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PRÉFACE

L'ouvrage que nous publions aujourd'hui se rattache à celui qui a paru en 1883 et où nous exposons rhistoire des doctrines littéraires et esthétiques en Allemagne à partir du xvu* siècle et jusque vers le milieu du xviu'*. Nous avons raconté là Torigine^ les phases diverses et les résultats de la lutte entre Gottsched et les Suisses^ et nous avons montré comment les théories plus larges et plus libres de ces derniers, sur la poésie, sur les règles, sur les droits de l'imagination et de l'inspiration personnelle, avaient provoqué et puissamment secondé les tentatives d'émancipation littéraire et d'opposition à Tabsolutisme de Gottsched, qui se produisent alors sur différents points de l'Allemagne.

Faire une histoire complète de ce mouvement qui précède l'apparition du véritable réformateur et législateur de la littérature- allemande n'entre ni dans le plan, ni dans le cadre de cet ouvrage. Ce serait répéter en grande partie ce que nous avons déjà

1. Histoire des doctrines littéraires et esthétiques en Allemagne. Paris, Bcrger-Levrault et C'«.

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dit ailleurs. Nous devons nous borner ici à quelques indications sommaires, que complétera l'exposition œuvre réformatrice de Lessiog.

i la victoire des Suisses devait amener bientôt lute dq Gottsclied, hâtée d'ailleurs par les préions dictatoriales du professeur de Leipzig, luence française qu'il représentait ne devait disparaître avec lui. Elle existait avant lui, et continue après lui. Seulement, à mesure que 3ille, timidement encore, le génie national, cette ation devient plus libre, plus originale. Néaiins, dans la tragédie, et surtout dans la comédie, 'rance est encore souveraine, eî ni le talent des :es, ni les efforts de la critique, ne parviendront ongtemps à triomplier dss obstacles que le àvippcment du théâtre natioi:»! rencontre dans le cellement social et politique de l'Allemagne. [ais dims les geni*c3 secondaires, dans la fable, jnte, l'épitre, dans la poésie légère, erotique et urienne, malgré l'imitntion des modèles franct des modèles antiques du genre, on voit pcrà travers les formes empruntées, un accent plus irel et personnel.

insi a Hambourg, Hagedorn imite Horace sans >pier. A Halle, un groupe du poètes, dont Gleim e chef, s'inspirentd'Horace encore, et beaucoup lacréon, d'après lequel ils se nomment; mais out de Chauliou, de Lafuro, de Gresset, de

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J. B. Rousseau. Si les amours et les ivresses qu'ils chantent ne sont le plus souvent que des fictions empruntées à leurs modèles, des réminiscences classiques^ du moins Tamitié sincère qui les unit, et qui oBt l'âme de leurs gaies réunions, donne-t-elle à leurs vers une grâce naturelle et une émotion sincère.

Lorsque les victoires de Frédéric le Grand provoqueront un premier éveil du sentiment national en Allemagne, Gleim et ses amis emboucheront la trompette guerrière; et si leur imagination avait été à la hauteur de leur inspiration patriotique, TÂllemagne aurait d'ores et déjà compté quelques vrais poètes.

Dans le groupe dissident et indépendant qui s'était formé à Leipzig, au centre même et au siège de la domination de Gottsched, nous rencontrons quelques écrivains qui, tout en subissant encore, dans une certaine mesure, Tinfluence française, savent aussi s'en affranchir et y résister*. Gellert, le fabuliste, le conteur, le moraliste le plus populaire de l'Allemagne, doit beaucoup à La Fontaine. Mais sa popularité, il la doit à ses qualités personnelles et originales, à la gaité, au naturel, à la bonhomie malicieuse de ses récits ; à la sincère piété qui res-

1. Dans ce cénacle des Bremer Beitràge, on peut citer encore : Rftbeaer le satirique; Zachariœ, l*auteur du poôme liéroï-comiquc derRenommist; Cramer, le poète religieux. C*ost aussi dans ce Recueil qu*0Dl paru en 1748 les trois premiers chants du Metiie de Klopslock.

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pire dans ses cantiques ; à cette espèce de sacerdoce moral qu'il exerça sur la jeunesse et sur toutes les classes de la société^ surtout sur le peuple^ dont longtemps encore il a été le poète et le conteur favori. Gellert est bien Thomme et l'écrivain de son temps ; mais il le devance aussi^ par ses idées plus libres et plus hardies sur Timitation, sur les droits du génie, et par les excellents conseils qu'il donne pour le style épistolaire, qu'il veut avant tout simple, naturel, conforme aux sujets qu'on traite.

Le plus original du groupe, c'est Elias Schlegel, le meilleur auteur comique de l'époque et, dans ses tragédies, imitateur intelligent et parfois indépendant des modèles français et des modèles antiques, avec des tendances anglaises et presque shakes-. peariennes. Ses vues et ses jugements critiques sur l'imitation au théâtre ; sur la valeur de certaines règles et de certaines conventions dramatiques ; sur le droit de chaque nation d'avoir son théâtre à elle; sa comparaison, bien que défectueuse, du poète allemand Gryphius avec Shakespeare, font de Schlegel un prédécesseur de Lessing.

Nous ne devons pas oublier de mentionner ici, quoiqu'il n'appartienne pas au cénacle, Wieland, dont le souple et fticile talent a évolué en différente sens et parcouru différentes phases, avant d'arriver, et seulement dans la seconde moitié du siècle, à trouver sa véritable voie. Par l'aimable facilit<î do

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