‹ LE̕spagne chrétienneChapitre 31 sur 35 · Fin de VAkhbâr Madjmoua · texte numérisé non relu

Fin de VAkhbâr Madjmoua

LESPAGNE CHRETIKNMK.

Sans douLe» la rapidité avec laquelle s'effondra Id royaume visigotliique laisse supposer une décadencd profonde. Néanmoins il faut se tenir en garde coc tre les déclamations ordinaires sous lesquelles on accable les vaincus. Le mal était moins grand qu'on Ta représenté. Si, p^r exemple, on s'en rapporte au chroniqueur Sébastien de Salamanque, postérieur de plus de cent ciuquanLo ans aux renseignements qu'il accueille, on apprend que T avant-dernier roi visigotli, Witiza, était une sorte de monstre, crou-^J pissant dans la débaut^lie « comme un animal dé-^| pourvu de raison ». Outre plusieurs épouses» il avait^ des concubines en grand nombre et son immoralitt^j ne s'arrêtait pas à lui seul ; il avait rendu le mariag^^ obligatoire aux membres du clergé, tandis que, abusant de la force, il interdisait aux évêques de s'assembler en concile. Les écrivains postérieurs à Sébastien et dépendant de lui t le moine de Silos. Lucas de Tuy, Rodrigue de Tolède y ont ajoui cbacun de leur côté, qui sur Witiza, qui sur son entourage, lequel inspire un dégoût égal. Heureusement la vérité est très différente. Pseudo-Isidore de Béja, qui est presque un contemporain, parle é Witiza comme d'un roi très clément , juste et siiicère' ment religieux* Loin d*interdire les conciles, il pr< voque la réunion de plusieurs, restitue à leur! propriétaires les biens confisqués sous le règne précédent, fait cesser l'exil des uns» la prison des autres et mérite qu*on proclame FEspagne très heureuse sous son règne : omnls Hispania gaudio nlmis fréta alacrUer lœ£atui\ Il y a plus, loin de travailler àFavilissement du clergé, il s'attire d'Isidore le reproclie de sévérité excessive à Tégard des ecclésiastiques qui négligeaient leurs devoirs. Nous n'en sommes

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pas réduits au seul témoignage d'Isidore, qu'on pourrait soupçonner de trop d'indulgence. Un chroniqueur arabe, qui a puisé à d'anciennes sources latines aujourd'hui perdues, dit de son côté que Witiza était le plus juste et le plus pieux de tous les rois de la chrétienté ^ Un autre s'exprime ainsi : « Witiza avait une belle conduite et un naturel doux : il mit en liberté tous ceux que son père avait emprisonnés et rendit leurs biens à ceux qui en avaient été dépouillés ^. »

Comment expliquer, dès lors, les différences inconciliables entre les sources presque contemporaines et les chroniqueurs asturiens postérieurs de deux siècles environ ? Witiza paraît avoir été personnellement très indifférent à ses détracteurs, aussi ne faut-il pas chercher la raison de ce dénigrement auquel il fut soumis ailleurs que dans la situation qui suivit la conquête. Celle-ci avait, comme en Afrique, déterminé dans le pays un vaste mouvement d'apostasie. Soit lâcheté, soit intérêt, soit indifférence, on passait en grand nombre à l'islamisme. Or les renégats tiraient une objection de la défaite : « Pourquoi Dieu n'a-t-il pas fait triompher le catholicisme sur l'islamisme? Pourquoi tant de miracles en faveur du catholicisme jadis et aucun aujourd'hui? Ces miracles eussent sauvé le catholicisme si Dieu avait voulu sauver la vraie religion. Il n'en a rien fait parce que cette religion n'est pas la véritable. » A cela on répondait par les lieux communs rebattus de l'apologétique. La conquête est le châtiment des grands crimes que les derniers rois goths et leur cour dissolue avaient à se repro-

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