Eckermnnn's Cetpraehe, I, p
1830, après le contre-coup en Allemagne de la révolution de- Juillet; quand l'esprit de liberté, longtemps étouffé, se réveiUa, et que la littérature proclama son affranchissement et revendiqua ses droits et son indépendance, le nom de Lessing fut salué avec respect, invoqué comme un auxiliaire. Le plus brillant coryphée de la jeune Allemagne, Henri Heine, dont nous citons plus haut le jugement sur le style de Lessing, rend aussi un bel honunage à l'homme et au réformateur : « . . . Depuis Luther, l'Allemagne n'a [>a8 produit d'homme plus grand ni meilleur que Lessing. Ils sont, l'un et l'autre, notre orgueil et notre joie. Dans la tristesse de l'heure présente, nous regardons leurs images consolatrices, et nous croyons lire dans leurs yeux la promesse d'un brillant avenir \.. » Un autre représentant de la nouvelle école, Gustave Kûhne, exprime sans doute aussi la pensée générale en disant : « Revenir à Lessing, c'est marcher en avant. »
Lessing n'appartient pas seulement à l'Allemagne, mais au monde pensant tout entier. Il est l'homme du xviii* siècle, l'apôtre de la raison et de l'humanité. Il aime son pays; mais son patriotisme n'est pas exclusif. 11 n'est pas Teuton ; il est citoyen du monde. Au-dessus de sa patrie, il voit la patrie imiverselle, la grande faaiille humaine, la franc-maçonnerie de tous les esprits généreux, sympathiquement unis dans le culte et dans la pratique de la vertu, sous la loi de la raison»".
La France, particulièrement, doit s'intéresser à Lessing. Il s'est formé à l'école de nos penseurs, de nos
}-. 2!\tr Geschichte und Philosophie in Deutschland. 8. Ernst und Falck.
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écrivains. Voltaire, Diderot, Rousseau, ont contribué à l'éducation de son esprit et de son style, conune Mo? lièfe, Marivaux et surtout Diderot, à Téducation de son talent dramatique. Il nous a combattus, c'est vrai, mais sur un point seulement, et parce que rintérét et ravenir de la littérature nationale le lui conunandaient ; et encore nous a-t-il combattus avec des armes en partie empruntées à des Français.
Lessing nous doit beaucoup ; mais^il a acquitté sa dette envers nous. S'il nous a beaucoup pris, il nous a beaucoup appris. Ses idées ont exercé sur la critique littéraire, sur * l'esthétique et sur la philosophie religieuse de notre temps, une action considérable . Plus d'un lien le rattache à nous, et un des attraits que peut of&ir une Étude sur Lessing, c'est que dans maint endroit de ses œuvres, nous pouvons reconnaître les traces visibles de notre génie et de notre influence.