LE POTEAU DE MORT
Là nuit régnait encore, abritant le campement des Nàtchez : leurs ruses étaient devenues dësor-
mais inutiles ; le commandant Saint-Dénis, prévenu pas ses éclairëursv avait mis toute sa garni-
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son sur le pied de guerre. Toute surprise, tout
assaut nocturne étant impraticable, il fallait désormais combattre au grand jour : les Indiens ne
songèrent qu'à; prendre du repos pour r leurs forces et se préparer à l'action du lendemain.--: ■ .. -j- - Rattleshàke n'avait pu s'endormir : préoccupé
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de la responsabilité qui pesait sur lui, inquiet sur
Tissue de cette expédition qu'on lui avait confiée comme à nn chef invincible, il cherchait les
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moyens de triompher à coup sûr, et ne rencontrait que de fâcheux pressentiments.
Comme toujours, au milieu de ses rêves agités ,
la gracieuse imagé de Marguerite vintseprésenter à son esprit. Malgré les plus suhtiles recherches,
il n ? ayait pu dérbêler lé secret de sa fuite* ni le
ritions qui lui dé6 : .i^^t&^F6a : âpéuil:^\^int à penser que
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iNe-ktta ^ Jouait uû double jeu^ feignant pour lui amour trompeur, pendant qu'elle poursuivait dés projets amis pour lês ; Français et là
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Faïœ-Mé^lèm^ .-< >
-Plein de sôupçonë, a^té par un^e méfiance nouvelle -, il quitta le tas de feuilles sur lequel U s'était étendu, et s'aventura en batteur d'estrade dans la
direction dpi Fort. Il y avait partout des sentinelles, et la plus grande adresse était nécessaire : mais
c'était un jeu pour l'Indien. Glissant sans bruit au travers des broussailles, rampant comme le reptile profitant des moindres inégalités de terrain pour disparaître dons les herbes, le chef parcourut la plaine, et arriva, invisible, presque sous les murs du Fort, malgré l'éclat resplendissant d'un clair de lune que n'obscurcissait aucun nuage.
Plusieurs fois, pendant la marche, il avait surpris ffree-la-lu suivant la troupe, toujours il l'avait trouvée seule, l'air calme, impénétrable à toutes les investigations. L'idée lui vint d'aller la chercher dans le bois : ce ne fut pas sans peine qu'il découvrit l'arbre creux dans lequel elle s'était abritée ; mais, à sa grande surprise, il ne l'y trouva pas ; des traces toutes fraîches indiquaient son récent départ. Il se mit à suivre cette piste
avec la subtilité rusée du chat sauvage ; tout à coup, un cri faillit lui échapper lorsqu'à quelques pas devant lui, dans une clairière, il reconnut
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Petit-Oiseau et Marguerite se dirigeant silencieusement vers le Fort.
A ce moment il comprit tout, et ne put se défendre d'un élan d'admiration pour Tree-îa-lu : . — Elie méritait d'être homme ! murmura-t-il en rampant agilement de manière à leur couper les devants. Et déjà son cœur bondissait à l'idée que, dans quelques instants, ses désirs les plus frénétiques allaient être remplis : l'une de ses prisonnières allait être ramenée triomphalement chez lui, l'autre serait punie comme elle le méritait.
D'un bond, il s'élança sur Marguerite, comme la panthère sur une gazelle ; d'un bras il la saisit au corps, de l'autre main il lui ferma la bouche pour l'empêcher de crier.
Cette dernière précaution fut bientôt inutile : la malheureuse enfant, victime d'une dernière fatalité au moment où elle se croyait sauvée, s'évanouit sans avoir pu murmurer une plainte : tout
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t'ESPBIT BLANC Ï0Ï
était perdu pour elle ; fatigués iiibuïes des courses nocturnes, au milieu des ronces qui avaient en-
sanglante ses pieds; efforts surhumains pour soutenir une longue marché; terreurs dans les bois ; espérances de salut à la vue du fort ; tout s'était anéanti dans les bras crispes du Sauvage.
— Ah \ le serpent est plus rusé que la colombe !
s'écria Petit-Oiseau foudroyée par cette attaque soudaine.
Et elle disparut dans les fourrés, rapide comme si elle avait eu des ailes,
— Tout est fini ! répétait^elle en fuyant, il ne
nie pardonnera pas ce que j'ai fait pour saûyer la Face Pâle,, .niais il neraûrapas ! quand je devrais les tuer tous deux !
Rattlesnake la laissa fuiir, préférant s ? en tenir à
sa première et plus précieuse proie qu'il ramena au camp avec orgueil. Ôrande fut la surprise de
ses compagnons d'armes : plusieurs \, même ,
furent épouvantés, là considérant comme un
esprit. Mais Rattlesnake les rassura en leur faisant comprendre la manière dont elle les avait suivis, et leur expliquant qu'elle se proposait de prévenir les Français de leur approche.
— Je saurai tirer un grand avantage de sa présence parmi nous, ajouta- t-il ; nous tendrons, par
ce moyen, une embuscade où tomberont les ennemis.
En peu de mots il leur expliqua son plan qui fut adopté avec empressement.
Lorsque Marguerite revint à elle, des cordes brutalement serrées la retenaient au pied d'un arbre : une portion des Indiens l'entourait avec un air menaçant; d'autres, employant, suivant leur coutume, le mensonge et la ruse s'avançaient vers le Fort avec des démonstrations bienveillantes, fumant le calumet de paix.
Les perfides parlementaires ayant demandé Sainte Denis, expliquèrent que connaissant la sagesse et la puissance du Grand-Chef blanc, ils.
Tenaient lni confier le règlement d'affaires importantes. En route, ils avaient rencontré une femme Manche, et, en signe d'amitié, ils offraient de la remettre à ses soins.
Gomme ils n'étaient que quatre, ils furent admis dans le Fort. Tout en redoublant de précautions et de méfiance le commandant leur fit bon accueil. Son désir aurait été d'éviter la bataille, car les troupes dont il disposait étaient peu nombreuses; quarante soldats, trente pionniers, en tout, soixante-dix hommes formaient tout le personnel du Fort : les Indiens étaient denx fois plus nombreux, et tous des guerriers d'élite.
Il répondit par les plus gracieux remerciements, et annonça qu'il recevrait volontiers la femme Manche, pourvu qu'une escorte de dix hommes seulement la lui amenât.
Lorsque ce message lui fut rapporté, Rattlesnake vit avec rage que ses projets étaient déjoués, et qu'il n'arriverait pas à surprendre le fort. Il ren-
voya néanmoins de nouveaux parlementaires pour annoncer qu'il ne livrerait la femme qu'à la condition de voir toute sa troupe admise dans le Fort.
Saint-Denis, alors, leur répondit sans ménagements qu'ils étaient des menteurs et des traîtres venus en nombre dans un but sanguinaire ; mais qu'il consentirait à les laisser retourner sains et saufs dans leur village, à la condition qu'ils remetraient leur prisonnière pour laquelle serait payée une bonne rançon.
Rattlesnake entra en fureur : sa réputation de guerrier allait être compromise, et la brillante
expédition rêvée par les Natchez allait aboutir à un échec humiliant. Ignorant les forces que
Saint-Denis possédait, il regardait comme impossible de donner un assaut au Fort, à tout hasard : sa dernière ressource, pour égaliser les chances du combat, consistait à imaginer une ruse pour attirer Jes Français hors de leurs remparts, en rase campagne.
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En jetant les yeux sur Marguerite, une pensée féroce germa dans son esprit : le sort de la pauvre prisonnière fut aussitôt décidé; l'amour cédait à la haine, l'instinct sauvage reprenait le dessus.
Par ses ordres, on prépara une place nette dans une clairière bien en vue du Port : au milieu fut planté un poteau; puis Marguerite, pâle et mourante, fut traînée jusque-là, et liée au bois fatal pour y être brûlée vive à petit feu. Les Natchez se mirent activement à amonceler autour d'elle,
des broussailles, des branches, des troncs d'arbres.
Là victime regardait d'un œil éteint, tantôt ces
préparatifs meurtriers, tantôt le Fort où était son
cher Maurice : bientôt elle comprit le sort qui lui
était réservé; elle leva au ciel les yeux et les mains avec résignation .
— Gela vaut mieux, murmura-t-elle, que de
vivre pour être l'esclave d'un Indien. Mais, je
voudrais voir Maurice avant de mourir....
il ne saura jamais combien je l'aimais!...
Pendant ce temps, debout contre un arbre, Rattlesnake la couvait d'un regard sanglant, le cœur déchiré par mille sentiments divers :
— L'amour est doux! dit-il entin, mais plus douce est la vengeance ! . . .
Et il se chargea lui-même de la lier au poteau, des pieds à la tête, pour que, restant debout, elle
arrivât plus lentement à son horrible mort.
Cependant, le généreux sang français bouillonnait dans la poitrine des braves défenseurs du Fort : il ne fallait rien moins que la rigide habitude de la discipline militaire pour retenir leur élan, et les empêcher de faire une sortie en faveur
de l'infortunée victime.
Saint-Denis, frémissant comme eux, les contenait à grand'peine, et leur réprésentait qu'au premier pas fait hors des remparts la malheureuse aurait la tête fendue par le tomahawk : il ajoutait que ce serait exposer, par une témérité inutile,
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la sûreté du Fort, le salut de leurs femmes et leurs enfants, dignes aussi de toute leur sollicitude.
Mais ces sages raisonnements ne parvenaient pas à toucher son jeune aide-de-camp, debout auprès de lui. C'était un beau jeune homme, un loyal et chevaleresque soldat, qui ne pouvait supporter l'idée de voir massacrer devant lui une femme sans la défendre.
— Je vous en supplie, mon commandant, laissez-moi faire une sortie avec quelques volontaires ! 11 ne sera pas dit que j'aurai laissé brûler sous mes yeux, une femme, une compatriote,
sans la venger ! Décidez-vous, mon commandant, avant qu'il soit trop tard.
— Vous êtes fou, Maurice ! réellement fou !
votre vie m'est trop précieuse pour que je tous la laisse gaspiller ainsi. Pensez à là patrie, mon enfant; à Celle qui vous attend.... voudriez-vous }a rendre TeuTe aTant d'aToir été épouse ?
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— Ahî mon commandant, c'est son souvenir qui m'inspire du dévouement pour d'autres ; oserai-je me présenter devant elle ayant sur la conscience la mort horrible d'une pauvre misérable abandonnée de la terre et du ciel ?
En même temps le jeune homme se penchait sur le parapet pour étudier les détails de cette scène enrayante, cherchant à distinguer les traits
de la victime.
À ce moment, les sauvages exécutaient autour d'elle la danse de mort avant de mettre le feu au bûcher. Tout à coup les joues du jeune officier pâlirent, ses yeux lancèrent des flammes.
— Commandant ! dit-il brusquement, prêtezmoi votre lunette.
Saint-Denis lui remit sa lorgnette au travers de laquelle Maurice jeta d'avides regards.
— Mon Dieu! cria- t-il convulsivement au bout
d'une seconde, c'est Marguerite ! . . .
— Vous perdez la tête, enfant ! je vous demande
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comment pourrait être ici, au milieu d'une horde sauvage, celle que vous avez laissée à Paris, tranquille et paisible dans sa chambrette ?
— Ali! si je la reconnais i î je vous dis que c'est elle, ma pauvre chère petite cousine ; elle venait me rejoindre, ils s'en sont emparés dans les bois... je reconnais à son cou le collier que je lui avais donné. A moi ! mes amis !
— Arrête! cria Saint-Denis en saisissant le
bras du jeune homme prêt à s'élancer par dessus
les remparts.
Au même instant un cri aigu retentit dans l'air:
— Maurice ! !
L'aide- de-camp s'arracha des mains de son offl-
cier et bondit par dessus les fortifications en s'écriant :
— Elle m'appelle, n'entendez-vous pas ! Que ceux qui m'aiment me suivent pour sauver celle que j'aime plus que moi-même !
Vingt hommes se jetèrent sur leurs armes et s'élancèrent impétueusement à la suite de Maurice qui n'avait que son épée.
Les Indiens voyant leur ruse réussir, interrompirent leur danse, et, poussant des hurlements de triomphe, se préparèrent au comhat : ils étaient quatre contre un.
Mais Saint-Denis, malgré sa prudence, n'était
pas homme à rester en arrière : rassemblant tous les soldats qui n'avaient pas sauté par dessus les fortifications, il vola au secours de Maurice.
Les trente pionniers étaient restés pour garder les portes.
Il y a des émotions qui donnent aux hommes des forces surnaturelles : la petite garnison s'avançait au pas de course, précédée de Maurice dont le visage flamboyait, et dont la taille semblait grandir. Plus de trente coups de fusils furent tirés sur lui par les Indiens, sans l'atteindre : on
eût dit qu'une puissance surhumaine le rendait invulnérable.
Les Français s'abattirent comme un ouragan sur leurs adversaires, et du premier choc leur tuèrent plus de soixante guerriers ; dès ce moment la partie devenait égale ; la mêlée changea presque aussitôt de face. La plupart des Natchez s'élancèrent dans le bois pour y trouver un couvert sous les arbres, d'où ils pourraient fusiller impunément les Français.
La bataille était plus acharnée autour du poteau où était attachée Marguerite. Au début, quelques guerriers avaient proposé à Rattlesnake de tuer la prisonnière : mais celui-ci, qui se croyait sûr de la victoire, voulait se la réserver encore, et avoir la cruelle satisfaction de jeter à ses pieds la chevelure de son fiancé.
Maurice s'était rué sur Rattlesnake, et tous deux se tenaient étroitement enlacés. Dans le choc, le couteau de l'Indien lui avait échappé,
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et avait roulé jusqu'aux pieds de Marguerite. Si
elle avait pu se baisser pour le ramasser, et couper ses liens, comme elle aurait volé au secours de sou ami! mais les cordes formaient mille nœuds autour d'elle.
Les bras crispés autour du corps de son adversaire, le jeune Français tenait son épée dans la main gauche, sans pouvoir en faire usage. L'Indien, beaucoup plus grand que lui, l'avait saisi à la gorge et cherchait à l'étrangler. Maurice, à demi -suffoqué, se sentait défaillir, lorsqu'à un regard de sa pâle bien- aimée, il se raidit en un prodigieux effort, et, de la poignée de son épée, frappa si rudement le sauvage à la tête que celui-ci chancela sous le coup : sa main se desserra et Maurice parvint à s'arracher de cette mortelle étreinte. Mais Rattlesnake saisit l'épée de son côté, et ce fut entre eux un assaut désespéré de force ou de ruse pour la tirer chacun à soi.
Marguerite se sentait mourir d'angoisse en sui-
vant cette lutte inégale ; entre les bras de Rattlesnalce Maurice paraissait un enfant, tant le chef
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sauvage était plus grand et plus fort que lui : déjà le jeune Français ne retenait plus son épée que par la lame qui lui coupait les doigts jusqu'aux
os.
A ce moment critique, Maurice tenta un effort suprême ; d'un croc-en-jambe donné en lutteur habile, il renversa Rattlesnake qui l'entraîna dans sa chute : mais en tombant il lâcha l'épée :
prompt comme l'éclair, Maurice la lui enfonça jusqu'à la garde dans la poitrine. Un large jet de sang rougit la terre, l'Indien roula sur le dos avec un sourd râlement, et resta étendu dans l'immobilité de la mort. Son visage devint blanc, ses yeux devinrent vitreux : Marguerite détourna ses regards à la hâte pour ne pas voir cette affreuse agonie.
Le monstre, cependant, avait encore un reste de vie ; pendant que l'attention de Maurice se portait
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ailleurs, il se traîna jusqu'à Marguerite, saisit son couteau, se leva comme an spectre et chercha à
la frapper pour ne pas mourir sans vengeance. Mais la pointe de Tanne ne fit qu'effleurer le corps de la jeune fille ; une seule goutte de son sang rose et pur jaillit sur la face livide de l'assassin, qui retomha lourdement à la renverse.
Maurice, plein d'anxiété, avait volé vers elle et avait tranché les cordes :
— Êtes-vous blessée, ma Marguerite ?
— Non Maurice, je suis heureuse... heureuse.
Et cherchant à sourire, elle voulut s'avancer
vers lui, mais ses pieds ne purent la soutenir.
Le jeune officier l'embrassa tendrement et la porta dans ses bras jusqu'à un abri.
— Nous ne nous quitterons plus, mon amie, lui dit-il d'une voix émue. Ah ! commandant !
cria-t-il à Saint-Denis qui s'approchait, la voilà
sauvée et son bourreau est étendu mort là-bas dans la poussière !
JL
L'ESPRIT BtANC 207
Gomme il parlait encore, un cri étrange fit retentir les bois, et une ombre écnevelée vint, en
gémissant, se jeter sur le corps sanglant de Rattlesnake : c'était Tree-la-lu qui oubliait toutes les
duretés du chef Indien pour ne penser qu'à son amour. Fondant en larmes, elle resta le visage appuyé sur celui du mort, sans faire un mouve- ~
ment, sans répondre aux paroles affectueuses que lui prodiguait Marguerite.
— Pauvre fille ! dit celle-ci , emmenons -la
au fort, Maurice ; elle a été bien bonne pour moi.
Rien ne put décider la jeune Indienne à faire un mouvement.
— Il est dangereux de rester ici un moment de plus, répondit l'officier, les Indiens peuvent se
rallier d'un instant à l'autre : au fort mes amis !
la besogne est faite.
Emportant dans ses bras son précieux ■ fardeau, il courut jusqu'au Fort, où il fut
reçu par les chaleureuses acclamations de ceux qui étaient restés à la garde des portes. Saint- Deuis le survit de près, ramenant ses soldats victorieux qui, hélas, ne répondirent pas tous à l'appel.
Les Natchez, démoralisés par la mort de leur chef, ne cherchèrent point à le venger ; ils reprirent le chemin dé leur village, laissant plus de la moitié des leurs sur le champ de bataille : en route, plusieurs moururent de leurs
blessures; un petit nombre put rejoindre la tribu.
Quelques mois plus tard un corps expéditionaire Français fut envoyé de la Nouvelle- Orléans pour venger le massacre de la saint André. La peuplade des Natchez fut détruite; quelques membres de cette tribu furent déportés comme esclaves à Saint-Domingue ; leurs villages furent anéantis.
Ainsi fut accomplie la prophétie de leur Grand-
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Chef çpii, en les engageant à ne pas exécuter leur projet de massacre, leur disait. « Nous ayons eu
« des ancêtres dont jfyv®- sommes Jes fils ; mais
« nous serons des r àni;é1;res qui n'auront pas d'en-
« fants, »