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ÉPILOGUE

Jetons un regard en arrière avant de terminer

ce récit.

Lorsque Rattlesnake plongea son couteau dans le lit de Tree-la-lu ou était cachée Marguerite, celle-ci ne reçut qu'une Messure légère ; la lame avait passé entre le corps et un bras.

Néanmoins il lui fallut rester dans cette étroite et incommode cachette jusqu'au jour où partit l'expédition des Natchitoches. Quelquefois, la nuit,

Tree-la-lu profitait de ce que son père et ses frères

étaient absents pour lui faire faire une petite

promenade furtive dans les bois ou sur la rivière. Elles avaient caché dans les buissons un petit canot approvisionné de vivres pour le cas où se présenterait une occasion favorable, Mais la surveillance soupçonneuse de Rattlesnake avait empêché toute évasion.

Lorsqu'il fut Question de l'expédition contre Saint-Denis, Marguerite émit l'avis de fuir en suivant les traces des guerriers ; elle avait le vague espoir de s'échapper par ce moyen, et même d'arriver à rejoindre Maurice.

Tree-la-lu approuva ce projet, et l'aida de tout sor pouvoir. En réalité, si elle n'eut été soutenue par l'amitié de la jeune Indienne dont la vigueur et les aptitudes sauvages parvinrent à conjurer tous les périls, Marguerite aurait péri misérablement dans les forêts.

Lorsqu'à la lueur d'un éclair, Rattlesnake crut voir Yeux-Riants debout sur le canot, c'était Tree-la-lu qui s'était montrée ainsi, vêtue de la

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robe Manche de la Française : elle ne s'était pas trompée en comptant sur la superstitieuse créctu^ lité de ses compatriotes.

C'était encore Tree^la-ln, çrai, redoutant les recherches dé Rattlesnake lors du débarquement, avait pris des souliers français, et marchant pesamment avait imprimé sur la terre des traces très^apparentes dans lesquelles Marguerite avait mis ses pieds. De cette manière, Tœil le plus

subtil ne pouvait découvrir qu'une seule trace.

Enfin, pendant cette longue marche de plu-

sieurs jours et de plusieurs nuits, c'était Tree-la-

lù qui dirigeait les moindres actions de Marguerite, la faisait avancer en temps utile, se cacher à propos, prendre du repos lorsqu'il était possible dé lefaire.

Aussi Marguerite avait-elle voué â la, jeune Indienne une tendre affection; et, le lendemain de là bataille, sur sa demande, des soldats allé-

rent s'informer de son sort : ils la trouvèrent

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morte sur le cadavre de Rattieshakè ; elle s'était frappée avec le couteau de son dédaigneux Meh-

aimé. ; : \; : ; f: ^ ;; "

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Leurs deux corps furent ensevelis dans la même fosse, en présence de Marguerite qui versait

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d'abondantes larmes sur la froide dépouillé de

cette amie perdue

toujours

, Peu à peu, le repos, les tendres soins de Maurice et surtout les forces généreuses de la jeunesse ramenèrent de fraîches çouletu^ sur lés joues de

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les femmes habitant lé Fort

lui témoignèrent à l'envie ïés plus! vives marques

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de leur sympathie a^

fiancée, la Manche .. mbe d'argent qui avait subi

jtanj de vicissitnudés redevint pure >et fraîche

comme auparavant, i^aumômër dix Fort bénît

union au milieu des salves dVmôusquétèrie

at dés acclamations de joie.

Il ^est facile de comprendre que i là jeune

l'esprit blanc

femme eût en horreur toute entreprise aventureuse, après les scènes auxquelles elle avait échappé si miraculeusement; elle n'eut pas de peine à obtenir de son mari qu'il fixât leur résidence à la Nouvelle-Orléans, au milieu d'une sûre et tranquille civilisation. Maurice y fonda un établissement commercial, encore aujourd'hui prospère et dont l'importance a placé ses enfants à la tête de l'aristocratie financière.

Un des premiers soins de Madame CantareîU^ lorsqu'elle fut fixée dans la grande métropole, fut de rechercher la petite fille adoptée par Rattlesnàke après le massacre de ses parents.

Elle apprit que tous les captifs des Natchez avaient été confiés aux soins des Ûrsulines : ce fut pour elle un grand bonheur de revoir ces excellentes religieuses, et en particulier sœur

Marie.

Cette dernière fit grand accueil « à la jeune « créature un peu trop légère et rieuse, mais

« bonne, au fond » qui avait toujours conservé une excellente place dans son cœur. La vénérable sœur se répandit en actions de grâces envers le Ciel, pour le remercier de la protection évidente qu'il avait accordée à cette chère enfant au milieu des plus horribles dangers. Elle frémit sincèrement au récit détaillé de ses aventures qui n'étaient parvenues jusqu'à elle qu'à l'état de légendes. Elle félicita Maurice, et finit par donner sa bénédiction au jeune couple.

— C'est maintenant que vous avez les Yeux- Riants, on peut le dire, aj out a- 1- elle en terminant.

— Oh ! ne me donnez plus ce nom, répondit Marguerite en frissonnant; si mes yeux rient maintenant, ce n'est qu'après avoir bien pleuré. Aujourd'hui je suis heureuse et bien reconnaissante, ajouta-t-elle en caressant du regard le loyal visage de son mari.

— Oui, soyez reconnaissants tous deux, et

L'ESPRIT BtANe

remerciez le Seigneur, il vous bénira comme

vous le méritez, conclut la bonne religieuse.

Cette conversation terminée Marguerite fit

connaître son projet d'adopter là petite orphe-

line qu'on lui confia aussitôt.

Plusieurs babys vinrent égayer cette heureuse famille sans que leur apparition fit diminuer en rien la tendresse de Marguerite pour la pauvre enfant à laquelle elle servait de mère. La petite Marie devint grande et belle ; surtout, elle fut bonne et reconnaissante pour ses bienfaiteurs. .-.'

Maurice, rapidement enrichi par d'heureuses spéculations, voulut revoir avec sa femme, Paris,

ce riant berceau de leurs jeunes: années. Mais tout change et disparait dans cette capitale du

monde civilisé ; la vieille maison de la bonne

grand- mère ne put être retrouvée, leurs amis,

ceux de leurs famille étaient morts ou éloignés pour toujours. Ce fut avec joie que le jeune couple revint se fixer dans sa patrie d'adoption, à la Nouvelle- Orléans, la, grande métropole du

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