il était maitrc des environs du Iac^ mais qu'à présent le roi d'Espagne marchait contre lui avec une armée à laquelle il ne pourrait résister. Mouçâ, qui depuis le départ de Târic avait fait construire des vaisseaux et qui maintenant en avait beaucoup, lui envoya cinq mille soldats. Les forces de Târic s'élevaient donc à douze mille liommes. 11 avait déjà fait un butin fort considérable. Julien, accompagné de plusieurs Espa- ^^nols, se trouvait auprès de lui et lui rendait d'utiles services, il l'informait de tout ce qui venait à sa connaissance et lui indiquait les côtés faibles de l'ennemi.
Rodrigue, accompagné des nobles les plus considérés de son royaume, alla donc à la rencontre des musulmans; mais dans son armée se trouvaient aussi Jcs princes de la famille de Witiza^. Ayant appris que les musulmans étaient pourvus de tout ce qu'il leur
i. Sohal-Târic : (îlhraltar.