Ibn-Adhârî, II, p. h
ï>. lOn-I'AlInr, édil. Torndekg,!. IV, p. 44 J.
LESPAGNK CHRETIENNE.
cher. La réponse était assez honorable, somme touteij puisqu'elle donaait à la défaîte des raisons qui épar J gnaientle point d'honneur militaire. Environ un siècle après la bataille de Xérès on ne donnait pliig d'autre explication. Une Chronique dit en propres termes : Sed peccatis exigentibus^ picti sunt Chri^ slianiK Dans une charte de 812, on lit : « Les Gotha vous avaient tellement offensé par leur orgueil, Sel J gneur, qu'ils méritaient de périr sous le glaive des Arabes*, w En 92^i, Sanchede Navarre, dans lachartaj de fondation du cloître d'Albelda, écrit ce qui suit «Autrefois l'Espagne était au pouvoir des chrétiens;! les châteaux, les villes et les campagnes étaient* remplis d'églises et la religion chrétienne régnait partout; mais nos ancêtres péchaient sans relâche, ils transgressaient journellement les commandements du Seigneur. Alors, pour les punir comme ils Tavaient mérité et pour les forcer à se convertir^ le plus juste des juges les a livrés à im peuple barbare^, » Sébastien de Sàlamanque n'a donc fait que recueillir une tradition courante de son temps ^J lorsqu'il a écrit à son tour : « Ce fut parce que les ^M rois et les prêtres avaient abandonné la loi de Dieu, ^ que toute l'armée des Goths périt sous le glaive des ^ Sarrasins » ^ et le moine de Silos croit que << Dieu a ^Ê puni nos ancêtres dans cette vie, afin de n'avoir pas ^^ besoin de les punir dans Tau tre «.
On voit par cet exemple qu'il faut se défier des déclamations tardives sur l'état moral de TEspagne à la veille de la conquête.
i. Chronka Adefonai imperûtori^ (dans Espaûa sagrada, t. XXI), , c. vx.
% E»p. sagr,, l. XXKVn, [i, HH, 3. £>/). sagr,, l, XXXUI» p. MUi.
Faudra4-il expliquer cette conquête par la trahison du roi Rodrigue qui, au dire de VAkhbdr Madjmona^ ne succomba que par Fabandon des ailes de son armée commandée par les fds du roi Witiza? Le récit nous en est parvenu par les sources arabu* espagnoles. Les chroniques du Nord, celles d'Aïbelda et de Sébastien» le donnent aussi et chez Isidore, c'est le frère de Witiza, Oppas, qui serait l'allié des musulmans. Le fait de la trahison est possible» mais il est extrêmement dilficile, à cause de la diversité des témoignages, d'en préciser les détails. Quant au mobile de la trahison, celai qu'indique rauteur de VAkhbdr madjmoua nous parait si vraisemblable qu'il peut confiner à la vérité. Les membres de la famille de Witiza ne se trompaient pas en prêtant à Tennemi rintention d'opérer une simple razzia et de retourner en Afrique, et ils voulaient saisir l'occasion d'amoindrir la situation que Rodrigue s'était faite à leurs dépens. Mais les événements prirent un tour bien différent. Târic dépassa les ordres reçus et conquit un pays où toutes choses semblaient tomber en poussière au premier choc. Cependant la famille de Witiza ne doit pas être rendue pleinement responsable de cette fin. Ceux de ses membres qui proposèrent de lâcher pied au moment de Faction voulaient que Rodrigue perdît dans une déroute sa renommée de capitaine vaillaiit et heureux, afin qu'ils fussent en état de faire valoir, avec plus de succès qu'auparavant, leurs pré* tentions à la couronne. Il se pouvait aussi que dans la déroute Rodrigue fût tué, et, le cas échéant, leurs chances devenaient plus grandes encore, lin un mot, ils se laissaient guider par le plus aveugle égoïsme et Timprudence la plus coupable; mais Us
n'en prévoyaient pas les conséquences ou bien ils . ^■ les prévoyaient absolument différentes de celles ' qui se réalisèrent.
l-ne période nouvelle s'ouvrait pofur FEspagne. De même que pour les invasions du v* siècle, on se représente volontiers la conquête arabe comme le début d'une ère de violences ininterrompues. Il y a là une légère exagération. Les maîtres romains et visigoths de l'Espagne lui avaient prodigué les mauvais traitements et, somme toute, la conquête ne fut pas une grande calamité. Après ces quelques moments d'anarchie, que toute conquête ajîporte avec elle presque nécessairement, des brûleries, des pilleries, des meurtres qui sont de tous les temps, on vit renaître la sécurité et une sorte de prospérité. On n'était guère exigeant en ce temps-là sur :ces matières et on se contentait de peu. A comparer les lois et les chroniques on ne voit pas très distinctement, au point de vue économique, si la situation fut plus tolérable sous les Visigoths que T sous les Arabes. Les conquérants, dit Dozy\ lais-
jf seront aux vaincus leurs lois et leurs juges; ils leur
[5 donnèrent des comtes ou gouverneurs de leur na-
^ tion, chargés de percevoir les impôts et de régler
les différends. Les terres acquises par droit de conquête, les biens d'Église et ceux des patriciens émigrés furent divisés entre les habitants ; mais elles gardèrent leurs anciens serfs. C'était dans la nature des choses, et les Arabes en agissaient partout ainsi. Les indigènes seuls s'entendaient à l'agriculture dont les vainqueurs voulaient vivre sans
i. R. DozY, Hist. des Musulmans d'Espagne^ in.-12, Leyde, 1816, t. II, p. 3'*.
LES DÊUNIERKS ANNEES, INVASION AllABE.
s'en mêler autrement. La coiicliLion des serfs ne * changea done pas^ à peine y eut-il un degré différent dans l'oppression. Le cultivateur dut rendre au propriétaire musulman quatre cinquièmes des récoltes et des autres produits de la terre. Ceux qui demeuraient sur le domaine de l'État — et ils étaient nombreux, car le domaine comprenait la cinquième partie des terres confisquées — ne devaient céder que le tiers des récolles. An commencement, ils le cédaient au trésor ; dans la suite cet état de choses se modifia. On forma des fiefs d'une partie du domains, et ces fiefs furent donnés aux Arabes qui vinrent s'établir plus tard en Espagne, à ceux qui accompagnaient Samh et aux Syriens qui arrivèrent avec Baldj. Les cultivateurs chrétiens, toutefois, ne perdirent rien à cette mesure; leur redevance ne fut pas augmentée. Quant aux autres diretiens ^ leur position dépendait des traités qu'ils avaient pu obtenir de leurs vainqueurs et quelquesunes des capitulaticms étaient assez peu onéreuses. Par exemple, les habitants de Mérida, qui se trouvaient dans la ville au moment de la capitulation, conservèrent tous leurs biens ; ils n'abandonnèrent que les propriétés et les ornements des églises. Dans la province dont Théodemir était gouverneur et qui comprenait entre autres villes celles de Lorca, de Mula, d'Orihuela et d'Alîcante, les chrétiens ne payèrent absolument rien. Ils s'engagèrent seulement à payer un tribut, partie en argent, partie en nature. En général, on peut dire que les chrétiens conservèrent la plupart de leurs biens, lis obtinrent en outre le droit de les aliéner, droit qu'ils n'avaient pas eu au temps des Visigoths. De leur côté, ils étaient obligés de payer à TÈtat la
capitation qui s'élevait à une valeur qu'on peut estimer proportionnellement de nos jours par les prix suivants : Pour les riches, 300 francs environ ; pour la classe moyenne, 150 francs environ ; pour le peuple, 75 francs environ. Diverses catégories de sujets en étaient exempts : les femmes, les enfants, les moines, les infirmes, les aveugles, les malades, les mendiants et les esclaves. En outre, les propriétaires devaient payer le kharddj, c'est-à-dire un impôt sur les productions qui se réglait suivant la nature du sol de chaque contrée, mais qui s'élevait ordinairement à vingt pour cent. La capitation cessait pour celui qui embrassait l'islamisme ; le kharddj) au contraire, continuait, nonobstant la conviction du propriétaire.
En comparaison de ce qu'elle avait été, la condition que les musulmans firent aux chrétiens ne fut donc pas trop dure. Joignez-y que les Arabes étaient fort tolérants. En matière de religion ils ne violentaient personnel Qui pkis est, le gouvernement, à moins qu'il ne fût très pieux (et c'était l'exception), n'aimait pas que les chrétiens se fissent musulmans, le trésor y perdait trop. Aussi les chrétiens ne se montrèrent pas ingrats. Ils surent gré aux conquérants de leur tolérance et de leur équité ; ils préféraient leur domination à celle des Germains, à celle des Francs par exemple et dans tout le cours du \ui^ siècle les révoltes furent très rares; les chroniqueurs n'en ont enregistré qu'une seule, celle des chrétiens de Béja, et encore semble-t-il que ceux-ci ne furent que les instruments d'un chef arabe ambitieux. Même les prêtres, dans les premiers temps du