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s. Diderot de son côté n*a pas été indifférent aux mérites de Leasing, ai aux éloges qu*il en a reçus. Dans le Journal étranger (décembre 1761) parut une appréciation de Mia Sara Sampson, non signée, mais que Lessing, qui devait être informé, attribue à Diderot. Après une analyse assez détaillée de la pièce, avec des critiques mêlées d^éloges sur telle ou telle scène et sur tel au toi personnage, Diderot reconnaît à Lessing le vrai génie dramatique. Il voudrait seulement plus de rapidité et de précision dans le dialogue ; une action et une intrigue plus serrées. En revanche il loue la vérité, le naturel, le pathétique de la pièce, et félicite dans la personne de Lessing, le théâtre allemand a d*avolr pris la grande route de la nature v . Lessing, dans sa Dramaturgie, mentionne ce jugement. Il accepte les critiques de Diderot, mais déclare qu'il préfère garder ses défauts, plutôt que de se soumettre au travail, ingrat peut-être, d'une refonte totale do son œuvre. U se rappelle ce que dit Voltaire : i qu'on ne peut pas toujours exécuter ce que les amis vous conseillent ; qu*il y a des fautes nécesssdres, et que pour vouloir guérir un bossu de sa bosse, il faudrait lui ôter la
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L'étude approfondie que Léssing avait faite du théâtre antique et moderne , et tout ce qu'il en avait retenu ; son jugement droit, qui ne se grisait pas facilement de ses propres conceptions; sa personnalité indépendante, incapable de s'absorber dans une autre, tout cela le défendait contre une imitation servile du système de Diderot. Il s'en est assimilé l'esprit général, la tendance de rapprocher le théâtre de la réalité, de la nature, de la vie domestique, en un mot tout ce qui s'accordait avec ses propres idées, tout ce qui pouvait servir l'œuvre d'af&anchissement qu'il avait entreprise '.
Mais Diderot n'est pas le seul modèle que Lessing propose à Timitation de ses compatriotes. Shakespeare aussi, sans parler des tragiques anciens, doit être pour eux un modèle. Sans cesse il l'oppose aux tragiques français. Cependant le théâtre de Shakespeare res- 'semble peu à celui de Diderot. On peut même dire qu'il en est presque l'antipode. Shakespeare, c'est la tragédie idéale, héroïque, aristocratique, qui s'inspire de l'histoire, qui vit dans le passé, étrangère à la vie contemporaine et bourgeoise ; qui ne met en scène que des princes, des personnages de marque ; œuvre d'imagination et de poésie, ne moralisant pas, ne prêchant pas.
Gomment Lessing pourra-t-il concilier ces deux conceptions du théâtre, si différentes et opposées, qui lui sont également chères, qu'il recommande avec une
vie ». « Mon enfant est boasu, cyoute Lessing, mais pour le reste, il se porte bien. » (Dramaturgie, n^ 14.)
1. Les rapports de Lessing et de Diderot ont été très finement tomtqués psr M. Méziôres dans sa préface à la Dramaturgie traduite par M. Crouslé.
égale insistance? Comment mettra-t-il d'a<x)ord ces deux modèles, pour les faire servir tous deux à Téducation dramatique de l'Allemagne? Il ne Ta pas tenté. C'est un problème qui est resté sans solution, comme beaucoup d'autres du reste qu'il a soulevés.
Diderot n'en a pas moins été pour Lessing et pour l'Allemagne un puissant ferment d'idées et de progrès, une force suggestive et inspiratrice qui a porté ses fruits ; et le mérite en ]*evient surtout à celui qui a été «on introducteur et son interprète auprès du public allemand*.
Mais Lessing n'est pas seulement critique. Il est aussi auteur dramatique. Ses pièces, autant que ses •théories, ont servi la cause du théâtre national en Allemagne. Il est donc intéressant de savoir ce que le théâtre de Lessing doit à Didei*ot. Il s'agit des quatre pièces : Philolas, Minna de Bamhelm, Émilia Galotti et Nathan le Sage, postérieures à l'époque où Lessing a connu les théories et les œuvres dramatiques de Diderot. Nous négligeons les fragments de pièces trop sommaires pour nous donner une indication précise.
Nous pouvons éliminer tout d'abord Philotas, qui est une tragédie antique, classique de forme et dont Sénèque le tragique est le vrai modèle. Minna de Bamhelm rentre dans la catégorie des comédies sérieuses, que Lessing avait adoptée comme la vraie forme de la co-
1. Un essayiste allemand de nos jours, critique d*art et de littérature distingué, M. Hermann Grimm, dans un ouvrage sur Gœtlie dit ceci : « De Diderot nous avons reçu la première impulsion pour la formation d*un théâtre national. La comédie larmoyante nous convenait. Nous savons ce que Lessing doit à Diderot. > H, Grimm, Gmthe, 1" vol., p. 119 et suiv.
médie', où se mêlent le comique et le sentimeutal, poussé même jusqu'au pathétique. Ce mélange n'est pas conforme aux théories de Diderot, ni ne se rencontre dans ses pièces, où il n'y a pas le plus petit mot pour rire. Mais les deux personnages principaux : le major de Tellheim, vaillant officier mis eu congé, comme beaucoup d'autres, sans solde, après la guerre de Sept ans, modèle Impeccable, d'honneur et de loyauté, se croyant obligé, par délicatesse, maintenant qu'il est pauvre, de renoncer à la main de la jeune et riche héritière à laquelle il était déjà promis ; celle-ci, qui aime plus que jamais cet homme de cœur et d'honneur, qui déploie en vain son éloquence et ses séductions pour faire taire ces nobles scrupules, et, malgré une ruse habilement combinée, n'y parvient enfin que lorsque le Grand Roi, instruit de la situation imméritée du major, lui fait rendre justice et répare les torts qu'on a eus à son égard : voilà bien deux caractères à la Diderot, deux caractères parfaits, sans une tache, sans ime défaillance, ruisselants de générosité, comme les appelle Schopenhauer {von EdelmiUh IriefenS) \ à côté d'eux et comme eux, Just, le domestique du major, dévoué à son maître à la vie, à la mort ; cherchant, par un moyen ingénieusement délicat, à l'aidera son insu; Paul Werner, le sergent, « brave et galant », offrant à son ancien supérieur le produit d'une petite propriété, sa seule fortune. Ces deux -là aussi sont de la famille de Diderot. Mais ils n'en sont que pai* ce côté de perfection morale ; car, pour le reste, ce sont d'excellentes et originales figures de comédie, pleines de gaieté et d'hu-