‹ LessingChapitre 170 sur 233 · Dramaturgie, n · texte numérisé non relu

Dramaturgie, n

S. Lessing est heureux de se trouver, ici, d'accord avec Diderot el il cite eD la traduisant, son opinion sur les coups de théAtre. {De ta Poéiie dramatique.) Voy. le chapitre : Diderot et la comédie bourgmnte.

niatemeli avec ses tendresses^ ses inquiétudes, ses transports et ses fureurs * .

Or, pour donner à ce sentiment tous les développements qu'il comporte ; pour le faire passer par toutes ses phases, il ne fallait pas qu'Egisthe sût qui il est, ni qu'il vînt avec l'intention de punir le meurtrier de son père; car, dès son aiTivée, il devait nécessairement, dans l'intérêt même de son dessein, se faire connaître à sa mère. Mais alors, tout ce drame de la passion était réduit à un seul moment, celui où Mérope s'élance pour immoler l'étranger qu'elle prend pour le meurtrier de son fils.

En réalité, MatTei et Voltaire ont fait sur un sujet antique une tragédie moderne. Il faut les juger sur ce qu'ils ont fait, et non sur ce qu'ils auraient pu, mais n'ont pas voulu faire.

Mais le sagace critique reprend l'avantage sur un autre point, où nous sommes obligés de lui donner raison.

Dans la pièce antique, Mérope n'a aucun doute, n*hésite pas un instant à accomplir sa vengeance, car le jeune étranger se donne lui-même comme le meurtrier de son fîls. Dans la pièce moderne, au contraire, ce ne sont que quelques indices assez vagues qui éveillent ses soupçons et qui finalement la poussent au meurtre dont son imagination d'avance savoure le cruel plaisir. Mais, demande Lessing, puisqu'elle prend son temps, puis-

1. G'esl aussi pourquoi, conlrairemenl au récit d'Hyginus où Poiyplionlo dôs lo début épouse Mûropo (qu^ ignore encore que c*ost lui qui a ordonné le meurtre de son mari et do son fiis), dans la tragédie moderne, celle-ci, tout oniiôro n son amour maternel, résiste aux sollicitations do Polyphonie qui, pour s*ussurer déOnitivement le trône, veut épouser la roi ne veuve.

qu'elle médite longuement sa vengeance, pourquoi ne cherche-t-elle pas à éclaircir ses soupçons, d'autant plus que cet étranger Ta d'abord intéressée; qu'elle s'est sentie attirée vers lui par une vague sympathie? Le spectateur, d'ailleurs, soupçonne dès les premières scènes que ce jeime étranger pourrait bien être le fils de Mérope, et si le spectateur a des doutes, pourquoi la reine ne les aurait-elle pas'?

Pour échapper à cette difficulté, qu'il avait bien sentie. Voltaire donne dans la pièce, à l'étranger, son vrai nom Egisthe. Mais lui-même l'ignore et ne le prononce jamais. Quand la reine l'interroge sur sa famille et son pays, et lui demande s'il connaît Egisthe, et Narbas, le vieux serviteur qui l'a élevé, celui qui s'appelle Egisthe répond :

Mon père est an vieillard accablé de misère ; Polyclète est son nom ; mais Egisthe, Narbas, Ceux dont vous me parlez, je ne les connais pas '.

Mais son nom à lui, il ne le dit pas et pour cause, ce qui paraît bien bizarre à Lessing et avec raison ; car s'il nomme son père, pourquoi ne se nomme t-il pas luimême? Il faut bien cependant qu'il ait un nom!

Autre critique : Voltaire, sous le pseudonyme de Lindelle, reproche à la Mérope de Maffei ses transports de sauvage cruauté, lorsqu'elle apprend que le jeune étranger est le meurtrier de son fils ; lorsqu'elle s'écrie « qu'elle veut lui arracher le cœur, le déchirer de ses dents ». € C'est, dit Voltaire, le langage d'une canni-

t. Acie f, Ec. II.

baie et non d'une mère afiHigée. > SaMéi*ope à lui, Leasing le reconuait, s'exprime plus convenablement, mais n'agit pas plus humainement. Au fond elle est anssi cannibale qne l'autre. Si, au moment même où elle apprend la mort de son fils, dans l'exaspération de son désespoir, elle immolait l'étranger, on comprendrait son action, on l'excuserait. « Elle serait toujours l'idéal d'une mère, seulement dans une attitude extrême et forcée, où elle gagne en expression et en puissance ce qu'elle perd en beauté et en charme attendrissant*. »

Mais, telle n'est pas non plus la Mérope de Voltaire. Elle prend son temps, fait ses préparatifs, ordonne une cérémonie. Elle sera le bourreau. Elle ne veut pas tuer, elle veut torturer. Elle ne veut pas punir, elle veut repaître ses yeux du supplice qu'elle inflige. « Est-ce encore là une mère? Oui, une mère comme nous nous la figurons chez les cannibales, une mère comme l'est la femelle d'un ours'. »

Voilà bien de l'exagération, et Lessing se montre vraiment trop sévère pour cette mallieureuse Mérope, comme si l'on ne savait pas que les sentiments les plus naturels, et l'amour maternel plus que tout autre, chez une femme, peuvent, dans certains cas, s'exaspérer jusqu'à la folie, transformer une mère en une mégère, et qu'il est des moments où, comme le dit un grand poète allemand qui apparaissait sur la scène littéraire au moment où Lessing la quittait pour toujours, « les femmes deviennent des hyènes, se font un jeu de l'horreur, et

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