Voy. plus haul
mour, transportées de leui* milieu allemand sur la scène ; comme aussi la fine et espiègle Francisca, la demoiselle de compagnie de M"' de Barnhelm, celle-là proche parente des Lisette de Marivaux; et, pour faire contraste à tous ces honnêtes gens, la canaille d*aubergi8te, perfidus cmpo, et le Français Ricaud de la Marlinière, chevalier de Tordre de l'Industrie, joueur trop habile et trop heureux ; caricature, sorte de bouffon, de Gracioso^ placé là pour réjouir le parterre par son baragouin allemand, et consoler Tamoiir-propre germanique toujours humilié, malgré Rossbach, de la domination française; enfin et surtout la couleur locale et allemande de la pièce, le patriotisme militaire, les souvenirs de la gueiTe de Sept ans, la figure du Grand Roi ap{)araissant dans le fond, au dénouement ; le symbolisme de l'action : la Prusse et la Saxe réconciliées devant l'autel conjugal, dans la personne des deux amoureux; voilà ce qui appartient en propre à Lessing. En tout cas, Diderot n'a rien à y voir.
Émilia Galolti, c'est, comme on sait, la Virginie romaine modernisée, transportée à la cour d'un petit prince italien du xvu'' siècle. C'est une tragédie en prose, on peut même dire une tragédie bourgeoise ; cai* si la scène se passe à la cour d'un piince, l'héroïne de la pièce et sa famille, ainsi que son fiancé, sont de .condition moyenne. Mais sur ce point seul, Émilia GcUoHi peut être considérée comme une application des théories de Diderot. Quant aux caractères, très étudiés, très fouillés, d'une psychologie plus subtile et plus profonde que ceux de Didei'Ot, s'il fallait leur chercher des modèles, c'est dans le théâtre de Shakespeare qu'on les trouverait.
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Nathan le Sage, la dernière œuvre deLessiug, esluue pièce de circonslance, née des polémiques religieuses qui ont agité et attristé ses dernières années. Il a transporté sur le théâtre, en les incarnant dans des personnages fictifs, en les encadrant daiisuné action inventée, mais avec un fond historique, les idées philosophiques et religieuses qu'il avait défendues avec tant de verve ironique et de logique éloquente, dans ses pamphlets contre le pasteur Goetze. Cette pièce échappe à la classification de Diderot. Par la fable, qui nous transporte dans le lointain Orient des croisades; par plusieurs personnages, dont Tun, le sultan Saladin, est historique, et dont Voltaire a fom^ni les traits ' ; par quelques scèneé d'un puissant pathétique; par le sérieux des idées et des sentiments qui s'y développent ; et enfin ^ar la forme (lu yers, Nathan le Sage est une tragédie. Mais par le ton, qui est le plus souvent celui de la conversation familière ; par l'élément humouristique et comique qui y tient une place, elle appai^tient aussi à ce genre mixte qu'affectionne Lessing* Jusqu'ici rien ne rappelle Diderot, sauf, peut-être, le personnage d'AlHafi, le trésorier démissionnaire de Saladin, philosophe brouillé avec le monde et les hommes, sorte de Diogène oriental, disciple si Ton veut de Diderot, mais de Diderot le philosophe, sans lien de pai'enté avec l'auteur dramatique. C'est une figure plutôt shakespearienne. Reste le personnage principal, Nathan, qui résiune en lui toutes les vertus du sage et même du chrétien; qui déborde de nobles sentiipents, de belles sentences ; qui est comme une morale et une religion